‹ Des sociétés animalesChapitre 11 sur 75 · FICHTE · texte numérisé non relu

FICHTE

autres hommes une union qui par son intimité soit toujours plus étroite, par son étendue toujours plus large. . . Le but final et suprême de la société est d'amener à une entière unité tous ses membres possibles (1). »

En dépit des améliorations que le point de vue métaphysique où se plaçait Fichte après Kant lui permettait d'apporter à la doctrine de Rousseau, on voit que celle-ci subsiste ici dans ses traits essentiels. Une telle société est moins un corps vivant qu'une juxtaposition de volontés, un monde des âmes. Rousseau fixait à cette cité idéale d'étroites limites, pensant la rendre ainsi plus réalisable ; Fichte au contraire l'affranchit de toute limite et veut en faire une communauté universelle. Il a raison. Ainsi entendue, elle est en dehors des conditions de l'espace et du temps; elle n'a plus aucun rapport avec la réalité. C'est une conception, non plus poUtique, mais morale, esthétique surtout, analogue à la cité de Jupiter des Stoïciens. Arrivée à ce point, la théorie qui élève la société au-dessus de la nature et n'emprunte rien à l'expérience pour se constituer atteignait sa limite extrême ; elle ne devait pas tarder à se résoudre en son contraire.

Fichte lui-même, quelque temps après, prenait les armes pour combattre la réalisation de cette cité universelle tentée par la révolution française. A partir de ce moment commence en Allemagne même une réaction contre celte doctrine. On y cherche dès lors à constituer la science de la cité concrète, particulière, de

. (1^ Destination du Savant, p. 39 de la (rad. française.

TEtat réel; et par suite on est forcé de tenir compte de ces conditions de temps et de lieu, de race et de tempérament, hors desquelles il n'y a place que pour des chimères. D'autre part ce ne sera plus seulement la volonté libre, délibérée, qui sera regardée comme l'auteur de la société ; ce sera Timpulsion plus ou moins consciente; et l'involontaire, un instant méconnu, reprendra ses droits dans la psychologie sociale. Partant la société ne sera plus considérée comme un pur produit de Tart, indépendant de la nature audessus de laquelle elle serait suspendue dans une sphère différente ; on y verra un être physique qui ne peut devenir un être moral et s'élever au-dessus du monde matériel qu'en obéissant à ses lois. Tel est le point de vue de Hegel (1).

L'absolu est partout dans le langage de Hegel ; dans le fond de sa doctrine il n'est nulle part. Toutes les existences, suivant lui, manifestent lidéal absolu, mais comme aucune de ces manifestations particulières ne répuise, toutes sont relatives et réelles, c'est-à-dire concrètes, soumises aux conditions de l'espace et du temps. La société humaine est l'une de ces existences. Elle a pour conditions toutes les existences inférieures qui Tout précédée, toutes les influences du milieu d'où elle se dégage. Gomme tout ce (jui est, elle est soumise à la loi du développement successif et de

(1) Nous omellons à desiiein les id^'es de Uorder daus cette revue des sydlèmes originaux de philosophie sociale. Herder ( 17U-1803;, uprèd yonle.^quieu et Raiit, u*apporlc rien de nouveau eu proclauianl Tenchutueuionl des phénonaènes hi^to^iquea. Sou syàtème (sieos idt^es difTusea méritent ce uom) est celui môme de Kant, avec la netteté en moins.

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