‹ Des sociétés animalesChapitre 13 sur 75 · HEGEL S · texte numérisé non relu

HEGEL S

tion civile, TEtat doit le faire, mais il doit aussi briser les résistances qui lui pourraient venir de ces splières inférieures dans la réalisation de son œuvre.

Les aspirations subjectives de chacun vers l'unité entrent dans le domaine de la réalité par l'action du gouvernement, lequel, représentant la volonté de l'Etat, en est le point culminant, en pénètre toutes les parties et en figure l'unité vivante. C'est lui qui pourvoit au concert des différents pouvoirs ; sans son initiative ceux-ci s'opposeraient incessamment les uns aux autres dans un balancement stérile ; c'est lui qui crée parmi les activités particulières les différenciations nécessaires aux jeux de Torganisme, et c'est à lui que ces activités diverses aboutissent comme à leur suprême résultat. C'est cette différenciation qui rend l'égalité absolue chimérique comme la liberté absolue : ces deux prétentions sont faites pour dissoudre le plus solide des Etats. Néanmoins, ce que les citoyens ont de liberté et d'égalité, c'est de l'Etat qu'ils le reçoivent, puisque l'un et l'autre sont impossibles sans la loi, œuvre de l'Etat. La limite seule des concessions est assez difficile à fixer d'une manière générale ; elle s'écarte ou se rapproche suivant les mœurs, les circonstances, l'esprit de la législation. Plus FElat est fort, plus les citoyens sont libres, et réciproquement. En principe, aucune loi ne vaut par sa lettre seule. Ce qui en détermine la portée, ce sont les habitudes plus ou moins conscientes des individus. La constitution d'un peuple, plus que tous les autres groupes de lois, reçoit sa réalité de cette sorte d'influences; on ne la fait pas, elle se fait;

mieux encore, elle est. Tout changement dans la constitution suppose déjà une constitution, puisque ce changement est un acte collectif que l'Etat ne peut accomplir s'il n'est assis déjà sur certaines bases. « Cest lesprit immanent des peuples et Vhistoire qui ont fait et qui font les constitutions. » Ils les défont aussi, d'une manière également insensible, quand Tindividu social subit la loi de toute vie et meurt, ayant achevé son œuvre.

L'unité nationale se manifeste surtout dans les rapports d'un peuple avec les autres. C'est là, c'est dans cette opposition violente que l'individualité de l'Etat se détermine et affirme son caractère absolu ; à l'extérieur, en brisant les obstacles qui s'opposent à son indépendance, à l'intérieur en absorbant les existences individuelles dans la sienne propre. La guerre est « le moment où TEtat atteint à son unité idéale, à son idéalité, en ce que toutes les autres fins, tous les autres biens, la propriété et la vie elles-mêmes, viennent se concentrer et s'absorber en lui (Op. cit., p. 417).

Mais quelle est cette idée en qui une société prend conscience d'elle-même comme Etat? C'est ici que réapparaît la notion de l'absolu, mais transportée de l'individu à la société. Le pouvoir collectif, expression de la conscience et de la volonté commune, représente un moment de la manifestation de l'absolu, et tant que la pensée n'a pas dépassé ce moment, tant que les contradictions qu'il renferme inévitablement n'ont pas apparu aux yeux , il doit passer pour l'absolu luimême. De là le caractère divin de l'Etat. L'Etat est un Dieu réel. Cependant ce qu'il y a de divin en lui

Page 1