LINGUISTIQUE
comme contraire aux intérêts moraux de rhumanité no devra dans l'avenir oublier que cette parole hardie : « Ce ne sont pas seulement les individus qui constituent la société, mais la société qui constitue le's individus, puisque les individus n'existent que dans et pour la société », a été prononcée par le vicomte de Bonald.
A partir de ce moment aucune contribution nouvcli de quelque importance ne viendra plus vivifier la théorie nominaliste de la société. Elle semble maîtresse des esprits, et porte dans le domaine des faits ses conséquences heureuses ou malheureuses ; mais elle perd en profondeur ce qu'elle gagne en surface. Bientôt une infiltration lente emplit le langage d'expressions conformes à la théorie adverse ; puis le courant se détermine et s'accélère : tandis que la pensée dans les siècles précédents n'était parvenue au point où nous venons de nous arrêter avec Hegel que par des voies divergentes, à travers des oppositions pins ou moins décidées, c'est, en ce siècle, par des voies convergentes, partant à la fois de tous les points de l'horizon intellectuel,qu'elle tend à la confirmation desmêmes principes désormais de moins en moins contestés.
La linguistique est la première des sciences historiques qui soit venue dévoiler Tune des fnces de l'organisme social. Elle 5j montré que les pliénomènes du langage sont soumis à des lois naturelles, et elle a déterminé quelques-unes de ces lois. Elle a exposé le
mode de formation des langues qui évoluent à partir de racines élémentaires toujours simples et flottantes, jusqu'à ce qu'elles constituent des agrégats volumineux de mots complexes et définis ; et elle a comparé cette œuvre d'une raison qui s'ignore elle-même à une végétation, à un processus organique. Elle a su découvrir que cette manifestation partielle de la raison d'un peuple se lie à toutes les autres et peut en quelque sorte s'en déduire, comme on peut, étant donné un type zoologique , déduire d'un seul organe tous les autres. L'histoire littéraire et esthétique a adopté les mêmes principes. Elle a montré les arts et, parmi eux, la poésie elle-même se développant au sein d'un peuple en vertu de ses caractères ethniques et des influences de son habitat, en connexion avec les événements de sa vie, son langage, ses institutions, ses mœurs et ses croyances. L'histoire proprement dite, enfin, était, dès avant le commencement du siècle, entrée dans cette voie. Elle avait d'abord, elle aussi, proclamé le déterminisme des faits sociaux dans le temps, y compris ceux qui émanent de la liberté humaine, a Comme l'homme, avait dit Herder , dans l'ordre des choses naturelles ne s'enfante pas lui-même, il est tout aussi loin de se donner l'être quand il s'agit de ses qualités intellectuelles. Chacun de nos développements est ce que l'ont fait être le temps, le lieu, l'occasion, toutes les circonstances de la vie. C'est sur ce principe que repose l'histoire de l'humanité. C'est lui qui fait que l'histoire du genre humain est nécessairement un tout, c'est-à-dire une chaîne de traditions depuis le premier anneau jusqu'au dernier. » Le déterminisme des faits