HISTOIRE
posé, il en fallait chercher les lois. C'est ce que les historiens de ce siècle ont fait avec plus ou moins de succès. Tous cependant croient à l'existence des lois, et les plus grands attribuent à la nouveauté de cette recherche, au petit nombre des faits comparés, Tinsuflisance des résultats (Macaiilay). La moins contestée des lois de l'histoire est celle du progrès. Ses origines sont déjà anciennes. Pascal l'a formulée, Leibniz l'a justifiée a priori indirectement, Condorcet l'a vérifiée par un rapide examen des faits. Les historiens plus modernes n'ont eu qu'à la recueillir, peut-être sans l'examiner assez sévèrement dans ses conséquences les plus étendues. Ainsi donc la durée des nations est, pour la plupart de ceux qui écrivent leur histoire, une succession d'états dont le désir du mieux est le secret principe; c'est un mouvement, une marche vers un idéal, c'est une véritable vie. Et si cette marche est réglée, si cette vie a ses conditions, on ne peut dire que la loi empêche la spontanéité, ni que la liberté détruise la loi. Michelet, celui des historiens français qui est le plus pénétré de l'idée que chaque événement a ses causes, et que ces causes sont générales, salue en maint endroit de ses œuvres le génie de la France dont la spontanéité se révèle à travers la trame des événements. 11 repousse également le fatalisme historique qui explique tout par les influences extérieures, et cette méthode biographique qui fait tout dépendre des impulsions isolées des individus, comme si un homme pouvait être grand autrement que pour participer en quelque chose à l'àme de la patrie ! La Grèce, la France, sont pour lui des organismes, des êtres animés, des personnes
collectives. La vie en toute chose est sa passion, et on n'est pas surpris de le voir*, lui qui l'avait étudiée dans les manifestations les plus hautes, la rechercher dans ses foyers les plus humbles, jusque dans l'oiseau, jusque dans Tinsecte. Ce grand historien a parlé de la famille animale comme personne ne Tavait aussi bien fait avant lui. Avec lui déjà l'histoire penche évidemment vers les sciences naturelles. Qu'il se rencontre un historien philosophe, et il comprendra où vont les tendances de l'histoire en ce siècle, je veux dire à un naturalisme élevé, aussi convaincu des droits de la science que respectueux de la dignité humaine. <k Une grande nation, dira-t-il, est, comme le corps humain, une machine admirablement pondérée et équiUbrée ; elle se crée les organes dont elle a besoin, et, si elle les a perdus, elle se les redonne. » Elle a, ajoutera-t-il, le a tempérament » délicat, et il y a une chose surtout qu'elle ne peut supporter, c'est que les principes de sa vie soient mis un seul instant en question. Il en résulte pour elle une angoisse semblable à celle de l'homme qui se verrait fermer les voies de la respiration : moment de convulsion et de fureur. Il est aussi insensé qu'impie de faire dépendre d'un vote incessamment renouvelable les destinées d'une nation . Son homogénéité est, comme celle du corps vivant, le produit de l'habitude et de l'hérédité. Il faut, pour qu'elle subsiste, qu'elle s'impose insensiblement aux volontés et les domine, au lieu d'implorer de leur assentiment une existence précaire. Sans cela, la société ressemble à ces amas de poussière que le vent déplace incessamment. Seul, un matérialisme à courte vue peut concevoir le pacte