HISTOIRE
social sous la forme d'une convention réfléchie où aucun Tôle n'est réservé à Taction du temps. « Aux yeux d'une' philosophie éclairée, la société est un grand fait providentiel, établi non par l'homme, mais par la nature elle-même, afin qu'à la surface de notre planète se produise la vie intellectuelle et morale » (M. Renan, Revue des Deux- Mondes, i" nov. 4869).
La société est donc un organisme dont les fonctions sont liées l'une à l'autre et s'engendrent l'une l'autre. Mais quel est le primum moifens d'entre ces organes ? M. Fustel de Coulanges s'est chargé d'établir par des faits ce qui n'était qu'une vue de l'esprit chez Hegel : pour lui l'impulsion première, la fonction dominante, génératrice, appartient dans le corps social à l'idée religieuse. 11 a pu clore ses recherches sur la cité antique par ces paroles significatives (Cité antiquey p. 431) : « Nous avons fait l'histoire d'une croyance. Elle s'établit: la société humaine se constitue. Elle se modifie : la société traverse une série de révolutions. Elle disparait : la société change de face. Telle a été la loi des temps antiques. » M. Maine en Angleterre arrivait en même temps aux mêmes conclusions.
Mais si les croyances diffèrent d'une manière essentielle dans les différents groupes humains, la constitution de ces groupes doit offrir les mêmes et profondes différences. Chacun d'eux doit être construit en vertu du mode de conception fondamental de ses membres sur un plan spécial, sans que cependant le nombre de ces plans puisse être infini. Bref, il doit y avoir des types généraux auxquels toute nation individuelle
puisse se rapporter. La classification des langages, des races, des gouvernements, des religions a été en effet maintes fois tentée. Jusqu'à quel point de telles tentatives ont réussi, c'est ce qu'il ne nous appartient aucunement de déterminer; nous nous bornons à enregistrer cet essai comme l'indice d'une croyance générale à l'existence de types sociaux. Du moins, une science récente a-t-elle obtenu des résultats incontestables au sujet de l'histoire du groupe social le plus restreint, la famille. On a déterminé avec précision les différents systèmes de parenté suivis, soit dans les sociétés anciennes, soit dans les sociétés rudimentaires actuelles , et on a ramené les différents systèmes à un petit nombre de types constants et généraux (1).
Il restait à l'histoire de prendre conscience du nouvel esprit de sa méthode. Elle n'y a pas manqué. * Un contemporain, abordant vers la fin de sa carrière d'historien l'étude de la nature, est tout surpris de voir que celle-ci procède dans son développement suivant les mêmes lois que l'humanité. « L'idée me vint, dit Quinet, que si l'histoire de la nature éclaire l'histoire de l'homme, réciproquement l'histoire de l'homme peut éclairer celle de la nature, puisqu'après tout l'une et l'autre font partie d'un même ensemble. La même loi doit présider au développement de l'une et de Tautre. » Et il constate que, si l'idée de loi et de type est passée des sciences naturelles aux sciences
(1) BAcnoFKN, Das Muttfrrecht, 186! ; Mac-Lenn\n, Primitive Marriage, 1865; UoHG AS, Sfjitem ofconsnnf/uinttyf 187! ; GiRAL'D-TtULON, Us Ori^ gines de la Famille, 1874; Lubboce, Les Origines de la Civilisation.