UMITBS DE LA SOCIOLOGIE
côté de la psychologie. Il semble, en effet, que le nom d'individu implique l'existence d'atomes spirituels, d'êtres absolument simples. Sans parler de l'individualité humaine qui reste en dehors de notre sujet, que faut-il penser de l'individualité animale? Assurément, elle n'a rien d'absolu ; elle est relative aux différents états du sujet, aux différentes phases de son existence. Pendant le sommeil elle est beaucoup moins décidée qu'àl'élat de veille ; les anesthésiques la dépriment, les excitants l'exallent ; dans le jeune âge, mais surtout avant la naissance, elle est toute virtuelle, au point que le fœtus peut devenir un monstre double où la conscience est partagée comme le senties fonctions vitales. Que penser de la simplicité de la conscience chez un chien empoisonné par le curare, sur lequel on pratique la respiration artificielle? Qu'on arrête le mécanisme qui entretient la respiration, les fonctions cessent de concourir, s'isolent en quelque sorte l'une après l'autre ; le chien va mourir : qu'on maintienne ce mécanisme en activité, le chien vivra, grâce au rétablissement progressif de leur concours. Dans, l'un et l'autre cas, c'est aussi sa conscience qui se disperse et se ressaisit avec sa vie. Par là section des diverses parties de l'encéphale, on peut diminuer à volonté la concentration delà conscience. Que l'animal soit sacrifié, une partie de son corps greffée sur un autre corps entrera dans la sphère de la conscience de ce nouvel hôte, en sorte qu'elle aura participé successivement à deux consciences; chose impossible, si la conscience est indivisible. Qu'y a-t-il de commun, qu'y a-t-il de distinct entre la conscience de la mère et celle du fœtus
chez les mammifères?. Question fort embarrassante encore si le principe qui anime chacun d'eux est un atome psychique. A quelle individualité rattacher les spermatozoaires qui, séparés du corps du mâle, mènent ime existence indépendante dans le sac spermatique des bourdons et des guêpes, dans Thectocotyle de certains céphalopodes (Argonautes, Philonexis^ Tremocfopus)? (Sur l'individualité, voir Spencer, Biologie^ vol. I, p. 251.) Enfin, la même question sera posée au sujet des animaux qui, dans l'échelle zoologique, occupent un rang inférieur, précisément parce que leur système nerveux (et partant leur conscience) est formé de centres épars dont chacun se suffit, comme par exemple les lombrics et d'autres annéUdes. Il est donc plus conforme aux données de l'expérience de considérer la conscience animale comme un tout de coalition que comme une chose absolument simple. Dans ce qu'on appelle ordinairement l'individu animal, comme dans la société composée d'individus, l'individualité est susceptible de degrés, et suppose partout l'as- .sociation dont elle est en un sens la cause, en un sens le résultat. A ce point de vue encore, l'individu, simple en apparence, rentre, en tant que constitué lui-même par d'autres individus, dans le cadre de la sociologie. Plusieurs des questions dont il est l'objet se rencontrent au seuil de la science sociale.
Certaines considérations morphologiques , c'est-àdire tirées de l'aspect des êtres vivants, jouent un rôle prépondérantdans notre conception del'individu. Nous nous prenons nous-mêmes comme types de l'individualité et la refusons à tout être qui s'écdrte de ce type.