LIMITES DE LA SOCIOLOGIE
Dès qu'un vivant cesse d'offrir des contours définis et de jouir du mouvement indépendant, il cesse de nous paraître un comme nous le sommes. Cependant il n'y a aucune raison de croire que nous soyons la mesure absolue des choses. L'homme même no cesse pas d'être individuel quand sa forme extérieure vient à être mutilée et sa faculté locomotrice suspendue. Un cul-de-jatte idiot est encore un individu, quoique à un moindre degré. Un animal greffé sur un autre, comme . le mâle de certains crustacés parasites l'est sur sa femelle, est encore individuel ; il l'est moins seulement que d'autres animaux à forme plus définie et à mouvements plus indépendants. Un fragment de Ténia ou de Myrianide à bandes offre ces mêmes caractères encore atténués. Nous arrivons ainsi jusqu'au polype qjii est .fixe, qu'on peut, dans certains cas, couperet retourner de mille manières sansquesachétive unité vitale cesse' de subsister; jusqu'à l'éponge, jusqu'à l'amibe. Il ne faut donc pas dire que telle forme déterminée, tel degré de moUUlé indépendante est le type absolu de l'individualité. Mieux vaut reconnaître que ces deux caractères sont susceptibles de degrés infiniment nombreux et placer l'individualité commençante là où l'un ou l'autre commencent à se montrer. Or, c'est la cellule simple, mobile ou non mobile, qui est le plus bas degré d'unité organique, comme peut-être d'unité psychique. C'est donc aux premiers groupements de cellules que la sociologie doit commencer. Or tout individu complexe est un groupement de cellules ou d'autres éléments organiques ; par là l'individu est un genre particulier de société qui relève de la sociologie.
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Le cadre de cette science comprendrait donc d'abord les sociétés à conscience définie et à traditions constantes, c'est-à-dire les sociétés humaines sapérienres, pois, soit dans le règne humain, soit dans le règne animal, les sociétés à conscience confuse et à traditions éphémères, enfin la série tout entière des individus composés, depuis ceux capables de conscience et de réflexion, jusqu'à ceux où le concours des éléments organiques constitue une individualité de plus en plus afiaiblie. Mais cette conception souflre une objection nouvelle. Ne semble-t-il pas en eflet qu'ainsi comprise la sociologie se confonde dans les régions inférieures de son domaine avec la biologie? Cette dernière science n'apparait-elle pas^ depuis quelques années, comme l'étude des formes et des fonctions des organismes élémentaires, en d'autres termes l'histologie n'y prendelle pas une place de plus en plus prépondérante? Les lois qui régissent le groupement de ces éléments vitaux irréductibles ne sont-elles pas l'objet de ses plus actives recherches, et dire que la sociologie a aussi ces lois pour objet, n'est-ce pas lui proposer un empiétement aussi téméraire qu'inutile?
Nous répondrons à cette objection d'abord que les sciences supérieures se forment toujours, comme on l'a dit, d'un résidu de la science plus vaste et plus simple qui les a logiquement précédées. La biologie, constituée avant la sociologie, ne peut être achevée sans son secours. Elle constate en effet les groupements des organismes élémentaires et même elle en fixe les lois partielles ; mais jusqu'ici elle a été impuissante à trouver la loi générale qui les explique. Quand