‹ Des sociétés animalesChapitre 29 sur 75 · LA CELLULE, INDIVIDU VÉRITABLE S · texte numérisé non relu

LA CELLULE, INDIVIDU VÉRITABLE S

les derniers rangs du règne animal. Nous ne prétendons pas qu'une filiation directe existe des plus humbles aux plus élevés, cette question étant étrangère à notre sujet ; nous soutenons seulement que ces divers groupements sont de mâme nature et s'expliquent par les mêmes lois générales.

M. Giard (4) voudrait que l'on réservât le noiîi d'individu pour les êtres composés d'organes, lesquels à leur tour seraient composés d'éléments histologiques (plastides). Ce système de dénomination a l'avantage de rester d'accord avec le langage commun, et cet avantage n'est pas à dédaigner. Mais il nous parait impossible de rester d'accord à la fois avec les faits et avec le langage commun. La logique veut, ce semble, qu'on aille et plus haut et plus bas que cette limite idéale. La nation, d'une part, est un ind^^du. Tout ce livre n'a

(1) Des nfnamfiies, p. M. Voir Spencer, Biologie, ch. vi du vol. ï, de nndividualilé. — Hartmann, Philosophie de V Inconscient , t. II, p. i56, définit riDdividualité de la façon suivante : « L'indmdu est Tétre qui réunit en soi les cinq espèces possibles d^unité : 1» Tunilé dans Tespace (la forme); 2« Tunilé dans le temps (la conliouité de l'action); S« l'unité de la cause (interne) ; 4« l'unité de la fin; 5» l'unité de la réciprocité d'action entre les diverses parties (en tant qu'il y a diverses parties, autrement la dernière condition est supprimée). là où manque Punitéde la forme, comme dans un essaim d'abeilles, les autres unités ont bean être réunies au plus haut degré, on ne parle pas d'individus. » Par où Ton voit que Hartmann ne pense comme nous qu'en ce qui concerne les colonies on agrégats par masse continue. Il dit, un peu plus loin, à propos des Pjrophores décrits par Vogt, et à propos des observations de Virchow : o Celui qui ne croit pouvoir attribuer l'individualité qu'à telle ou telle partie, sera sans doute embarrassé par de tels exemples... Pour nous, le tout n'est qu'un individu d'ordre supérieur qui comprend 'en soi tous les autres individus. Dans l'association des abeilles et des fourmis, nous regarderions aussi le tout comme uu individu d'ordre supérieur, si l'unité dans l'espace, c'est-à-dire la continuité de la formei se montrait à nous. Nous la trouvons ici, voilà pourquoi nous n'hésitons pas à parler d'individu » (p. 165, vol. II.)

point d*autre but que de démontrer indirectement cette proposition.D'autrepart, àTautreextrémité deréchelle, l'élément histologique jouit vraiment d'une individualité propre, bien que le langage la lui refuse ; et cette autonomie atteint, comme nous venons de le voir, un haut degré dans tous les êtres vivants, si l'on considère le moment décisif de la première naissance. A ce moment, la cellule primitive n'est pas une partie composante ; elle est un tout, un animal dans toute la force du terme, et cet animal est monocellulaire. Pourquoi dès lors ne le mettrait-on pas sur le même rang que les autres animaux monocellulaires? Nous savons que MM. Claparède et Lachmann répugnent à voir dans les infusoires de simples cellules. La plupart sont, suivant eux, trop compliqués dans leur structure pour se prêter à cette assimilation. Des cellules qui sont munies d'une bouche, d'un pharynx, d'une cavité digestive, d'un anus, des cellules qui nagent, qui rampent et qui courent, quoi de plus bizarre, disent-ils. Ils refusent d'assimiler à la cellule simple même les Amœba, car ce qu'on appelle nucléus au centre deTamibc n'a rien de commun à leurs yeux avec le nucléus de la cellule ; ce n'est pas autre chose qu'une glande sexuelle, embryogène ; de plus, Tamibe a, comme tous les infusoires, cette tache claire qui se contracte à intervalles à peu près égaux et qui est, suivant les vues de ces auteurs, l'analogue du cœur chez les organismes plus élevés. « La vésicule contractile est un organe bien embarrassant à loger dans une simple cellule (1). d Nous laissons débattre

(1) Des infiamres, p. 4S0. Voir TopiDion de Haxlcy sur le rôle de la véàicale coDtraclile dans CAnatomie compat-ée des animaux invertébrés^

U CELLULE, JNDIVIDU VÉRITABLE 225

aux micrographes la question de savoir si le nucléus de toute cellule ne pourrait être assimilé, comme celui des amibes, à une glande embryogène. Mais nous pouvons remarquer, avec MM. Claparède et Lachmann euxmêmes, que la solution du débat sur la monocellularité des infusoires dépend en effet de la définition qu'on donne de la cellule. Pour nous, nous nous bornons à appeler de ce nom tout organisme dans lequel aucun élément défini plus simple n'est sai^issable. Or, ils reconnaissent eux-mêmes qu'avec les moyens d'observation doi\t nous disposons aucun élément histologique plus simple ne peut être saisi chez les infusoires. Quand un infusoire disparait sous Taclion d'un acide, il ne se divise pas en éléments figurés, il se dissout véritablement. Dans l'état actuel de la science, Tinfusôire est donc bien Tanalogue des éléments histologiques qui constituent les organismes polycellulaires (4) ; comme eux il est un atome biologique, c'est-à-dire au-dessous duquel il n'y a rien que la substance chimique, privée des attributs de la vie. Nous n'attribuons donc pas à ce mot de cellule un sens trop rigoureux ; nous l'employons faute d'autre, et nous reconnaissons que la cellule est susceptible d'oflrir, tout en gardant son caractère d'élément vital irréductible, des configuratipns et des degrés d'organisation très divers. Ce que nous

p. 4 de la Iradaction française. Il y croit voir plutôt un organe de respiration et d'excrétion.

(1) « En laissant de cdté la Tésicale contractile, la ressemblance d*im amœbe aux points de vue de la structure, de la manière de se nourrir, àTec un corpuscule blanc du sang de Tun des animaux plus élevés, est particulièrement digne de remarque » (Huxley, Anatomie comparée des Invertébrés^ p. 19).

St6 SOCIÉTÉS DB aruTRinoN

avançons se réduit à ceci : c*est que les éléments histologiques des corps hautement organisés nous offrent, comme les organismes élémentaires irréductibles à rétat libfe, un point de départ défini pour Tétude des groupements ultérieurs ; c*est que les infusoires simples peuvent être placés au point de vue sociologique sur le même rang que la vésicule germinative et que les spermatozoaires par où commence l'évolution de tout individu composé. Nous ne prétendons pas donner à cette limite un caractère absolu. Si Tobservation venait à découvrir dans les infusoires et dans la vésicule germinative des éléments vitaux définis plus simples encore, la sociologie devrait étendre jusqu'à eux son domaine ; mais jusqu'à présent, elle ne peut dépasser ce que Mi Milne Edwards appelle Torganite, que cet organite d'ailleurs soit libre ou engagé dans un tissu. Si le véritable individu physiologique est celui qui se suffit à lui-même pour l'accomplissement des fonctions vitales essentielles, c'est ici que se réalise pour la première fois dans cette sphère le type de rindi\idualité.

Sociétés de nutrition. — Nous avons vu que les sociétés de nutrition ont ce caractère commun que les individus qui les composent, attachés les uns aux autres d'une manière permanente sont ainsi ultachés dès leur naissance et n'ont jamais vécu Ubres. C'est le fait même de leur mode de naissance qui les constitue en sociétés. Dujardin a le premier établi cette loi, qui a reçu depuis des corrections légères, mais n'a pas été infirmée. Voici les paroles de Dujardin (Jn/tisoires,

SANS COMMUNICATION VASCULAIRB 227

4841, p. 28, en note) : « Entre des animaux primitivement séparés, on n'a point observé d'une manière positive de soudure organique. Je crois que les soudure^ des polypes sont le résultat de la gemmation, et non le produit de la réunion de plusieurs animaux. Si les jeunes ascidies composées qu'on a vues nager librement ne sont pas déjà des réunions de plusieurs jeunes animaux, je n'en conclus pas cependant que les animaux primitivement séparés se soient soudés pour former des amas, mais bien plutôt que ces amas proviennent d'une gemmation continuelle, puisqu'on trouve toujours dans la même masse des individus de tous les âges. » Et il ne perd pas une occasion de combattre les vues de ceux qui veulent élever au rang de fait normal les réunions d'infusoires. Selon lui, cette juxtaposition est toujours fortuite et n'intéresse jamais l'intimité des tissus. Ici, son affirmation est trop étendue, comme nous le verrons à la fin de ce chapitre ; mais nous pouvons dire avec lui que dans l'immense majorité des cas les sociétés de nutrition sont composées non d'individus primitivement séparés, mais d'individus né3 ensemble ou successivement d'une môme masse ou sur une même souche.

§ I". Sociétés de nutrition sans communication vasculairCy ou par accrescence. — L'individualité est le caractère dominant dans les derniers rangs du règne animal, l'individualité en quelque sorte absolue. Des êtres d'espèces multiples, et dont le nombre est prodigieux, vivent dans les eaux, sur la terre et sur les autres animaux à l'état d'isolement complet. Un grand

nombre de Foraminifères, dont les carapaces ont formé des continents, sont isolés physiologiquement. De tels êtres sont faibles, non seulement parce qu'ils sont petits, mais encore parce qa*ils sont seuls. Cependant, dès les premiers degrés de Técbelle de la vie, Tassociation apparaît. Elle se montre encore dès la première pbase de la croissance individuelle cbez tous les animaux supérieurs.

Plusieurs Foraminifères sont agrégés. « Les squelettes les plus simples sont sphériques ou piriformes et uniloculaires; telle est Tespèce appelée à cause de sa forme Lagena. Mais ils se compliquent par l'addition de nouveaux compartiments qui tantôt se disposent en série linéaire (Nodosaria)^ tantôt forment des spires superposées de diverses manières (Discorbina), tantôt enûn se groupent irrégulièrement. Ce n'est pas tout; les nouvelles chambres peuvent recouvrir plus ou moins celles déjà formées et les intervalles qui séparent les parois de ces loges peuvent se remplir à divers degrés de dépôts secondaires, jusqu'à ce qu'il en résulte des corps aussi volumineux et d'apparence aussi compliqués que les Nummulites. » (Huxley, op. cit. p. 12.)

Les infusoires se reproduisent de plusieurs manières. La plus simple est le fractionnement; le plus souvent, le fractionnement opéré, la cellule qui en résulte s'éloigne et mène une vie indépendante. D'autres fois, et le cas est relativement rare, la cellule engendrée reste attachée à la cellule mère et le fractionnement continuant, un groupe de cellules juxtaposées ne tarde pas à se former. Ce groupe, simple agglomération

Page 1