ARISTOTE
un vivant, Çwov, qu'il convient d'étudier par la même méthode que tous les êtres animés, par l'analyse expérimentale ( AuiST., Politique^ I, i, 3). Remonter de sa forme actuelle à sa forme primitive, pour saisir l'élément qui le constitue, telle est la tâche qu'il s'est proposée. L'élément de la société n'est pas à proprement parler l'individu, c'est le couple, composé de deux êtres qui n'ont à eux deux qu'une seule vie, parties inséparables d'un même tout {Polilique, I, i, 4), comme Platon l'a pressenti dans le Banquet. La famille, en se multipliant, forme le dême (Id., I, i, 7) ou bourgade; les dêmes en se multipliant forment la cité. De rindividu à la cité s'établit ainsi, non plus un rapport logique, par voie de comparaison, mais un passage historique, par voie de filiation et de développeipent (voir tout ce même paragraphe 7). La loi organique qui régit la société humaine est celle qui régit tout corps vivant, toute collection d'êtres vivants. L'homme, en effet, n'est pas seul sociable; il l'est seulement, grâce au privilège du langage articulé, à un plus haut point que les animaux (loc. cit., 9). Il est vrai que les associations qu'il forme , nées de la nécessité et du besoin, laissent loin derrière elles, à mesure qu'elles se développent, les associations analogues que l'on rencontre chez les animaux. La vraie nature d'un être se révèle dans son achèvement ; or, la société humaine n'est achevée que le jour où elle se fonde sur la communion des idées du bien et du mal, du juste et de l'injuste, le jour en un mot où elle devient un organisme moral (loc. cit., 10). Mais bien que cette société semble s'élever par là
ÎO INTRODUCTION HISTORIQUE
au-dessus de la nature, elle ne s'en détache point, elle la résume. Tel est l'esprit de la philosophie politique d'Aristote : nous nous contenterons d'en indiquer les traits principaux.
1' Puisque la société est un vivant, elle est soumise à la loi de naissance et de mort, de croissance et de dépérissement qui régit toute vie. Le changement est sa condition. C'est une tentative chimérique que de prétendre lui imposer une constitution immuable. Différentes selon les temps, les sociétés diffèrent aussi suivant les milieux. Nulle constitution ne convient à tous les peuples (Politique, IV, i, 3 et 5).
2^ Nul être vivant n'est composé de parties similaires. La société doit cire composée de parties qui sont séparées les unes des autres par des différences intimes. Voilà pourquoi la famille, élément social, est elle-même formée d'éléments hétérogènes : l'homme, la femme, les enfants. Cette différence de nature entre les éléments est la condition de leur concours. C*est cette différence, en effet, qui rend possibles la subordination d'une part, la direction de l'autre, c'est-àdire le gouvernement (Id., I, i, 4; ii, 8 et 9). Au sein de la famille, Tunité s'établit grâce à la supériorité de rhomme sur la femme (Id , I, i, 42; v, 1), les enfants et les esclaves; au sein de la tribu, l'autorité domestique se change en une autorité patriarcale, et c'est à l'image de celle-ci que s'est formée dans une association plus étendue encore, puisqu'elle est composée de tribus, l'autorité royale. Bientôt le pouvoir royal lui-même change de forme ; d'absolu qu'il était, il devient limité. La justice élève de toutes parts