ODEURS
cette habitude forment souvent de véritables monticules (Brehm, vol. II, p. 312.) Les guanacos, écrit-il ailleurs, ont la curieuse habitude de déposer toujours leurs excréments en un tas, et quand ce tas est tro^ grand, ils en font un autre à côté. » (Brehm, vol. II, p. 454.) Chez d'autres mammifères la division du travail organique a provoqué la formation de glandes spéciales très proches d'ordinaire des organes de la génération et renfermant des substances à odeur très forte. Les castors d'Une localité répandent tous en un même endroit le castoréum et leur urine ; les Moschidés s'appellent de fort loin par leurs émanations. Les Blactocères des pampas mâles exhalent à l'époque du rut une odeur que Thomme distingue à un quart de lieue ; et Audubon a vu quatre cerfs de Virginie passer successivement parla même piste, à des intervalles de 15 à 30 minutes. L'odeur ainsi développée acquiert chez certaines espèces un tel degré d'intensité que, sans cesser d'être un moyen d'appel pour les sexes différents, elle a pu devenir un sérieux instrument de défense contre les autres animaux. Les chevaux, les chiens, l'homme même sont forcés de s'écarter des Mouffettes et des autres Viverridés sous peine d'être suffoqués. Cependant la même odeur infecte plait aux femelles puisqu'elle est plus développée chez les mâles. Quant aux quadrumanes, ils ne paraissent présenter qu'à un faible degré les mêmes phénomènes ; c'est surtout la vue et l'ouïe qui prêtent chez eux un langage aux individus de l'un et l'autre sexe.
Si maintenant nous cherchons la signification socio-
logique des faits que nous venons de mentionner, nous trouverons que les émanations des deux sexes déterminent chez l'un et chez l'autre des émotions profondes et provoquent dans tout leur organisme de puissantes excitations. Par là ils sont intimement attachés Tun à l'autre, leur conscience, toute occupée de cette impression mutuelle, entre en correspondance étroite, plus peut-être que les différents individus d'un polypier qui participent à la même circulation; c'est en vain que la distance les sépare et que l'obligation leur est imposée de pourvoir isolément à leur nourriture : il y a un moment où ils ne font qu'un, attachés qu'ils sont l'un à l'autre à travers l'espace par les subtiles exhalaisons que le vent leur amène.
3^ Des couleurs et des formes. — Là où manque ce moyen de communication, mais souvent aussi là même où il est développé, les animaux des deux sexes sont rapprochés par l'image visible qu'ils présentent les uns aux autres et surtout par certaines particularités do couleur et de forme. Les insectes, qui forment un monde à part et qui ont poussé très loin le progrès organique malgré Timperfection de leur type, nous montrent de remarquables exemples d'ornements qui ont évidemment pour but l'attraction sexuelle. On se refuse à croire que les brillantes couleurs dont se parent les Lépidoptères et les Coléoptères soient sans but. Les fleurs elles-mêmes ne sont si brillantes que pour attirer les insectes, c'est un fait maintenant certain. Ce fait prouve et que l'éclat des couleurs a sa raison d'être dans les productions de la nature, et que les in-
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sectes en particulier sont capables de les discerner (1). Il est vrai que certains animaux inférieurs sont peints des teintes les plus vives et qu'on ne saurait rattacher ce cas à la même cause, puisque les sexes chez de tels animaux sont ou absents ou réunis sur le même sujet. Mais nous ne prétendons pas que tous les tissus colorés le soient en vue de la reproduction ; nous disons seulement que parmi les causes diverses de la coloration des tissus la sélection sexuelle a une place importante dès que les sexes apparaissent. Ce qui le prouvées est que souvent l'un des sexes seul porte cet ornement. « Aucun langage, dit Darwin, ne peut décrire la splendeur des rââles de quelques espèces de lépidoptères tropicaux. » Il en est de même de papillons européens {Apatura iris et Anthocaris cardamines). Les Morphos de la Guyane, qui servent d'ornement depuis quelques années à la coiffure des dames, offrent la même différence ; les femelles sont à peine connues, elles ne quittent presque jamais le haut des arbres et sont d'une couleur fauve qui n'approche en rien de la parure de leurs splendides époux. Dans de tels cas la couleur nous paraît hautement significative. Il en est de même chez certains Névroptères énumérés par Darwin, parmi lesquels les Agrionides méritent surtout d'être cités. Parmi les Hyménoptères les mâles des Ichneumons et des abeilles sont aussi bien plus brillamment colorés que les femelles. Parfois c'est le contraire qui a lieu, mais avec une signification sem-
(t) Ces réflexions s'appliquent également à la phosphorence des insectes lumineux.
blable, comme chez certaines libellules, et parmi les coléoptères, chez quelques Priouides exotiques. Les poissons mâles sont en grand nombre mieux parés que les femelles, soit en tout temps, soit surtout au temps des amours. Parmi les poissons d'eau douce on peut citer les Vairons, les Epinoches, les Perches, les Roches et les Rolengles, les Bouvières, les Brèmes et les Saumons. On sait que le Saumon ne revêt sa livrée brillante qu'à partir de Tépoque où il commence à ^frayer; jusque-là les deux sexes sont semblables. Ajoutons les Cyprins des fleuves de Tlnde, les Cyprinodontes et les Chromides de ^'Amérique du Sud. Parmi les poissons de mer, le Labre est le plus remarquable sous ce rapport, mais il n'est pas le seul qui ait donné lieu à de semblables observations, bien que le milieu les rende particulièrement difficiles. Daiwin cite le Callionymus lyra^ le Cottus scorpius auxquels il faut joindre les poissons labyrinthiformes observés par M. Carbonnier. A la saison des amours, le mâle est superbement rayé de bandes assez lArges alternativement rouge et azur ; les rayons extérieurs de ses nageoires abdominales sont vivement colorés. La femelle est également rayée ; mais ses couleurs sont uniformément rayées de brun et excessivement ternes par rapport à celles du mâle. Cependant elles s'avivent beaucoup, surtout sur les bords des nageoires quand arrive l'époque de la ponte. Le mâle se montre très empressé auprès de la femelle, lui fait une véritable cour, étale devant elle avec complaisance son énorme nageoire caudale et frémit alors comme un paon qui fait la roue. On sait que les Anglais appellent le Labre