COULEURS £T FORMES
poisson paon. Il n*y a là du reste rien de plus extraordinaire que ce qu'on peut observer chez l'épinoche commune et chez le vairon de nos ruisseaux . Ce qui rend de tels faits dignes d'intérêt, c'est précisément qu'ils n'ont rien d'exceptionnel. Mieux connus ils cesseront d'étonner, chez les poissons comme chez les oiseaux. Est-il en effet besoin d'insister sur cette loi si générale que Toiseau mâle est plus brillamment orné que la femelle et que la naissance de sa livrée est contemporaine de ses amours? Cette loi ne se vérifie- t-elle pas chez les mammifères ? Ei> sorte que nous pouvons dire avec certitude que les couleurs dans tout le règne animal sexué jouent un rôle, capital comme' moyen d'attrait entre les sexes, mais qu'à mesure qu'on s'élève dans réchelle, le mâle en est plus exclusivement paré. C'est dire qu'à mesure aussi la condition de plaire aux yeux lui est imposée plus sévèrement et que le désir, c'est-à-dire un ensemble de phénomènes de conscience, est le lien de plus en plus fort qui rapproche les membres de la société domestique.
Ce qui élabUt, du reste, le caractère psychique de ces phénomènes, non seulement chez les femelles qui les voient, mais chez les mâles qui les manifestent, c'est la liaison découverte par M. Pouchet entre les phénomènes de coloration qui ont la protection pour but et l'action des centres nerveux volontaires (1). Une puis- Ci) t Le tégument (des Céphalopodes) est pourvu de Chromatophores qui coostitueut des sacs à parois élastiques, remplis de pigment et munis Je muscles rayonnes, sous Taction desquels ils peuvent prendre des dimensions bien des fois supérieures à celles qu'ils possèdent dans leur état de contraction. Quant ils sont dilatés, la couleur propre au pigment coQteou devient parfaitement visible, tandis que dans leur état de cou-
santé analogie nous engage à considérer les phénomènes de coloration servant d'attraits sexuels comme dépendant de la même action et rentrant par là dans la sphère de la conscience. Il est à remarquer que dans plusieurs cas la coloration de certaines parties du corps s'avive au moment de l'excitation: ainsi la crête du coq et les plaques brillantes dont certains singes sont ornés (Darwin, Expression des émotions, p. 450) deviennent phis éclatantes sous Faction de la colère ou de la passion erotique. Les épinoches et les poissons de combat observés en Cochinchine^rourrfumonde,4875), étincelants pendantle combat, deviennent ternes, les premiers après la défaite, les seconds vaincus ou vainqueurs, dès qu'ils sont au repos. On conçoit que des excitations passagères se produisant d'une manière périodique aient déterminé dans les espèces dont nous avons
traction, iU apparaissent comme de simples taches sombres. C'est ce jen allcmatif (]*expan.<tioD et de contraction ({ui produit ces effets mHgnifiqued de roloratiou que Ton adnnre sur la pean des Ct^plialopodes vivants. • (Ilrxi.F.Y, Anntomie comparée (/ex Invertébrés ^ p. tlC. ) Les Céptinlopodes parta;;eul celle fonction chromatique avec certaines espèces de poissons tels que le.-*Turtjids, le Cann'dj^on et cerlains crustacés, en pailicnli<r le Palemon Serratns. i M. Poncliel a d<^monlré que les cellnlfs pigmeotaires sont sous la dépendance directe du sy^lèine nerveux et doivent ♦^Ire ajoutées à la liste de;îélém»M)lsanatoiniques dans les(pîels Texcitation nerveuse se lr.ln^rornle en travail mécanique. Les u^rfs déterminent la conlractilité des cliromntophores aw^si bien que celle des muscles volontaires et des fibres-cellules des muscles de la vie végétative. Chei les TurlfOts, M. (î. Poucbet supprime la fonction cbronialique en pratiquant rublalion du globe oculaire ou simplement la section do neif optique. L*nniinal aveuglé penl la facullc de modifier le ton de sa pean suivant que le fond sur lequel il est [dacé est clair ou obscur. Chez le Palémon, la môme mutdalion enttuino le munie phénomène au moinj jusqu'à la régéuéralion des organes de la vue. L'auteur en conclut que les cliangements de coloration constituent de véritables actes réflexes ayant leur Centre dans le système nerveux central et leur [loint de départ «tans les imiiressions rétiniennes. » (Robin, rapp. h l'Ac. des se., 1875).