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COULEURS ET FORMES

parlé plus haut des turgescences, périodiques aussi, dont quelques-unes seraient devenues permanentes. Du reste ce serait une question à examiner par le menu ; elle pourrait être résolue , ce semble , par la cotnparaison de ces divers ornements aux divers moments de Tannée et dans les divers états que déterminent les sentiments des animaux qui les possèdent.

Un grand nombre de Lépidoptères et de Coléoptères mâles diffèrent des femelles sous le rapport de la forme, non seulement en ce qu'ils sont quelquefois plus petits, mais encore en ce qu'ils portent des appendices dont celles-ci sont dépourvues. Plusieurs papillons femelles sont aptères, les Hétérogynis, lesOrgyes, certaines phalènes (genres Hiherniay Larentia elNyssia) ; quant aux coléoptères, tantôt, comme chez les Oryctes et les Lucanes, les mâles portent des cornes ou des mandibules que les femelles ne montrent qu'à l'état rudimentaire, tantôt, comme chez les Longicornes, la différence ne consiste que dans la longueur des antennes : celles du mâle paraissent démesurées. Darv^rin a signalé chez les poissons des appendices de nature analogue — JCallionymus lyra^ Cottus scorpius^Xiphoj)horus Hellerii, Plecoslomus barbaius , Monacanthus scopaSy Chimœra monstrosa — qui n'ont évidemment pas d'autre rôle que d'attirer l'attention et de décider les préférences de la femelle. La bouvière de nos eaux douces, que nous avons vue si brillamment colorée au moment des amours, se ])are encore de plus en ce moment de bourrelets de chair, au nombre de 8 à 12, qui s'élèvent de chaque côté de la mâchoire inférieure et disparaissent quand la saison du frai est terminée.

Nous n'avons rien à ajouter aux faits cités par Danvin en ce qui concerne les Reptiles, les Oiseaux et les Mammifères; ces appendices de toutes sortes (proéminen(5es, crêtes, jabots, huppes, plumes, cornes, crinières, barbes, etc.) sont si bizarres qu'ils échappent à toute description; nous aimons mieux renvoyer le lecteur aux figures que le naturaliste anglais en a données dans son livre sur la sélection sexuelle. Du reste, les animaux supérieurs sont mieux connus sous ce rapport. On pourrait croire seulement que ces ornements ne sont pas des attributs sexuels ; mais une expérience a été faite qui ne laisse subsister aucun doute sur leur véritable rôle; les cerfs châtrés n'ont pas de bois. Nous en savons assez pour conclure que dans presque tout le règne animal les formes du mâle se modifient en vue de frapper l'imagination de la femelle, ce qui établit que la conscience de Tune et de Tautre est le théâtre de représentations correspondantes. Cette représentation réciproque a une haute importance selon notre sentiment dans la validité des affections conjugales des animaux supérieurs. Pour que deux oiseaux, comme l'aigle à tête bbnche et sa femelle, s'attachent l'un à Tautre, il faut qu'ils aient présente à la conscience l'image Tun de l'autre. Si cela était vrai, le degré d'aptitude représentative correspondrait au degré de sociabilité. Telle est, en effet, la loi qui semble présider aux rapport sexuels des animaux. Ce serait pour cette raison que des mammifères stupides, comme le Tatou, seraient incapables d'affection et par conséquent de société. « Le mâle et la femelle, dit Brehm du Tatou, se rencontrent par hasard,

se flairent mutuellement, s'accouplent et se séparent ensuite avec la plus grande indifférence. » Le rapport entre l'intelligence et la sociabilité est donc général ; mais il est modifié par d'autres rapports qui masquent la loi. Par exemple, les instincts carnassiers, quand ils sont hautement développés, peuvent combattre les effets de la représentation réciproque, et, dans ce cas, des animaux même intelligents peuvent être incapables d'affection sexuelle. Telles sont les araignées dont les mâles ont tant à redouter de la voracité des femelles. Ici, comme chez beaucoup d'autres espèces, la représentation de l'autre sexe est tenue en échec dans ses résultats favorables à la' sociétér par la représentation des dangers encourus d'une part, des attraits de la proie vivante d'autre part. Nous reviendrons sur cette considération en étudiant les rapports des parents avec les jeunes.

4° Des bruits et des sons. — La représentation de l'odeur et de l'image visible est très souvent accompagnée de celle des sons produits par l'animal de sexe différent. Ici l'intelligence inventive joue un rôle considérable dans l'acquisition de la faculté de produire des sons. La plupart du temps, il est vrai, cette faculté tient à la possession d'organes que l'individu ne peut créer de toutes pièces, mais le développement de cette faculté et le perfectionnement des organes correspondants sont dus, même dans ce cas, en grande partie à l'exercice répété de la fonction, et peuvent passer par conséquent, jusqu'à un certain point, pour volontaires. Souvent enfin cejn'est pas un organe préexis-

tant qui est approprié à cet usage spécial, c'est un corps étranger dont la sonorité a été remarquée qui sert à produire le bruit et dont l'animal se fait volontairement un instrument, comme nous nous servons du tambour et de nos autres instruments de musique. La variété des moyens employés à cette destination est presque incroyable ; elle montre que la production des sons n'est pas due à ce qu'on appelle un plan de la nature qui impliquerait l'emploi des mômes moyens en vue d'un même effet dans tout le règne animal, mais (lu' elle a pour cause immédiate le besoin plus ou moins clairement senti par les animaux d'entrer en communication avec leurs semblables de l'autre sexe. Ce but posé, les moyens d'y atteindre ont dû varier suivant les aptitudes de chacun et suivant le hasard des circonstances. On le voit, nous inclinons encore ici à expliquer les manifestations de la vie animale non par une sélection inconsciente, mais par la représentation consciente à quelque degré d'un avantage à obtenir. 11 a fallu, en effet, que les animaux les plus humbles, entendant le bruit produit par leurs organes, sachent obscurément que ce bruit serait entendu de leurs semblables de l'autre sexe, pour arriver à s'en servir intentionnellement. Et même on pourrait remonter plus haut, car cola mémo implique qu'ils avaient remarqué les effets des bruits extérieurs avantageux ou nuisibles sur leurs propres organes auditifs, pensée que Ton peut faire aussi obscure qu'on le voudra, mais qui a été nécessairement le principe détiirminant de leur action. La sélection est intervenue ensuite pour la fixer dans l'espèce et en faire une liabitude congénitale.

Commençons par les bruiU produits au moyen d'un choc sur des corps retentissants. Les insectes qui les font entendre sont rares ; nous ne pouvons citer que les Anohium ou vrillettes, petits coléoptères appelés presque partout, en raison de ce fait, horloges de la mort, et la famille du Moluris striata du cap de Bonne- Espérance, s'il faut en croire le récit contesté de Lacordaire. Chez les oiseaux, plusieurs, pics choisissent nne branche sèche et sonore et la frappent de leur bec pour appeler leur femelle. Celle-ci est-elle présente, ils frappent encore pour la charmer. Ce bruit est si bien lié dans leur esprit à Tidée de la possession de leur compagne qu ils entrent eïi fureur dès qu'un autre mâle le fait entendre. Or, qu'il s'agisse des insectes dont nous venons de parler ou des pics, n'est-il pas évident que dans l'un et l'autre cas une intelligence s'est servie de bruits produits soit fortuitement, soit pour une autre fin, et les a employés intentionnellement pour une destination nouvelle?

D'autres animaux se servent de différentes parties de leur corps, comme les timbalistes et les violonistes de leur instrument. Il y a des insectes chez lesquels des bruits sont produits par le frottement des cuisses ou des jambes postérieures contre les bords latéraux des élytres ; ce sont les moins communs de tous (Megacephala chalybeay Etiprosopiis quadrinotatus, Coxijcheila tristis, Cacicits americanus, et le genre Acridium). D'autres, plus nombreux, produisent des sons semblables en frottant les derniers arceaux supérieurs de leur abdomen contre les élytres (Trox, Necrophorus y Pœlobhis hermani, Copris^ certains Scarabées,

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S. acteon, S. pan, S. Philodetes^ plusieurs Lamellicornes exotiques). Maintenant que Ton imagine que le pédoncule du mésothorax rentre dans le prothorax en frottant contre sa paroi, le frottement produira un bruit analogue aux précédents et dont l'animal pourra songer à se servir comme moyen d'appel. C'est ce qui a lieu en effet chez un grand nombre d'insectes (Lema, Donaciaf Megalopus, Hispa^ Reduvius) (Lacordaire, I, p. 268 et suiv.). Le même effet peut être et est en réalité obtenu par le frottement du premier article de la jambe contre le bord de la cavité où il s'emboîte (G^otrtfpis). Nous ne poursuivrons pas plus loin cette revue. Darwin a étudié, au point de vue physiologique, les stridulations des nécrophores, des grillons, des cigales et des sauterelles; et ses recherches ne font que confirmer notre vue ; à savoir que l'insecte quelquefois mâle et femelle, le plus souvent le mâle seulement se sert d'un bruit produit accidentellement par le frottement des parties cornées de son corps les unes contre les autres pour en faire un signal intentionnel. Ensuite l'exercice répété de la fonction concourt avec la sélection pour perfectionner de génération en génération l'organe stridula.teur. D'autres faits empruntés à des régions plus élevées du règne animal viennent soutenir l'hypothèse. C'est ainsi que la cigogne s'est fait avec le claquement de son bec tout un langage, surtout employé par elle au temps des amours et lors de la construction du nid. C'est ainsi que le butor, ayanl remarqué que sa voix est modifiée par l'eau et y retentit davantage, y plonge son bec pour faire entendre sa chanson d'amour (Brehm;.

Les bruits et sons produits par les poissons méritent une attention spéciale. Ils ont été étudiés avec une sûreté de méthode vraiment remarquable par M. Dufossé. Nous nous bornons à analyser son travail. Il divise les signes acoustiques usités chez les poissons en deux classes : 1** les bruits, qui sont produits tantôt par frottement, tantôt par émission de gaz; 2" les sons, qui sont produits tantôt par des muscles indépendants de la vessie, tantôt par un appareil vésico-pneumanique. De simples bruits ont été remarqués chez les Saurels, qui les font entendre au moyen du frottement de leurs os pharyngiens, — ici le phénomène aurait un caractère social plutôt que sexuel, le Saurel vivant habituellement en troupe, comme tous les poiaeons bruyants de nos mers, — et chez les loches d'étang, les meuniers et les barbeaux qui les produisent en expulsant Tair par l'anus, quand ils viennent en foule se jouer à la surface de l'eau. Ces bruits sont très variés, parait-il, mais ils ne sont pas musicaux. Les Trigles et les Malarmats émettent de véritables sons, les mâles avec plus d'intensité que les femelles, et au printemps qui est la saison du frai. Ce sont donc bien des phénomènes acoustiques d'appel entre les sexes, tels que ceux que nous sommes en train de relever dans tout le règne animal à partir des insectes, les mollusques écartés. Ils sont produits par la contraction des muscles. Le Cottus scorpius (chaboisseau vulgaire) et le Cottus bubalus frémissent de même en contractant les muscles de la paroi inférieure de la bouche ; la tète, qui est très grosse, renforce les sons. Mais les plus musicaux des poissons sont les Maigres et les Ombrines,

grands animaux, les uns (les seconds) de un mètre, les autres de deux mètres de longueur, auxquels il faut joindre les Perlons, beaucoup plus petits. C'est surtout au temps du frai qu'on voit les Maigres et les Ombrinés, rassemblés en troupes très nombreuses et quelquefois en véritable banc. Par une contraction des muscles autour de la vessie qui sert d'organe résonnateur, ils produisent dans ces moments des sons qui, monotones pris à part, ont quelque chose de frappant par la combinaison de leurs timbres divers. On les entend à dix-huit mètres de profondeur. Après une étude minutieuse de ces phénomènes et de l'organe assez compliqué qui sert à les produire, M. Dufossé conclu^ ainsi : « Quand on se représente le grand nombre et la disposition des organes qui concourent à la composition de l'instrument physiologique musical que j'ai étudié chez les Maigres ; quand on remarque que ces organes et ceux de la phonation chez les autres vertébrés en général suivent dans leur développement une marche semblable ; quand on a égard au degré de perfectionnement qu'offrent les organes de l'audition chez les Sciénoïdes dont il s'agit ici ; quand on observe que ces poissons produisent dans ralmosphôre ainsi qu'au sein des eaux des sons dont la puissante intensité est imposante, qu'ils ne font un usage fréquent de ces sons que dans lo cas où les oreilles de leurs congénères peuvent les percevoir, que c'est principalement au temps du frai qu'ils en sont prodigues, quand enlin on réfléchit à toute la portée de cet argument qu'on no peut douter que ces sons ne soient complètement soumis à la volonté du poisson, on est conduit à se deman-

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der si tous ces nombreux organes qui contribuent à la formation des sons et les phénomènes acoustiques commensurables qui en résultent sont sans utilité aucune, ou si ces derniers ne sont pas employés par les Maigres à communiquer aux individus de leur espèce les besoins instinctifs qu'ils ressentent, comme le fait tout animal doué de la faculté de produire des sons volontaires » (Annales des sciences naturelles, t. XX, p. 116). De tels faits, il faut le dire, sont rares, puisqu'on ne compte que cinquante-deux espèces de poissons bruyants sur trois mille que la classe renferme ; m^s d'abord la recherche est nouvelle et le nombre peut s'étendre (V. Lablanchère, Esprit des poissons^ p. 107); ensuite il les faut considérer comme d'autant plus significatifs qu'ils sont plus rares; il est frappant, en effet, de voir les poissons, manquant des moyens les plus ordinairement employés par les animaux qui vivent dans l'air pour produire des bruits, à savoir la stridulation et la voix, obtenir les mêmes résultats par des moyens détournés et se servir à cette fin du frémissement de leurs muscles, le seul bruit dont leur organisme soit capable. Chaque animal a fait en quelque sorte ce qu'il a pu pour attirer sur lui Tattenlion de ses semblables de l'autre sexe, le poisson comme les autres, mais avec un moindre succès, parce qu'il avait de plus chétifs moyens à sa disposition.

Les privilégiés sonl ceux qui ont pu se servir de la voix, c'est-à-dire ceux dont l'organisme était fait de telle sorte que l'air servant à la respiration pût vibrer à son issue des orifices. Dès la classe des insectes nous rencontrons de nombreux exemples d'émissions vo-

cales expressives. Ceux qui bourdonnent en volant (la plupart des Hyménoptères, des Diptères, etc.) ont en effet a une véritable voix dont les organes producteurs, c'est-à-dire les stigmates, correspondent au larynx des vertébrés, de même que les trachées, par leurs fonctions et leur structure annulaire, rappellent la trachéeartère » (Lacordaire, I. p. 273). Cest, paraît-il, parla trompe que le Sphynx Âthropos fait entendre ce cri très distinct qui lui est propre. Nous n'insisterons pas sur ces phénomènes, parce qu'il n'est pas encore établi qu'ils jouent un rôle dans les relations des sexes ; cependant il est des cas où il est difficile -de ne pas supposer que le bourdonnement sert d'appel ou d'avertissement, celui-ci, par exemple, rapporté par M. Girard, à propos d'un névroptère de Provence, l'Ascalaphe méridional (M. Girard, Métamorph. des insectes^ p. 150) : « Les mâles, à la recherche des femelles, volent avec la plus grande vélocité le long du versant des collines arides, au plus ardent du soleil. La femelle s'élève verticalement quand le mâle vient à passer audessus d'elle, comme une pierre lancée avec force. » Mais ce sont les oiseaux qui sont les chanteurs par excellence dans le règne animal. Nous n'en connaissons pas qui soient dépourvus de voix, et bien que les mammifères aient presque tous des cris d'appel, ils sont loin d'égaler la variété, Vétendue et la puissance d'expression de leurs manifestations musicales. Fait digne de remarque, et qui établit d'une manière décisive le caractère sexuel de ces facultés, ce n'est que pendant la saison des amours qu'ils font entendre leurs voix: quand ce temps est passé, à moins qu'ils ne vi-

vent en sociétés, de même qu'ils perdent leur parure, ils perdent leur inspiration.

5° Des jeux et parades. — Plus on monte dans l'échelle animale, plus les mouvements deviennent libres et variés chez les êtres vivants. Ces mouvements devaient donc servir aux mâles de moyens de séduction et se joindre aux autres attraits déjà décrits dans les pages précédentes pour les faire valoir en quelque sorte, et en rehausser Tagrément. Les insectes se livrent presque tous autour de leur femelle, soit en courant, soit en volant, à un manège significatif qui prend, dans plus d'un cas, le caractère d'un véritable jeu. Des mouches dorées, posées à quelque distance sur les troncs d'arbres dans les bois, s'élancent en bourdonnant très fort l'une après l'autre, entremêlent leurs courses pendant un instant, puis se reposent et recommencent sans fin. On sait les danses interminables des Tipulaires et des papillons diurnes; celles des fourmis au moment où elles sont pourvues d'ailes. Les Libellules se livrent, avant l'accomplissement, à de longues évolutions. On voit pendant l'été, dans l'herbe, les Grillons accompagner leurs chants de poursuites persistantes auxquelles la femelle se dérobe derrière les tiges, comme pour prolonger l'aubade. Le mâle de certaines araignées (Epeires) se suspend à un long fil au bout duquel il se balance pour atteindre la femelle à charjue oscillation, sans qu'on puisse dire si c'est jeu ou précaution. « Ces rapports (sexuels) deviennent déjà très variés et souvent très intimes chez les crustacés et chez les insectes, et quiconque a eu soin d'observer

les amours des limaçons ne saurait mettre en doute la séduction déployée dans les mouvements et les allures qui préparent et accomplissent le double embrassement de ces hermaphrodites. » (Agassiz, De V Espèce^ p. 106.) Nos observations personnelles confirment pleinement ce témoignage en ce qui concerne les limaces grises dont nous avons parlé et les Hélix. Les poissons se livrent au moment où ils sont le plus brillamment colorés, c'est-à-dire au moment des amours, à des passes rapides, à des sauts brusques qui semblent destinés à faire valoir Téclat miroitant de leur parure. Quant aux oiseaux ils exécutent de véritables danses. Ces faits sont mal connus et méritent d'être énumérés. Il y a ici une difficulté qui tient au grand nombre même des espèces appelées à trouver place dans cette revue ; mais au risque de nous exposer à des répétitions, nous tenons à établir la généralité du fiut. Parmi les passereaux, nous rencontrons d'abord l'Erythrospize du Canada : « En chantant, dit Brehm, ces oiseaux prennent les attitudes les plus comiques ; ils dansent l'un autour de l'autre et sont dans une agitation continuelle. Lorsque le mâle poursuit la femelle, il redresse le corps, ouvre largement les ailes, on dirait qu'il veut serrer dans ses bras l'objet de son amour. » Il en est de môme du Serin méridional. « 11 implore sa femelle par les chants les plus tendres; comme un coucou, il s'accroupit sur la branche, s'aplatit en quelque sorte, hérisse les plumes de sa gorge, élargit sa queue, se tourne, se retourne, se dresse tout à coup, s'élève dans les airs, volette d'une façon .singulière, décousue, comme une chauve-

souris, se jette à droite et à gauche, puis revient à sa place pour continuer son chant... Le mâle du Grosbec vulgaire se complaît dans son chant, car il prend toutes les postures imaginables pour exprimer sa propre satisfaction... Les témoignages d'amour des Spermestes sont particuliers et parfois comiques. Souvent ils sont l'un à côté de l'autre, se pressant mutuellement. Ils se caressent les plumes en «'appelant sans cesse. Par moments, le mâle croasse, le bec légèrement ouvert et se dandine en suivant la mesure de son chant. Au plus fort de l'excitation, il interrompt cette danse pour sauter de côté sur le dos de la femelle ; il s'y tient un instant, saute de l'autre côté, -se tourne à droite, à gauche, lui caresse la tête, puis recommence le même maûége cinq ou six fois avant l'accouplement... Le Prayer d'Europe prend, en chantant, 'les postures les plus extraordinaires, et cherche à remplacer par des gestes les notes qu'il ne peut émettre... Lors de Taccouplement, le Lulu des bois fait montre do toute sa gentillesse. 11 court autour de sa femelle, levant la queue, redressant sa petite huppe, faisant les révérences les plus charmantes pour lui témoigner son amour. » Presque toutes les espèces d'alouettes se livrent, du reste, à un manège analogue à celui de notre alouette commune, qu'il n'est pas besoin de décrire. Les Cassiques, oiseaux moqueurs, se servent, pour faire leur cour, des bribes d'airs qu'ils ont réussi à imiter : a En même temps qu'il imite ces sons, l'oiseau prend les postures les plus singuUères ; il tourne et retourne sa tète, son cou, son corps tout entier, et tout cela d'une façon si comique que je ne pouvais re-

tenir un éclat de rire. » Les Mil vidés, comme presque tous les prédateurs, cherchent tous à captiver leurs femelles par des exercice^ de haut vol qu'elle partage quelquefois avec eux. C*est vraiment un joli spectacle de voir, à Dijon, par le ciel clair et les grands vents de mars, les crécerelles se jouer au plus haut des airs, autour de la flèche de la cathédrale, faisant front à la tempête, a Le Faucon de Virginie mâle s'élève tout à coup à plusieurs centaines de mètres en criant toujours plus fort; puis, les ailes à demi repliées, il se laisse retomber obliquement... Le spectacle est des plus intéressants quand plusieurs mâles se réunissent et luttent de grâce et d'agilité devant une femelle. » L'Engoulevent, lui-même, qui n'est rien moins que gracieux, cherche à le paraître en manœuvrant de la même façon. Parmi les Chanteurs, de Brehm, nous rencontrons le Benteveo et les Rupicoles orangés. Ceux-ci, très brillamment parés, exécutent des pas et des mouvements extraordinaires au milieu d'une vingtaine de leurs semblables réunis en assise solennelles. Le Saxicole, vulgairement traquet motteux, pratique une sorte de voltige semblable à celle de l'alouette. Les Pétrocincles sont des danseurs terrestres : « Au temps des amours, le mâle chante avec la plus grande ardeur. Il danse, le corps droit, les ailes et la queue frottant contre le sol, les plumes du dos hérissées, la tête rejetée en arrière,, le bec largement ouvert, les yeux presque fermés. » Ainsi des moqueurs : « Le mâle cherche, par tous les moyens, à charmer la femelle. Il étale la queue, laisse pendre ses ailes, et se promène ainsi, grave et fier, sur le sol ou sur une branche ; ou

bien il voltige autour de sa compagne en battant des ailes comme un papillon ; il danse littéralement dans Tair, il exprime ses sentiments de mille façons. » Parmi les Sylviadés, les Pyrophtalmes mâles se tiennent d'ordinaire à un endroit élevé, hochent la queue, hérissent les plumes de leur cou, se baissent et saluent à plusieurs reprises. Le Phragmite des joncs monte dans les airs par coups d'ailes cadencés, puis plonge en chantant, les plumes hérissées. Le Pipi des arbres a des évolutions un peu différentes. Celles de TAccenteur des Alpes se rapprochent de celles de l'alouette. Un roitelet saule autour de sa femelle en hérissant sa huppe, et le Lophophane, ainsi que les Mésanges bleues, « cherchent par toutes sortes de postures et de gestes à se rendre aimables. » On se rappelle que les Pics, suivant Texpression de Brehm, tambourinent leur chanson d'amour. Chez un des Picidés, le Colapte, les mâles se réunissent au nombre de douze environ pour exécuter cette chanson de concert, puis ils « s'approchent de la femelle, baissent la tête, étalent la queue, avancent, reculent, prennent les postures les plus diverses et se donnent mille peines pour la convaincre de la violence et de la sincérité de leur amour. » Le Bucorax se Uvre aux mêmes démonstrations que notre dindon domestique, sdiul \e pouhh ! si caractéristique que celui-ci lance de temps en temps. Tous ceux qui observent, même superficiellement, les mœurs de nos oiseaux ont été témoins des révérences que font nos pigeons quand ils se pressent à plusieurs mâles autour d'une femelle sur la crête d'un toit. Le Tétras exhale son ardeur au moyen d'un exercice in-

descriptible qui rappelle sans doute les mouvements et le bruit de la roue du rémouleur, puisqu'on dit qu'il remoud. Après des danses analogues à celles que nous avons décrites, le Lyrure n applique son bec à terre, frottant et usant les plumes du menton. En même temps, il bat des ailes et tourne sur lui-même. Â la fin, on croit voir un animal complètement fou. » Ce sont encore des oiseaux dansants que le faisan et la perdrix rouge, quand ils sont sous Tempire de la même excitation. M. Hardy a décrit le mâle de l'Autruche dans cet état : a 11 s'accroupit devant sa femelle sur les jarrets, puis balance pendant huit à dix minutes, d'une manière cadencée, la tête et le cou ; se frappe alternativement avec le derrière de sa tête le corps de chaque côté, en avant des ailes. Ses ailes s'agitent en mesure par dei^ mouvements fébriles, tout son corps frémit; il fait entendre une sorte de roucoulement sourd et saccadé ; tout son être paraît en proie à un délire hystérique. » Le Nandou exécute debout des danses non moins singulières, tlhoz certains écliassiers, comme l'Outarde, la Canepetière, rŒnicdème criard, la danse se réduit à une marche ou course plus ou moins rythmée; mais chez d'autres, comme le Syphéotide du Bengale et le Pluvier, la cour est accompagnée des évolutions aériennes les plus variées. Les exercices de haut vol de la Bécassine mâle ont été décrits par Nauman. La Guignette les égale presque. Le Jabiru danse; les Grues de différentes espèces mêlent à des danses et à une mimique des plus actives les mêmes exercices, tandis que l'Agami saute comme un clown. Arrêtons ici cette liste déjà longue, mais qu'on aurait

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