ESTHÉTIQUE ANIMALE 3H
pu allonger encore de faits analogues empruntés à la classe des mammifères, et venons aux questions philosophiques qili s'en dégagent.
Le trait commun de tous les faits cités, qu'ils appartiennent à l'une ou à l'autre de nos trois dernières catégories (parures, sons, mouvements), est de présenter un caractère agréable et d'avoir pour fin de plaire. Cet agrément est-il de même ordre que l'émotion esthétique ? Il nous parait difficile de le nier quand on voit l'homme se servir de la parure et delà voix de l'animal pour charmer ses semblables et lui-même. Je ne parle pas des odeurs empruntées aux sécrétions des Moschidés qui sont chez l'homme mis en usage par les deux sexes comme un attrait d'ordre inférieur; les papillons et les coléoptères ne font-ils pas chez les peuples civilisés partie de la toilette des femmes comme les coquilles chez les peuples sauvages ? Les plumes des oiseaux ne figurent-elles pas à titre d'embellissement dans la coiffure des élégantes, sur le chapeau des * soldats et sur les dais de nos dignitaires ecclésiastiques ? Les aigrettes et les crinières n'ajoutent-elles pas quelque chose à la beauté des casques? Les fourrures n'ornent- elles pas les vêtements qu'elles bordent et les appartements qu'elles tapissent? Et si les hommes enfants n'avaient pas trouvé quelque charme au chant même des insectes, lui auraient-ils comparé les chants des poètes et les discours des vieillards? Les auraientils tenus en cage pour jouir de leur musique monotone, comme les Africains l'ont fait pour les Grillons, les Grecs anciens et les Chinois pour les Cigales? En auraient-ils fait de même pour les oiseaux chanteurs de
toute espèce? Auraient-ils consacré tant d'efforts ingénieux au développement de leur faculté musicale? Non, il n'est pas de distinction psychologique, si savante qu'elle soit, qui nous empêche de croire que le chant du rossignol, par une nuit de printemps, est vraiment beau. Maintenant, nous reconnaîtrons sans peine que la manière dont la femelle du rossignol entend la beauté en général, et sent la beauté des chansons de son mâle en particulier, diffère considérablement de la manière dont nous sentons Tune et comprenons Vautre. Il en est du sentiment delà beauté dans l'animal comme des opérations de l'intelligence; la réflexion analytique leur fait défaut, c'est-à-dire qu'ils sont composés d'un bien moins grand nombre d'éléments distincts et liés à un bien moins grand nombre d'autres sentiments et d'autres pensées; mais il en est de même des sentiments et des idées du sauvage par rapport aux sentiments et aux idées de l'homme civilisé. Cette différence de clarté et d'extension dans la conscience n'empêche pas la similitude fondamentale des actes ou états de cette conscience. Du reste , une telle similitude de nature peut à peine être l'objet d'une discussion ; elle est le postulat nécessaire de toute psychologie comparée. C'est aux résultats qu'il faut juger la science qui la rejette et la science qui la repousse. L'une reste nécessairement confinée dans le moi humain et encore dans une partie de ce moi, l'entendement scientifique ; l'autre, en ouvrant le moi pour y faire, en quelque sorte, entrer tout ce qui vit, acquiert l'explication de toute conscience en dehors de nous, et en nous de tous les états de la