‹ Des sociétés animalesChapitre 38 sur 75 · ESTHÉTIQUE ANIMALE · texte numérisé non relu

ESTHÉTIQUE ANIMALE

conscience , même les plus rudimentaires et les plus obscurs (4).

Il était inévitable que les phénomènes par lesquels les animaux s'appellent et se lient moralement les uns aux autres revêtissent le caractère esthétique. Tout d'abord ils ne servent pas directement à l'accomplissement d'une fonction ; ils la préparent, mais de loin, et seulement en ce qu'ils la représentent. Ils constituent donc une sorte de jeu, une fiction. Ce vaste langage, aux formes ihfinimenC multiples , mime et symbolise l'amour avant sa consommation. Mais c'est qu'en réalité il est dû dans son principe aux mouvements produits chez le mâle par Vexcitation erotique s'irradiant dans toutes les parties de l'organisme, et, à ce point de vue, il est le préambule de l'union sexuelle ; il en constitue le premier acte. Par lui l'image du mâle se grave dans la conscience de la femelle et l'imprègne en quelque sorte pour déterminer chez elle, à mesure que les effets de cette représentation descendent dans les profondeurs de son organisme, les modifications physiologiques nécessaires à la fécondation. Ainsi, d'une part

(1) Nous a^oDs le regret d'être dans tout ce chapitre en disseotimeot avec uo des plus illustres de nos maîtres, M. Lévèque. C'est dans son article sur le sens du beau chez les bêtes {Revue des Deux- Mondes, sept. 1873) qu'il faut chercher les arguments les plus forts contre la thèse que nous soutenons ici. Nous saisissons cette occasion pour rappeler que si les plus importants ouvrages de philosophie sociale qui aient été publiÀs dans l'école spiritualisle pendant ces dernières années, celui de M. Janet sur VHistoire de la science politique et celui de M. Caro : Problèmes de morale sociale^ n'ont pas dans notre introduction la place considérable qu'ils y devraient occuper, c'est que cette introduction faisait primitivement partie d'une thèse pour le doctorat et qu'il nous était interdit par les plus simples convenances d'y critiquer ou d'y louer ceux qui devaient être nos juges.

les phéacmènes que nous venons de passer en revue sont des symboles, d'autre part ce sont aussi des phénomènes biologiques. Comme tels, ils devaient subir la loi de tout processus organique. Il n'est donc pas éton« nant, dès lors, qu'ils montrent de l'ordre, de Tharraonie, de la beauté en un mot. Car qu'est-ce que la beauté, sinon l'organisation rendue sensible, la vie manifestée? Par exemple, les insectes chanteurs devaient, en vertu de la loi biologique du rythme, loi qui régit les contractions des muscles, les mouvements du sang, les émissions du souffle, etc., procéder, eux aussi, par sons détachés, à intervalles, et par groupes de sons, coupés d'intervalles plus prolongés. De là une certaine variété et une certaine unité, bref, de l'harmonie. Les sons émis par les oiseaux, sortant d'un organisme plus complexe, devaient être plus complexes aussi et plus variés. Mais aussi ils devaient être partagés par des intervalles plus distincts et plus habilement rythmés, former des airs en un mot. lien est de même des évolutions et des jeux. Les danses des oiseaux ne sont pas autre chose que des mouvements de marche exécutés sur place et participant, mais à un plus haut degré, à la cadence de la marche : ainsi des battements d'ailes. La grâce qu'ils déploient dans leurs exercices de haut vol n'est que la puissance même et l'aisance de ce vol rendues plus sensibles, parce que, à ces moments, il n'a pas d'autre but que lui-même et qu'il est favorisé par une surabondante émission de forces. On pourrait suivre tous les degrés d'harmonie et de beauté croissantes dans les chants, à partir du grésillement des criquets jusqu'au chaut du rossignol, dans

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