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COMBATS DE NOCES

vaine démonstration. Il n'y a que les becs et les griffes des carnassiers qui tuent. Ensuite les premiers coups, même d'armes meurtrières de cette sorte ne sont pas toujours mortels; ils abajttent au plus l'ennemi sans Tachever. Le vainqueur s'empresse de fuir avec sa conquête et le vaincu peut se relever pour recommencer de nouveaux combats après quelques jours de régime. Certains herbivores sont, il est vrai, terriblement armés, mais on peut dire que c'est contre leurs ennemis mortels les carnassiers qu'ils ont acquis ces armes, non contre leurs rivaux. Combien parmi les cornes des ruminants sont, je ne dirai pas inoffensives, mais du moins relativement peu redoutables, si Ton considère surtout les fronts massifs contre lesquels elles sont appelées à se heurter! Ce sont moins des armes que des ornements guerriers. Quelques-unes même sont embarrassantes pour leurs possesseurs, au point de changer accidentellement en duel fatal aux deux combattant^ ce qui n'était d'abord sans doute possible qu'un simple tournoi. C*est ce qui arrive assez souvent pour les cervidés quand leurs bois s'enchevêtrent les uns dans les autres. Ce n'est pas en effet une bataille véritable qu'il se livrent d'ordinaire ; le nom de tournoi convient beaucoup mieux à leurs luttes. La place en est en quelque sorte fixée d'avance; ils y reviennent chaque année. Il en est de même des oiseaux en apparence les plus belliqueux de tous : ceux qu'on appelle les Combattants et qu'on appellerait plus exactement les jouteurs. A une place marquée, fréquentée aussi par les femelles, les mâles viennent chaque matin ornés de leur parure de noces. Deux

d'entre eux s'avancent Tun contre l'autre tout tremblants; ils se frappent à coups redoublés, mais jamais leur sang ne coule : c'est à peine si une plume vole ça et là. Leur bec long et flexible est incapable d'entamer la peau de l'adversaire. C'est une lutte à armes courtoises, une sorte de fantasia brillante. Un chasseur racontait à M. Poussielgue (voyage en Floride, Tour du monde^ 18G9, 1^^^ sem., p. 126) qu'il avait vu une nuit des coqs à fraise {Tétras cupido) lutter avec acharnement sur une de ces arènes d'honneur (Scratching places) où ils se réunissent en grand nombre pendant que les femelles couvent, et que d'un coup de feu il avait dispersé les combattants. « Qu'eussent-ils fait, demanda le voyageur, si vous ne les aviez pas troublés? — Ils auraient, fut-il répondu, passé la nuit à se battre ainsi en mesure sans se faire grand mal, se seraient quittés au soleil levant en se faisant mille politesses et le lendemain soir ils auraient recommencé. » Nous trouvons des faits analogues dans la classe des insectes. M. de La Brûlerie nous raconte une rixe interminable entre deux coléoptères armés, ce semble, de manière à donner lamortdu premier coup, deux Scarites géants, c J'.eu vis deux, dit-il (1), qui se battaient peut-être pour la possession d'une femelle. C'était plaisir de les voir prendre champ et, dressés sur leur première paire de pattes raides en avant, se menacer de la dont. Tous deux ensemble ils s'élancent, enlacent leurs mandi-

(1) Annaies de la société entomologiqitÈ, année 1800, p. 521. Qu'il nouà soit peniiià de donner ici un regret à notre ami Cliarles de la Brûlerie, mort à 31 ans, au moment où il réalisait iW^X leâ brillantes espôranced que ses premiers écrits avaient fait concevoir.

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