COMBATS DE NOCES
bules, serrent et secouent avec rage. L'un et l'autre fait d'inutiles elTorts pour blesser son adversaire ou le forcer à lâcher prise. Grâce aux armes et aux cuirasses égales des deux champions, cette première attaque reste sans résultat. Ils se séparent, reculent de quelques pas et s'élancent de nouveau. Tous deux étaient sur leurs gardes, aussi bien des attaques furent-elles parées. Enfin l'un saisit l'autre et l'enleva de terre...» On croit le combat terminé ? Point du tout. Après bien des péripéties, la joute en est au même point ; aussi l'observateur se lasse-t-il plus vite de l'examiner qu'eux do la poursuivre. « Malgré mon désir de voir rissue définitive de la lutte, je ne pouvais rester à la même place toute la journée et je les laissai dans cette position. » Nous ne voudrions pas qu^on donnât à ces remarques une extension universelle qu'elles ne comportent pas ; nous savons que chez les bovidés on a constaté que de jeunes mâles ayant les jambes brisées sont restés sur place et y sont morts de faim , et que chez les espèces les plus inoffensives le combat devient quelquefois mortel, comme chez les Moufflons, les Chamois et les Bouquetins qui, combattant au bord des précipices, y tombent parfois précipités par leurs adversaires; mais nous pensons, après un examen attentif, que les luttes en l'honneur des femelles sont généralement des démonstrations d'ordre esthétique où se déploie la fière beauté des mâles plutôt que des duels décisifs où le vaincu perd nécessairement la vie. Le moment de la pariade est toujours marqué chez les animaux par une grande agitation. Un grand nombre éprouvent à ce moment le besoin de se réunir en
assemblées tumultueuses, dont le but est sans doute de se rencontrer et de se choisir, mais aussi de satisfaire leur excitation en la multipliant par la vue de leurs semblables, excités comme eux. C'est en de telles assemblées que se déploient les plus saillants des attributs sexuels que nous venons d'énumérer. Une espèce d'oiseaux australiens va même jusqu'à construire pour ce moment comme un temple d'amour en forme de berceau, orné de plumes et d'objets brillants, où les mâles et les femelles passent et repassent avec un air de joie. Ce berceau n'est pas un nid, caries nids sont construits plus tard par les couples une fois formés. Il sert seulement de théâtre aux évolutions galantes qui précèdent la pariade, et cela pour plusieurs couples. Mais les assemblées dont nous parlons ici ne sont pas des sociétés véritables ; elle ne sont pas permanentes, elles ne sont pas organisées. Les plus durables sont celles que forment les poissons au moment du frai, quand les eaux chaudes de la mer, eu se déplaçant, les entraînent avec elles loin des parages où elles se sont formées. Les migrations bien connues des harengs ne nous paraissent pas avoir d'autre cause. Bientôt les ennemis qui pressent le banc de toutes parts l'obligent à se resserrer ; de plus, la fonction même de la fécondalion rapproche les individus qui la composent ; ils forment ainsi une niasse plus ou moins compacte et sans ordre, du moins où nul ordre n'a été observé.
Le choix accompli dans ces réunions Icuiporaircs, les deux membres de la société naissante aspirent aussitôt à se séparer de leurs sremblables. Un petit nombre