‹ Des sociétés animalesChapitre 43 sur 75 · ASSEMBLÉES · texte numérisé non relu

ASSEMBLÉES

d'oiseaux et de mammifères restent en bande après ce moment ; mais plus des deux tiers de ceux qui vivent en société s'isolent après la pariade. L'instinct est tellement invétéré, qu'il survit même à des siècles de domestication. Ainsi, dans nos troupeaux de bœufs, les vaches en rut sont suivies par le taureau dans un coin écarté du pré, et les deux bêtes restent ainsi isolées jusqu'à l'accouplement. Par là, les animaux effacent de leur esprit toute autre image que celle de leur compagnon préféré, et cette exclusion ne tend pas moins que Tamour même à resserrer leurs liens réciproques.

D'ordinaire, quand il y a lutte, la victoire n'assure pas seulement au vainqueur la possession momentanée de la femelle; le vaincu est définitivement écarté de la localité ; s'il s'aventure dans les environs, il aura à encourir de nouvelles rigueurs, cette fois des deux époux. Ceci n'est vrai que pour les unions conjugales qui durent au moins une saison, mais est vrai de presque toutes. Rare chez les insectes et chez les poissons, le fait devient très fréquent chez les oiseaux et les mammifères. Nous en traiterons plus complètement quand nous étudierons les relations de la société domestique avec le sol qu'elle occupe. Dès maintenant nous pouvons comprendre que les deux membres qui la fondent éprouvent, une fois unis, non seulement une affection mutuelle, mais des répulsions communes, en même temps qu'ils se représentent tous les deux comme liés à leur personne et indispensables à leur activité certains objets ceints de limites définies.

Cependant, quelle que soit la correspondance de re-

présentations et de désirs qui unit la conscience d'anî* maux de sexe différent à la saison des amours, cette correspondance ne fonde qu'une société éphémère, quand elle n'est pas corroborée par le partage d'autres fonctions. Aussi voit-on chez une infmité d'espèces animales inférieures les unions conjugales limitées au temps nécessaire pour déterminer l'accouplement, sans que le mâle et la femelle une fois séparés aient chance de se rencontrer jamais. Souvent môme comme chez beaucoup d'insectes, le mâle meurt dès que l'acte de la fécondation est accompli. Il est nécessaire pour qu'une société durable s'établisse, non seulement — ce qui est évident — que le mâle survive â l'accouplement, mais aussi que la femelle survive à la ponte assez longtemps pour voir éclore sa progéniture et former un groupe permanent avec eux. Dans ce cas, le mâle pourra prendre part avec elle à l'éducation des jeunes, et la société domestique véritable sera fondée. Nous sommes par là invité à étudier d'abord les sociétés formées par les mères et les jeunes; tel sera le sujet du prochain chapitre.

MÊME SECTION

FONCTION DE REPRODUCTION {Suite)

CHAPITRE II Société domestique maternelle : la Famille chez les Insectas.

Importance croissante de la vie de relation dans l'organisme social domestique. — Discussion sur Torigine de l'amour maternel. — Ses manifestations chez les animaux inférieurs : soins donnés aux œufs par la femelle des mollusques, des annélides et des insectes autres que les hyménoptères. Hyménoptères non sociaux. — Familles où la fonction maternelle est partagée entre plusieurs individus : hyménoptères sociaux. — Généralités sur l'organisation sociale et sur l'industrie collective des hyménoptères. ^ Les guêpes et leurs sentinelles. — Les abeilles : explication de plusieurs détails de leur économie. — Les fourmis : la fourmilière est-elle un état ou une famille? Supériorité de leur constitution sociale et raisons de cette supériorité; leur industrie. Des fourmilières mixtes; comment le concours des individus est-il possible dans les expéditions et les travaux? Unité, continuité sociales qui en résultent. — Des fractionnements accidentels de rindividualité collective. Conclusion. — Des termites : constitution et industrie.

La société conjugale ainsi formée est la condition de la famille, mais non la famille môme. Germe de la société domestique, elle doit subir dans son développement des différenciations successives et la conden-

332 SOCIÉTÉS DOMESTIQUES MATBRIŒLLBS

sation croissante qui conduit tout germe à son achèvement. Sans ces modiûcations, elle se dissoudrait rapidement; car. si les couples doués d'une haute faculté de représentation se trouvent par là disposés à un attachement réciproque et forment, grâce à cette faculté, une conscience unique quelque peu durable, les besoins de la vie individuelle ne tarderaient pas cependant à provoquer leur séparation lorsque le besoin sexuel serait satisfait, et à changer même leur concours en rivalité. La fonction qui consoUde Tunion des parents en spécialisant leurs activités et en rendant par là leur concours nécessaire, est l'éducation des jeunes issus de leur rencontre. Nous nous proposons d'étudier dans les deux chapitres suivants comment la famille animale est constituée sous l'influence de cette fonction.

Nous ne devons pas oublier tout d'abord que les jeunes sont une partie de l'organisme des parents. Le bourgeonnement, comme nous l'avons vu, se substitue peu à peu à la scissiparité, et l'oviparité au bourgeonnement; la fonction reproductrice apparaît dès lors comme une spécialisation de la fonction nutritive et le germe n'est qu'une colonie de cellules qui se développe en un point particulier de l'organisme, suivant les mômes lois que les autres cellules bien que sous d'autres conditions. A ce point de vue, le jeune est bien réellement une continuation, un prolongement des organismes producteurs et une émanation du tout vivant momentané qu'ils forment par leur union. Mais cette communauté de substance, quelque essentielle qu'elle soit pour expliquer l'hérédité physiologique, ne

Page 1