‹ Des sociétés animalesChapitre 46 sur 75 · ANNÉLIDES · texte numérisé non relu

ANNÉLIDES

mais ceux-ci, qui sont ordinairement de trente à quarante, la suivent sans cesse; dès qu'elle commence à marcher, ils se mettent^ en mouvement et»se rassemblent autour d'elle quand elle s'arrête. Elle ne s'envole môme pas quand un danger vient à la tnenacer, elle et ses petits, ce qu'elle fait promptement en toute autre circonstance» (LACORDAiRE,i?î/rocîwchon,v.II,p.480). On sait avec quelle perspicacité les mouches découvrentles objetsoùleur ponte peut utilement s'effectuer. Elles sont, de plus, remarquables par quelques faits de parasitisme ingénieux analogues à celui des Ichneumonides, par l'art avec lequel les Culicides fabriquent pour leurs œufs des nacelles insubmersibles, enfin par l'instinct, jusqu'ici inexplicable, qui pousse les Œstres à choisir pour leur ponte les seuls endroits, dit-on, que peut atteindre la langue de la bote qui sera l'hôte de leurs larves. Les Coléoptères se bornent d'ordinaire à déposer leurs œufs dans la terre aux endroits que la larve préfère pour son développement. Cependant on doit distinguer les Nécrophores dont l'industrie est bien connue, un Hydrophile qui enveloppe ses œufs dans un cocon en forme de bateau, et les Coprophages, si habiles à construire et à rouler les boules où sont déposés leurs œufs. Ici paraît quelque chose de tout nouveau. On dit que les Araignées maçonnes et les Argyvomètes aquatiques vivent avec les mâles : le fait est douteux ; mais il n'est pas douteux que les Nécrophores mâles aident leurs femelles à enfouir l'animal mort où seront déposés les œufs ; il n'est pas douteux non plus que VAteuchiis encourage sa femelle à rouler sa boule et que la femelle s'arrête dans son travail des que,

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robservateur ayant enlevé le mâle, celui-ci cesse de faire entendre ses stridulations. Ce n*estpas tout : et les Nécrophores et les Ateuchus s'entr aident quand leurs travaux présentent quelque difliculté insolite, non seulement d'un sexe à l'autre, mais d*un individu quelconque à un autre. Rien à remarquer chez les Lépidoptères, si ce n'est le choix des substances aux- *quelies les mères confient leurs œufs et la précaution que prennent quelques-unes de recouvrir les leurs d'un toit formé de poils ou d*une coque glutineuse. Ce sont les Hyménoptères qui vont nous offrir les faits de société domestique de Tordre le plus haut auquel puisse s'élever la classe tout entière des insectes.

Voici d'abord les Hyménoptères, dits solitaires ; les Tenthrédines, les Urocères, les Gallicoles, dont les femelles, munies dç tarières, déposent dans des enUiilles faites aux différentes parties des végétaux un œuf accompagné d'une liqueur corrosive, et déterminent ainsi des excroissances variées, séjour de la larve; les Ichneumonides, dont on connaît Fétonnante manœuvre, fléau des autres insectes ; les Sphex, les Pompiles, les Ammophilesdes sables, les Philanthes, etc., qui creusent dans le sable des trous où elles introduisent avec Tœuf la nourriture de la larve encore à naître ; les BemheXj qui nourrissent la leur de victimes récentes sans cesse renouvelées; d'autres espèces de la môme famille des Fouisseurs (Pelopœus, Chlorion^ CrabrOy Ceramia, Odynera, Eumene coarctatay etc.), qui confectionnent avec de la terre des loges à cellules plus ou moins nombreuses dans des situations diverses; les Mellifiqucs, enfin, dont l'organisation acquiert

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un perfectionnement nouveau de la plus haute importance, et qui joignent à leur rôle de mère celui de nourrices. Dès lors, la matière offerte aux larves n'est plus un produit de la chasse, conquis le plus souvent au prix de mille dangers, c'est une substance végétale que la mère recueille sans péril et conserve toujours prête. Mais ce qu'il y a de remarquable dans cette différenciation nouvelle, c'est qu'elle peut, transportée de rindividu à la société, donner lieu à un concours harmonique. Imaginons en effet qu'une catégorie d'individus garde la faculté procréatrice, tandis qu'une autre acquière, en devenant stérile, l'aptitude nourricière , la société domestique maternelle sera fondéeparleur collaboration. Mais tous les Mellifiques ne se sont pas élevés jusqu'à ce degré d'organisation sociale ; les Anthophores, les Andrènes, les Colletés, les Mégachiles, les Anthidies, les Xylocopes et les Osmies fabriquent elles-mêmes la miellée au pollen qu'elles confient à des constructions délicates pour le jour où, elles mortes, leurs larves écloront.

C'est ce partage des attributions maternelles en deux fonctions conspirantes, c'est, en un mot, l'apparition des neutres qui a produit les grandes sociétés d'hyménoptères. En d'autres termes, elles sont constituées par une différenciation au sein de l'organisme reproducteur, de l'organe féminin, jusqu'ici unique, en deux organes distincts, nécessairement appelés à concourir. Les observations qui sont le plus propres à faire comprendre cette vue sont celles que M. Forel a recueillies sur l'appareil dont se servent les fourmis pour dégorger les sucs nourriciers à leurs compagnes et à leurs

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larves. Il a découvert et décrit avec soin cet appareil qu'il appelle le jabot, et qui est situé dans l'abdomen ; il a vu une fourmi, qu'il savait gorgée de miel teint en bleu, le dégorger en faveur d'une autre et son ventre se dégonfler, pâlir, tandis que celui de la seconde se distendait de liquide bleuâtre. Et la conclusion qu'il tire de ce fait a une grande portée : <c On peut, dit-il, diviser le canal intestinal des fourmis en une partie antérieure qui sert plus à la communauté qu'à l'individu, et une partie postérieure spécialement réservée à la nutrition de ce dernier » (Fottrmis de la Suisse^ p. 111). Il est vrai que chez les trois sexes le canal digestif a la même structure ; mais, quel que soit le sens de ce fait qui relève sans doute de l'hérédité, il n'en est pas moins vrai que les femelles et les neutres manifestent seuls la fonction correspondante, et que c'est cette fonction qui constitue le trait distinctif des immenses sociétés qu'elles renferment. On pourrait imaginer des neutres chassant pour les larves et dépourvus de la faculté de dégorger des sucs ; certains Névroptères sociaux offrent, dit-on, — bien que la chose nous paraisse encore des plus douteuses, — un exemple de ce mode d'élevage; aussi ne prétendons-nous pas que, sans la faculté mellifique, les sociétés d'insectes les plus parfaites eussent été impossibles. Nous croyons seulement que cette faculté a favorisé au plus haut point laformation de telles sociétés, et qu elle est pour celles que nous connaissons une attribution fondamentale. Ce sont des sociétés dont l'élevage est la raison d'être, des sociétés maternelles, comme nous les avons appelées. La famille y atteint une de ses phases essentielles, sans

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