‹ Des sociétés animalesChapitre 47 sur 75 · APPARITION D£S NEUTRES · texte numérisé non relu

APPARITION D£S NEUTRES

cependant s'y élever (et il s'en faut de beaucoup) à son plus haut point de perfectionnement, qui suppose l'accession active des mâles. Or ici les maies sont réduits à la fonction physiologique, et, dans certains cas, reçoivent la mort des membres femelles auxiliaires auxquels leur faiblesse et leur inintelligence les subordonne d'une manière absolue. A plus forte raison ne méritent-elles pas les noms de monarchies et de républiques qu'on leur a donnés; encore une fois, ce ne sont pas même des familles complètes, comment pourraient-elles scientifiquement passer pour des cités ou des Etats? Il y manque, pour qu'elles justifient ces appellations, deux caractères essentiels qui ne seront acquis que beaucoup plus tard, dans la série que nous parcourons, par des sociétés infiniment plus complexes : premièrement, d'être composées d'individus groupés en familles distinctes ; secondement, de présenter un gouvernement. La prétendue reine n'exerce dans la ruche aucun pouvoir ; centre auquel tout aboutit, aucune action ne retourne d'elle aux abeilles nourrices, et elle se borne à leur fournir en pondant la matière de leurs travaux. Comme toutes les femelles des sociétés d'hyménoptères, elle est, non pas la reine, mais une mère, et les ouvrières sont, par rapport à elle, non des sujets, mais des mères auxiliaires ou des éleifeuses; toute autre dénomination est de la plus entière inexactitude au point de vue sociologique ; la poésie peut seule s'en accommoder.

Nous sommes malheureusement, pour ces nouveaux effets de l'amour maternel, comme pour sa première origine, dépourvus d'une explication rationnelle. Mais

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la sociologie, pis plas que la biologie, n'est FœuTre d'un joar et d'un homme, c'est ane des qualités de Tesprit scientifique que de saToir ignorer. Ce que nous pouvons constater dés maintenant, c*est la notable unité de conscience réalisée dans l'espace et dans le temps par les sociétés d'hyménoptères, en d'autres termes, la solidarité et la continuité qui unissent entre eux les individus multiples et successifs qui les composent.

Une représentation réciproque unit'les deux sexes dans toute la classe des insectes ; mais, dès que oette représentation a produit ses effets, elle s'efface, et le mâle écarté, la femelle l'oubliej tandis qu'il meurt. Puis, une représentation plus persistante, bien que plus confuse, unit la mère à sa progéniture, mais la plupart du temps, comme nous l'avons vu, la mère meurt à son tour, avant la naissance de ses jeunes : en sorte que ces rudiments de la société domestique ne parviennent à former qu'une conscience fragmentaire ot dispersée. Ici, bien que les mâles subsistent quelque temps, ils n'entrent d'ordinaire dans la pensée des femelles que pour y être honnis comme compromettant l'entreprise commune ; d'autres fois, ils sont même ignorés. Mais la mère, les nourrices, et les jeunes à mesure qu'ils naissent, ces derniers au nombre do plusieurs milliers , se connaissent, éprouvent les mêmes émotions, aiment et haïssent les mêmes objets, participent, en un mot, à une même conscience. Il n'est pas un de ces membres de la communauté qui ne porte en lui l'image de ses compagnons et de la mûre commune, pas un chez lequel cette image ne soit prépon-

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