‹ Des sociétés animalesChapitre 48 sur 75 · HYMÉNOPTÈRES SOCIAUX · texte numérisé non relu

HYMÉNOPTÈRES SOCIAUX

dérante au point de lui faire oublier entièremeut, dans ses appréhensions comme dans ses désirs, dans son concours pacifique ou périlleux, la représentation de soi. On sait combien les abeilles, les guêpes et les fourmis méprisent toute fatigue et négligent tout danger personnel dès que les intérêts de la société sont en jeu; comment, d'autre part, la mère morte ou disparue, toute ardeur au travail, tout goût de vivre leur est enlevé. Ainsi donc les menibres des sociétés que nous étudions ne font<ju'un dans la mère, et cela, grâce à la représentation simultanée des espérances qu'ils fondent sur elle ; à eux tous, elle comprise, ils n'ont qu'une seule vie et forment un même être, un organisme moral unique. Les éléments qui composent cet organisme sont plus étroitemant cohérents que les éléments constitutifs d'un organisme individuel (blastodéme), car les feuilles d'un arbre, les polypes d'un polypier, une fois séparés, ne se retrouvent pas et ne se rejoignent plus; moins encore pourraient-ils ranimer leur circulation si elle était abolie ; tandis que les hyménoptères sociaux les plus élevés savent non seulement se rallier après une dispersion accidentelle, mais encore se susciter une Mère en qui renaisse, comme le dit Réaumur, Yâme de la ruche.

Mais sans qu'il soit besoin de recourir à ces résolutions singulières, la durée normale des sociétés maternelles pourvues de neutres, durée considérable si on les compare aux rudiments de famille où la femelle féconde est seule, montrent assez quelles conquêtes une telle organisation peut réaliser sur le temps. Les femelles auxiliaires, grâce aux provisions amassées ou

à quelque autre effort du travail collectif, peuvent franchir rhiver ; elles vivent en moyenne de dix à dix-huit mois, en sorte que, nées au milieu d'un été, elles se retrouvent prêtes au printemps suivant à continuer les travaux et à communiquer les traditions. Non-seulement, par cette survivance annuelle d'un nombre plus ou moins grand d'ouvrières, la famille subsiste pendant bien des maternités successives, mais même les souvenirs s'y perpétuent. La mémoire n'y atteint pas certes la concentration qu'elle atteint dans l'humanité ; toute comparaison de ce genre est déplacée ; car qu'y a-t-il de moins scientifique que de confondre ainsi les degrés les plus distants de la vaste échelle des . êtres ? Mais on peut affirmer qu'il y a quelques indices non douteux de représentations conservées et de renseignements transmis pendant de longues années à travers des générations d'insectes. Je n'en citerai qu'un exemple emprunté à Vogt {Animaux utiles et nuisù blés, p. 250), celui de fourmis se rendant pendant des années à travers plusieurs rues fréquentées, à une distance de 600 mètres, dans la cave d'un pharmacien où se trouvait un grand vase de sirop, sans cesse rempli depuis le même temps. Ce fait, auquel on pourrait en joindre un grand nombre d'autres, établit non seulement la durée matérielle des sociétés qui n'est pas douteuse, mais Texistence d'une certaine continuité daas leur conscience à travers les repos rythmés auxquels le retour régulier des nuits et des hivers la contraignent (1). Partout du reste où il y a des consciences ,

(1) On pourrait objecter que ce n'est pas là un acte de môuioire, parce que les individud de la rouriuilière ec sont renouvelés chaque année;

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