ABEILLES
sur des rivales, et ce triomphe ne peut être obtenu que par une certaine sélection. La femelle la plils vigoureuse, la plus adroite, la plus tôt apparue a des chances de l'emporter sur ses rivales. Ce fait est encore une preuve du caractère spontané de toute organisation. Nul pouvoir central n'existe encore qui provoque ce combat pour Futilité générale ; les femelles s'y livrent d'elles-mêmes, poussées par un mobile qui leur est propre, j'allais dire personnel, la jalousie (Huber, V. I, p. 4G8). Parla elles servent d'une manière presque consciente leur intérêt particulier, et d'une manière absolument inconsciente l'intérêt de la société. C'est de môme spontanément que les ouvrières exécutent tous leurs travaux. Loin de recevoir les ordres décolles qu'on a appelées les reines, elles exercent souvent une sorte de pression sur leurs actes, soit quand celles-ci sont molles au combat, soit quand elles veulent indûment détruire les nymphes prêtes à éclore. En toutes choses ces mêmes ouvrières ont l'initiative , dans le
choix d'un emplacement, dans la construction des cellules; dans l'élevage des larves, dans le massacre des màles, jusque dans la fixation de l'heure ou les jeunes femelles fécondes peuvent sortir de leurs cellules. SinguUer État en vérité que celui où il n'y a pas Tombre de gouvernement! L'amour maternel, également fort chez toutes les ouvrières, et l'intérêt personnel, tels sont les deux mobiles (le second subordonné au premier) qui obtiennent sans aucune contrainte de ces milliers d'individus la plus harmonieuse conspiration. 11 résulte de ces remarques deux choses, l'une que le consensus social est obtenu de plus en plus à
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mesure qa on s^élève dans Téchelle des sociétés par la coopérafion spontanée des individus, en sorte que Torganisme collectif se crée lui-même bien plus qu'il n'est produit, — l'autre que cette coopération n'a pas besoin d'être expressément voulue pour être efficace, car ce n'est pas le seul cas où la prospérité collective est assurée par des efforts tentés sinon à rencontre, du moins en dehors des intérêts communs.
3* Des observations nombreuses ont montré que l'intelligence a une part considérable dans l'organisation sociale des abeilles. Des idées, ou (si le mot convient mieux) des représentations sont les ressorts de tous ces mouvements concertés dont se compose la vie d'une ruche. D'abord il est certain que les ouvrières se connaissent entre elles ; un jour qu'il était né dans une ruche observée par Huber des ouvrières noirâtres, d'aspect singulier, elles furent toutes massacrées et leurs corps jetés hors de la ruche. Ensuite elles connaissent la mère; leur en donne-t-on une autre dans les premières heures qui suivent l'enlèvement de la première, elles lui refusent toute coopération et l'étouffent sous leur masse. Non seulement elles la connaissent, mais encore elles ne cessent d'avoir son image présente, car si on la leur ravit, une heure n'est pas écoulée que la ruche est en ébullition. La raison de ce trouble est que d'ordinaire la mère est en communication constante par ses antennes avec un grand nombre d'ouvrières et que celles-ci à leur tour tranquillisent par leur attouchement leurs compagnes plus éloignées. La société tout entière se sent donc pour ainsi dire dans son unité de moment en moment ; ce