POISSONS
et constituait par ses rapports avec les jeunes comme un second épisode de la vie domestique où le mâle n'avait aucune part. Ainsi coupé en deux fragments successifs tels que de Fun à l'autre aucune autre communication n'était possible que celle des influences héréditaires organiques, le groupe que nous étudions restait dépourvu de cette continuité de conscience qui fuit l'individualité véritable. De quelle concentration, au contraire, ne sera-t-il pas capable et en même temps de quelle continuité, quand la société conjugale sera sans intervalle suivie de la société domestique et confirmée par les rapports communs des parents avec les jeunes !
Mais, avant d'en venir à cette perfection relative, la famille traverse plusieurs états inférieurs que nous devons signaler rapidement : celui tout d'abord, disons-nous, où les rôles sont confondus et la place de la femelle usurpée par le mâle. Ce sont les Poissons qui nous présentent cette anomalie. Dans l'immense majorité des espèces, les jeunes des poissons éclosent sans le secours des parents et dès leur naissance savent se suffire. Les parents se contentent de déposer les œufs en des localités favorables : quelques-uns seuls les agglutinent et les fixent. Ce n'est que dans quelques rares espèces, dont le nombre, il est vrai, augmente tous les jours, qu'on a découvert des exemples d'amour paternel. Les Syngnathes et les Hippocampes mâles portent, dit-on, les œufs dans une poche incubatrice; les Hippocampes assistent à la ponte le corps enroulé autour de celui de la femelle. Le Saumon et la Truite creusent une dépression dans le sable pour y
déposer leurs œufs ; ici le mâle et la femelle travaillent ensemble. On ne sait auquel des deux sexes il faut attribuer le nid de sargasses du Chironectes pictus et le nid d'algues de la Vieille, du Crénilabre, de la Biennie et de la Spinachie : même incertitude au sujet du Cotte noir, gardien si vigilant de ses œufs. Mais on sait que c'est le mâle du Cotte d'eau douce qui manifeste des habitudes identiques, que c'est le mâle du couple formé par les Lompes qui veille sur les œufs pondus par sa compagne et emporte les jeunes sur son dos à la haute mer, que ce sont les mâles des Epinoches et des Epinochettes qui construisent les nids, qui y poussent les femelles pleines, et qui y font rentrer les jeunes en cas de péril. Un Labyrinthiforme observé par M. Carbonnier (Rainbowfish, poisson arc-en-ciel ou Gourami) aide comme l'hippocampe sa femelle dans la ponte et dépose les œufs sur un nid de bulles flottantes qu'il accompagne et répare jusqu'à l'éclosion. « Il y a, dans les parages de Ceylan, des poissons qui couvent réellement leurs œufs dans la cavité de la bouche, et nous en avons vu au Musée d'Edimbourg, étiquetés sous le nom de Arius Bookei, Agassiz a fait la même observation sur un poisson de l'Amazone, ce qui a été reconnu également par Jettreys Wiman » (Van Beneden, Parasites et commensaux^ p. 21). Voici enfin un autre poisson non moins original, le Chromis paterfamilias du lac de Tibériade, qui protège et nourrit jusqu'à deux cents alevins dans la gueule et la cavité branchiale. D'après les études de M. Lorlet, lorsque la femelle a déposé ses œufs dans une dépression sablonneuse du sol ou entre les touffes des joncs,