‹ Des sociétés animalesChapitre 6 sur 75 · SPINOZA · texte numérisé non relu

SPINOZA

moment; si elle ôtait aux individus ce qu'ils ont de droit et de puissance, elle s'évanouirait. « Une société où la paix n'a d'autres bases que l'inertie des sujets, lesquels se laissent conduire comme un troupeau et ne sont exercés qu'à l'esclavage, ce n'est plus une société mais une solitude » ( Edition Saisset, Traité théologico'politique ^ p. 384). Mais d'autre part, les individus ne sont rien sans la société. Loin que le droit qu'ils ont reçu de la nature se trouve diminué par leur union au sein d'une société, ce droit se trouve d'autant plus accru que les liens sociaux sont plus étroits et que les individus qu'ils embrassent sont plus nombreux : « Si deux individits s'unissent ensemble et associent leurs forces, ils augmentent leur puissance et par conséquent leur droit; et plus il y aura d'individus ayant ainsi formé alliance, plus tous ensemble auront de droit. » En effet, a comme un seul homme est incapable de se garder contre tous, il s'ensuit que le droit naturel de l'homme, en tant qu'il est déterminé par la puissance de chaque individu et ne dérive que de lui seul, est nul; c'est un droit d'opinion plutôt qu'un droit réel, puisque rien n'assure qu'on en jouira avec sécurité... Ajoutez à cela que les hommes, sans un secours mutuel, pourraient à peine sustenter leur vie et cultiver leur âme. D'où nous concluons que le droit naturel qui est le propre du genre humain ne peut guère se concevoir que là où les hommes ont des droits communs (p. 361), » et forment tous ensemble un seul corps et une seule âme. Bref, rindépendance individuelle et Tunité organique de TEtat sont en raison directe Tune de l'autre.

36 LNTRODUCTION HISTORIQUK

Allons plus loin et cherchons quelle est pour Spinoza l'essence intime du tout social. A plusieurs reprises dans son traité il nous répète que dès qu'un grand nombre d'hommes ont des droits communs, c'est à-dire que leurs forces sont coalisées, ils agissent et se conduisent comme avec une seule âme. D'autre part, on voit clairement, par ce qu'il dit des alliances entre deux Etats, que le tout social, considéré à son tour comme un individu, peut former une seule àme avec les autres individus sociaux auquels il s'agrège. Qu'est-ce donc pour Spinoza qu'une âme? Nous le voyons dans X Ethique. « L'idée qui constitue l'être essentiel de l'âme humaine , c'est l'idée du corps, lequel est composé de plusieurs individus fort composés eux-mêmes » (1). Ainsi, une multitude de corps déjà complexes, dont chacun avec ses éléments est représenté dans une seule idée (nous dirions dans une conscience), tel est le fondement de ce que Spinoza appelle une âme. Maintenant cette àme est indivi-

duelle quand un certain nombre de conditions sont remplies par les parties composantes. Les parties changeant (et elles changent sans cesse), l'individu ne change point en substance : 4** si le nombre des parties reste le même ; 2^ si, le nombre changeant, il change dans une telle proportion que le mouvement et le repos de toutes ces parties considérées les unes à l'égard des autres s'opèrent suivant les mêmes rapports; 3* si, la direction du mouvement venant à

'I) Kt/iiquêf partie il, prop. 15. Voir eii.'»r<» Déf.. \\\ ; prop. 13, S.'liol; Ij:mme, 7, Srhol.

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