SPINOZA
changer dans quelques parties, les autres parties modifient leur propre direction en sorte que le mouvement continue et que les échanges dans la masse restent dans les mêmes rapports; 4** si, la direction de toutes les parties ensemble venant à changer, et l'individu total passant du repos au mouvement ou réciproquement, les parties gardent leur impulsion et cela dans les mêmes rapports. En résumé, Tindividu est constitué par une harmonie permanente de mouvements ou d'impulsions, produisant un seul et même effet, Leibniz dira [tendant à une même fin. N'est-ce pas là l'organisme, tel qu'un cartésien au xvif siècle pouvait le concevoir? En sorte que, pour Spinoza, le corps social est un individu vivant, composé luimême d'individus, soumis aux mêmes lois que les autres individus dans le reste de la nature, et dont l'âme est la communauté des droits ou l'accord des volontés. La théorie d'Aristote réapparaît donc ici avec une clarté nouvelle ; seulement il s'y ajoute une vue des plus importantes. Aristote ne comprenait pas que la cité pût sortir d'elle-même et s'étendre au delà de ses limites. La théorie de Spinoza implique que l'individu social peut s'associer à d'autres individus pour former par la coaUtion des forces et la communion des consciences un individu nouveau plus vaste que le premier, et ainsi de suite à l'infini. On le voit, c'était ouvrir à la science et à la vie sociale les plus vastes perspectives. A défaut du passé, pendant lequel l'évolution des sociétés lui échappe, il pressent leur avenir, et ne fixe point de bornes à leur développement. Nous ne manquerions pas de réserves à faire sur la
métaphysique de Spinoza, si la métaphysique était de notre sujet. Ce que nous recueillons ici, c'est sa théorie si précieuse de la comfnunion des individus dans Tordre du mouvement et dans Tordre de la pensée, par laquelle, pour la première fois peut-être depuis Aristote, une théorie de Tunité collective était rendue possible. Sans doute une autre métaphysique se plierait sans peine au même résultat. Il est surprenant que Leibniz, si inventeur en tous ordres de science, n'ait pas songé à appHquer son système des monades aux sociétés tant animales qu'humaines. Le corps individuel est pour lui composé d'une infinité d'énergies simples, liées ensemble en un faisceau par une monade centrale, avec laquelle les autres ne communiquent point directement, il est vrai, mais à laquelle leur développement spontané se subordonne. Si Tunité individuelle s'explique ainsi, pourquoi Tunité sociale ne s'expliquerait-elle pas de même? Elle aussi est, en un sens la résultante, en un autre sens la cause et la fin d'un grand nombre d'activités composantes individuelles. Sa conscience n'est-elle pas comme la nôtre, à la fois une et multiple? Plusieurs métaphysiques peuvent donc convenir également à la doctrine de Tunité organique du groupe social. Descaries le premier, malgré son principe du CoyilOj erao sum qui semble élever une barrière autour de chaque indivividualité, malgré sa prédilection pour la méthode géométrique et son mépris pour toute institution née de la coutume non « ajustée au niveau de la raison », Descartes, disons-nous, n'avait-il pas préparé la voie à ses disciples en montrant d'une part la continuité