ORIGINE DE LA PEUPUDE
organismes suffisamment centralisés et capables de représentation réciproque sont nécessairement attirés l'un vers l'autre. S'il est vrai que, comme nous l'avons déjà supposé, la représentation s'exécute au moyen non du cerveau seul, mais de tout le système nerveux et du corps tout entier, en sorte que l'être intelligent qui imagine une attitude, qui reproduit en lui-même idéalement un son, commence toujours en quelque degré à prendre cette attitude, à proférer ce son, la représentation la plus facile à chaque animal doit être celle d'un animal semblable à lui. La plus facile est en même temps la plus agréable (1). C'est donc un plaisir pour tout être vivant d'avoir présents autour de lui des êtres semblables à lui, et ce plaisir fréquemment ressenti ne peut manquer de créer un besoin. Plus ce besoin sera satisfait, plus il deviendra impérieux, et la sympathie se développera davantage à mesure qu'elle sera plus cultivée. Le ressort de toute société normale dépassant la famille est donc la sympathie. C'est elle qui explique et que les sociétés permanentes se soient presque toutes formées entre animaux de même espèce et que quelques-uns aient pu prendre naissance entre animaux d'espèces voisines. C'est elle qui nous donne la raison des faits exprimés tout à l'heure et qui nous apprend pourquoi, dans certaines espèces, les jeunes s'unissent aux jeunes, les mâles aux mâles, les femelles fécondées avec les femelles fécondées. C'est
(1) Uq animal intelligeot a d*aataDt plus de peine, partant de déplaisir^ à se représenter un autre animal , qne celui-ci est plus éloigné de lui dans Téchelle (pourvu que la comparainon reste po88ii)le) ; ainsi, un singe montre en présence d'un caméléon la terreur la plus comique.
elle enfin qui nous permettra de comprendre comment plusieurs consciences n'en font qu'une seule et comment une société composée d'individus ne cesse pas d'être individuelle, bien que ces individus n'aient entre eux aucune communication physiologique.
Est-ce à dire que le lien social est pour nous exclusivement intellectuel? Tel serait, en effet, son caractère si l'intelligence et l'affection étaient deux puissances séparables. Mais elles sont au contraire étroitement unies. Le monde extérieur n'est représenté dans une conscience que comme utile ou nuisible, c'est-à-dire dans son rapport avec les fins de l'individu. A toute représentation correspond donc un désir ou une impulsion. Cette différence entre les deux ordres de phénomènes psychiques est, chez les mammifères supérieurs et probablement chez tous les vertébrés, la même qui existe entre les nerfs afférents et les nerfs efférents, entre les appareils sensitifs et les appareils moteurs. Dans la conscience comme dans l'organisme cette différence implique une corrélation. Les phénomènes par lesquels un être vivant se trouve lié à d'autres êtres sont donc doubles, c'est-à-dire à la fois représentatifs et appétitifs; ils appartiennent à la fois à Tordre de la pensée et à l'ordre du sentiment. Transportés dans rhumanité, on dirait d'eux qu'ils relèvent du cœur comme de l'esprit. La sympathie peut donc croître avec l'intelligence et la sociabilité avec l'aptitude représentative, sans cesser d'être rangées parmi les incHnations ; car on ne sait ce que serait un désir qui se développerait indépendamment de la connaissance de son objet au moins le plus immédiat.