‹ Des sociétés animalesChapitre 69 sur 75 · PHASES DE SA VIE · texte numérisé non relu

PHASES DE SA VIE

phénomènes qui furent notre point de départ, à savoir les rapports entre animaux d'espèces différentes. Le cercle de nos études se trouve donc parcouru.

Si les individualités collectives sont des êtres vivants, elles doivent être limitées dans leur durée et offrir des phases diverses de naissance , d'accroissement , de décadence et de mort. De tels faits sont peu manifestes dans les réunions accidentelles ; ils le deviennent davantage dans les sociétés périodiques et davantage encore dans les sociétés permanentes. Mais celles-ci ont été rarement observées à ce point de vue. Ce qui s'y oppose surtout, c'est la longue durée des individualités collectives qu'un même homme voit rarement naître et mourir. On a recueilli cependant un petit nombre de cas. Une colonie de choucas a été vue naissant d'un seul couple et une colonie de cormorans de quatre. Chaque fois qu'un troupeau domestique se forme au moyen d'un couple unique, le fait se reproduit, mais dans des conditions toutes spéciales où il perd une grande partie de sa signification. A l'état libre, on sait que les peuplades nouvelles de chevaux prennent naissance en raison de la nécessité ou se trouvent les jeunes mâles de se constituer une famille en dehors des peuplades existantes où les vieux ne les souffrent plus. Chez les singes, lorsqu'une peuplade devient trop nombreuse, une partie s'en détache sous la direction d'un autre mâle, devenu assez fort pour lutter avec le chef, et une nouvelle lutte commence pour la direction générale des intérêts de la bande qui vient de se former (Brehm, vol. I, p. 9). On peut donc dire que les peu-

plades nouvelles ou colonies (le mot devrait être réservé pour celte seule acception) se forment comme les colonies de polypes par épigénèse, c'est-à-dire que du sein d'une masse non organisée surgissent une à une et s'ajoutent les unes aux autres les diverses parties d'un organisme nouveau, qui jamais ne naît constitué mais doit se pourvoir lui-même successivement de ses organes. L'évolution dynamique de l'individu composé suit donc la même loi que celle de l'individu simple : il ne doit qu'à lui-même son unité; quant aux premiers matériaux qui font sa substance ainsi qu'à l'impulsion directrice sans laquelle ces matériaux ne sauraient l'ordonner, il les reçoit d'un organisme antérieur.

Reste l'extinction des peuplades : sur ce point les renseignements font défaut. On sait comment sous la pression de circonstances défavorables elles se dispersent ou disparaissent. Ainsi les « villages » des chiens des prairies {Cijnomys ludoviciamis) sont parfois dépeuplés par les serpents à sonnettes. « Au bord de la rivière Jeton, dit Geyer (1), à vingt-cinq milles environ de son confluent avec le Missouri se trouvait un grand village de chiens des prairies... Je fis le voyage pour m'en convaincre... Les reptiles venimeux avaient complètement détruit les habitants». Ainsi les chèvres disparaissent bientôt dans les îles de peu d'étendue ou on lâche des chiens. L'homme est, comme on Ta vu, le plus terrible ennemi des sociétés animales, non seulement par les poursuites incessantes qu'il dirige

(1) Lire tout ce passage, (Brerm, toI. H, p^ 74.)

Page 1