‹ Des sociétés animales [electronic resource]Chapitre 17 sur 91 · ODEURS · texte numérisé non relu

ODEURS

ces multitudes de lépidoptères mâles qui se rassemblent par moments autour d'une ou de plusieurs femelles. L'expérience est facile à faire avec une femelle de Bombyx. Placée au centre d'une ville les mâles viennent la rejoindre en grand nombre. M. Trimen, dit Darwin, exposa dans l'île de Wight une boîte où une femelle de Lasiocampa avait été enfermée la veille, et bientôt cinq mâles tentèrent d'y pénétrer. M. Verreaux en Australie, ayant placé la femelle d'un Bombyx de petite taille dans une boîte et la boîte dans sa poche, fut suivi par une multitude de mâles telle que 200 environ entrèrent 'avec lui dans la maison. Plusieurs autres sortes d'insectes exhalent des odeurs qui nous sont perceptibles, mais auxquelles on. ne sait si la même destination doit être attribuée.

Il ne parait pas que l'odorat ait le moindre rôle à jouer dans le rapprochement des sexes chez les oiseaux; mais il n'en est pas de même chez les mammifères dont les narines presque toujours molles sont capables de perceptions délicates. On peut dire que tous ont une odeur caractéristique ; et il n'est pas douteux que cette odeur développée surtout au temps des amours ne prête aux deux sexes, dans la grande généralité des cas, uu moyen de correspondre l'un avec l'autre. Les chiens qui sont le plus fréquemment soumis à notre- observation offriront à quiconque voudra considérer attentivement leurs mœurs la matière de curieuses remarques. On est surpris de les voir répandre leurs excrétions à chaque instant partout où leur odorat leur révèle l'existence d'excrétions précédemment répandues par leurs semblables : cette habitude

n'a pas d'autre but que de semer leur route de traces inconnaissables pour les individus de l'autre sexe, le flair de ces traces étant accompagné sans aucun doute d'une excitation. Les ânes et les chevaux ont des habitudes analogues. Le fait suivant donne une idée de la finesse de leur odorat : « Pendant mon séjour au Texas, dit Houzeau, le cheval d'un de mes voisins qui paissait devant sa porte, les pieds embarrassés dans des entraves, disparut soudainement. Nous le cherchâmes pendant plusieurs heures sans pouvoir le retrouver. L'horizon était libre jusqu'à plusieurs kilomètres de distance et nous étions certains qu'il n'était point passé de troupeaux de chevaux. En parcourant les environs nous découvrîmes enfin l'animal auprès d'une jument en rut, à 4400 mètres de l'habitation (1). » Nous avons vu nous-même en Corse trois ânes s'arrêter subitement sur une route maculée par le passage d'un autre âne, lever la tête en l'air, retrousser les lèvres, et ouvrir les yeux tout grands avec une expression des plus comiques, puis se mettre à braire dans un état d'exaltation indescriptible. « En Amérique, les chevaux sauvages, dit Brehm, cherchent les routes pour y déposer leurs excréments ; et, comme tous les chevaux ont l'habitude de flairer les crottins de leurs semblables et d'y ajouter les leurs, les tas qui résultent de cette habitude forment souvent de véritables monticules (2)... Les guanacos, écrit-il ailleurs, ont la curieuse habitude de déposer toujours leurs excréments en un tas, et quand

(1) Houzeau, Etudes sur les facultés mentales des animaux comparées ù celles de l'homme (Mous, 1872), tome I, p. 279.

(2) Brehm, toI. II, p. 312.

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