‹ Des sociétés animales [electronic resource]Chapitre 18 sur 91 · ODEURS · texte numérisé non relu

ODEURS

ce tas est trop grand, ils en font un autre à côté (1). » Chez d'autres mammifères la division du travail organique a provoqué la formation de glandes spéciales très proches d'ordinaire des organes de la génération et renfermant des substances à odeur très forte. Les castors d'une localité répandent tous en un même endroit le castoréum et leur urine ; les Moschidés s'appellent de fort loin par leurs émanations. Les Blactocères des pampas mâles exhalent à l'époque du rut une odeur que l'homme distingue à un quart de lieue ; et Audubon a vu quatre cerfs de Virginie passer successivement par la même piste, à des intervalles de 15 à 30 minutes. L'odeur ainsi développée acquiert chez certaines espèces un tel degré d'intensité que, sans cesser d'être un moyen d'appel pour les sexes différents, elle a pu devenir un sérieux instrument de défense contre les autres animaux. Les chevaux, les chiens, l'homme même sont forcés de s'écarter des Mouffettes et des autres Viverridés sous peine d'être suffoqués. Cependant la même odeur infecte plaît aux femelles puisqu'elle est plus développée chez les mâles. Quant aux quadrumanes, ils ne paraissent présenter qu'à un faible degré les mêmes phénomènes; c'est surtout la vue et l'ouïe qui prêtent chez eux un langage aux individus de l'un et l'autre sexe.

Si maintenant nous cherchons la signification sociologique des faits que nous venons de mentionner, nous trouverons que les émanations des deux sexes déterminent chez l'un et chez l'autre des émotions profondes

(1) Brehm, vol. 1I3 p. 454.

et provoquent dans tout leur organisme de puissantes excitations. Par là ils sont intimement attachés l'un à l'autre, leur conscience, toute occupée de cette impression mutuelle, entre en correspondance étroite, plus peut-être que les dilîérents individus d'un polypier qui participent à la même circulation ; c'est en vain que la distance les sépare et que l'obligation leur est imposée de pourvoir isolément à leur nourriture : il y a un moment où ils ne font qu'un, attachés qu'ils sont l'un à l'autre à travers l'espace par les subtiles exhalaisons que le vent leur amène/

3° Des couleurs et des formes. — Là où manque ce moyen de communication, mais souvent aussi là même où il est développé, les animaux des deux sexes sont rapprochés par l'image visible qu'ils présentent les uns aux autres et surtout par certaines particularités de couleur et de forme. Les insectes qui forment un monde à part et qui ont poussé très loin le progrès organique malgré l'imperfection de leur type , nous montrent de remarquables exemples d'ornements qui ont évidemment pour but l'attraction sexuelle. On se refuse à croire que les brillantes couleurs dont se parent les Lépidoptères et les Coléoptères soient sans but. Les fleurs elles-mêmes ne sont si brillantes que pour attirer les insectes, c'est un fait maintenant certain. Ce fait prouve et que l'éclat des couleurs a sa raison d'être dans les productions de la nature, et que les insectes en particulier sont capables de les discerner. Il est vrai que certains animaux inférieurs sont peints des teintes les plus vives et qu'on ne sau-

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