‹ Des sociétés animales [electronic resource]Chapitre 20 sur 91 · COULEURS ET FORMES · texte numérisé non relu

COULEURS ET FORMES

oiseaux. Est-il en effet besoin d'insister sur cette loi si générale que l'oiseau mâle est plus brillamment orné que la femelle et que la naissance de sa livrée est contemporaine de ses amours'? Cette loi ne se vérifiet-elle pas chez les mammifères? En sorte que nous pouvons dire avec certitude que les couleurs dans tout le règne animal sexué jouent un rôle capital comme moyen d'attrait entre les sexes, mais qu'à mesure qu'on s'élève dans l'échelle, le mâle en est plus exclusivement paré. C'est dire qu'à mesure aussi la condition de plaire aux yeux lui est imposée plus sévèrement et que le désir, c'est-à-dire un ensemble .de phénomènes de conscience est le lien de plus en plus fort qui rapproche les membres de la société domestique.

Ce qui établit, du reste, le caractère psychique de ces phénomènes, non seulement chez les femelles qui les voient, mais chez les mâles qui les manifestent, c'est la liaison découverte par M. Pouchet entre les phénomènes de coloration qui ont la protection pour but et l'action des centres nerveux volontaires. Une puissante analogie nous engage à considérer les phénomènes de coloration servant d'attraits sexuels comme dépendant de la même action et rentrant par là dans la sphère de la conscience.

Un grand nombre de Lépidoptères et de Coléoptères mâles diffèrent des femelles sous le rapport de la forme, non seulement en ce qu'ils sont quelquefois plus petits, mais encore en ce qu'ils portent des appendices dont celles-ci sont dépourvues. Plusieurs papillons femelles sont optères, les Hétérogynis, les Orgyes, certaines phalènes (genres Hibernia, Larentia eiNyssia) ;

quant aux coléoptères, tantôt, comme chez les Oryctes et les Lucanes, les mâles portent des cornes ou des mandibules que les femelles ne montrent qu'à l'état rudimentaire, tantôt, comme chez les Longicornes, la différence ne consiste que dans la longueur des ant.enpes : celles du mâle paraissent démesurées. Darwin a signalé chez les poissons des appendices de nature analogue — Callionymus lyra, Cottus scorpius, Xiphophorus Hellerii, Plecostomus barbatus, Monacanthus scopas, Chimœra monstrosa — qui n'ont évidemment pas d'autre rôle que d'attirer l'attention et de décider les préférences de la femelle. La bouvière de nos eaux douces, que nous avons vue si brillamment colorée au moment des amours, se pare encore de plus en ce moment de bourrelets de chair au nombre de 8 à 12, qui s'élèvent de chaque côté de la mâchoire inférieure, et disparaissent quand la saison du frai est terminée. Nous n'avons rien à ajouter aux faits cités par Darwin en ce qui concerne les Reptiles, les Oiseaux et les Mammifères; ces appendices de toutes sortes (proéminences, crêtes, jabots, huppes, plumes, cornes, crinières, barbes, etc.) sont si bizarres qu'ils échappent à toute description ; nous aimons mieux renvoyer le lecteur aux figures que le naturaliste anglais en a données dans son livre sur la sélection sexuelle. Du reste, les animaux supérieurs sont mieux connus sous ce rapport. On pourrait croire seulement que ces ornements ne sont pas des attributs sexuels; mais une expérience a été faite qui ne laisse subsister aucun doute sur leur véritable rôle ; les cerfs châtrés n'ont pas de bois. Nous en savons assez pour conclure que

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