COULEURS ET FORMES
dans presque tout le règne animal les formes du mâle se modifient en vue de frapper l'imagination de la femelle, ce qui établit que la conscience de l'une et de l'autre est le théâtre de représentations correspondantes. Cette représentation réciproque a une haute importance selon notre sentiment dans la validité des affections conjugales des animaux supérieurs. Pour que deux oiseaux, comme l'aigle à tête blanche et sa femelle, s'attachent l'un à l'autre, il faut qu'ils aient présente à la conscience l'image l'un de l'autre. Si cela était vrai, le degré d'aptitude représentative correspondrait au degré de sociabilité. Telle est, en effet, la loi qui semble présider aux rapports sexuels des animaux. Ce serait pour cette raison que des mammifères stupides, comme le Tatou, seraient incapables d'affection et par conséquent de société. « Le mâle et la femelle, ditBrehm du Tatou, se rencontrent par hasard, se flairent mutuellement, s'accouplent et se séparent ensuite avec la plus grande indifférence. » Le rapport entre l'intelligence et la sociabilité est donc général ; mais il est modifié par d'autres rapports qui masquent la loi. Par exemple, les instincts carnassiers, quand ils sont hautement développés, peuvent combattre les effets de la représentation réciproque, et, dans ce cas, des animaux même intelligents peuvent être incapables d'affection sexuelle. Telles sont les araignées dont les mâles ont tant à redouter de la voracité des femelles. Ici, comme chez beaucoup d'autres espèces, la représentation de l'autre sexe est tenue en échec dans ses résultats favorables à la société par la représentation des dangers encourus d'une part, des attraits de la
proie vivante d'autre part. Nous reviendrons sur cette considération en étudiant les rapports des parents avec les jeunes.
4° Des bruits et des sons. — La représentation de l'odeur et de l'image visible est très souvent accompagnée de celle des sons produits par l'animal de sexe différent. Ici l'intelligence inventive joue un rôle considérable dans l'acquisition de la faculté de produire des sons. La plupart du temps, il est vrai, cette faculté tient à la possession d'organes que l'individu ne peut créer de toutes pièces, mais le développement de cette faculté et le perfectionnement des organes correspondants sont dus, même dans ce cas, en grande partie à l'exercice répété de la fonction, et peuvent passer par conséquent, jusqu'à un certain point, pour volontaires. Souvent enfin ce n'est pas un organe préexistant qui est approprié à cet usage spécial, c'est un corps étranger dont la sonorité a été remarquée, qui sert à produire le bruit et dont l'animal se fait volontairement un instrument comme nous nous servons du tambour et de nos autres instruments de musique. La variété des moyens employés à cette destination est presque incroyable ; elle montre que la production des sons n'est pas due à ce qu'on appelle un plan de la nature qui impliquerait l'emploi des mêmes moyens en vue d'un même effet dans- tout le règne animal; mais qu'elle a pour cause immédiate le besoin plus ou moins clairement senti par les animaux d'entrer en communication avec leurs semblables de l'autre sexe. Ce but posé, les moyens d'y atteindre ont dû varier suivant les