‹ Des sociétés animales [electronic resource]Chapitre 23 sur 91 · BRUITS ET SONS · texte numérisé non relu

BRUITS ET SONS

étude minutieuse de ces phénomènes et de l'organe assez compliqué qui sert à les produire, M. Dufossé conclut ainsi : « Quand on se représente le grand nombre et la disposition des organes qui concourent à la composition de l'instrument physiologique musical que j'ai étudié chez les Maigres ; quand on remarque que ces organes et ceux de la phonation chez les autres vertébrés en général suivent dans leur développement une marche semblable, quand on a égard au degré de perfectionnement qu'offrent les organes de l'audition chez les Sciénoïdes dont il s'agît ici ; quand on observe que ces poissons produisent dans l'atmosphère ainsi qu'au sein des eaux des sons dont la puissante intensité est imposante, qu'ils ne font un usage fréquent de ces sons que dans le cas où les oreilles de leurs congénères ■ peuvent les percevoir, que c'est principalement au temps du frai qu'ils en sont prodigues, quand enfin on réfléchit à toute la portée de cet argument qu'on ne peut douter que ces sons ne soient complètement soumis à la volonté du poisson, on est conduit à se demander si tous ces nombreux organes^qui contribuent à la formation des sons et les phénomènes acoustiques commensurables qui en résultent, sont sans utilité aucune, ou si ces derniers ne sont pas employés par les Maigres à communiquer aux individus de leur espèce les besoins instinctifs qu'ils ressentent, comme le fait tout animal doué de la faculté de produire des sons volontaires (1). » De tels faits, il faut le dire, sont rares, puisqu'on ne compte que cinquante-deux espèces de

(1) Annales des sciences naturelles, t. XX, p. 116.

poissons bruyants sur trois mille que la classe renferme ; mais d'abord la recherche est nouvelle et le nombre peut s'étendre (1); ensuite il les faut considérer comme d'autant plus significatifs qu'ils sont plus rares ; il est frappant, en elïet, de voir les poissons, manquant des moyens les plus ordinairement employés par les animaux qui vivent dans l'air pour produire des bruits, à savoir la stridulation et la voix, obtenir les mêmes résultats par des moyens détournés et se servir à cette fin du frémissement de leurs muscles, le seul bruit dont leur organisme soit capable. Chaque animal a fait en quelque sorte ce qu'il a pu pour attirer sur lui l'attention de ses semblables de l'autre sexe, le poisson comme les autres, mais avec un moindre succès, parce qu'il avait de plus chétifs moyens à sa disposition.

Les privilégiés sont ceux qui ont pu se servir de la voix, c'est-à-dire ceux dont l'organisme était fait de telle sorte que l'air servant à la respiration pût vibrer à son issue des orifices. Dès la classe des insectes nous rencontrons de nombreux exemples d'émissions vocales expressives. Ceux qui bourdonnent en volant (la plupart des hyménoptères, des diptères, etc.) ont en effet « une véritable voix dont les organes producteurs, c'est-à-dire les stigmates, correspondent au larynx des vertébrés, de même que les trachées, par leurs fonctions et leur structure annulaire, rappellent la trachéeartère (2). » C'est, paraît-il, parla trompe que le Sphynx Athropos fait entendre ce cri très distinct qui lui est propre. Nous n'insisterons pas sur ces phénomènes

(1) V. Lablanchère, Esprit des poissons, p. 107.

(2) Lacordaire, I, p. 273.

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