UNITÉ DE CONSCIENCE DANS LA FAMILLE
la communauté des substances se change en une communion des consciences et que les organismes divers qui composent la société domestique, après s'être séparés matériellement, se rattachent de nouveau les uns aux autres par des liens spirituels, c'est-à-dire par des idées et des sentiments réciproques. L'histoire de la famille animale est l'histoire de ce processus corrélatif des consciences individuelles vers la formation d'une conscience unique.
La nature spirituelle de cette unité la rend, comme on le verra, susceptible d'une concentration à laquelle l'unité physiologique ne se prête pas au même degré. En effet, les divers êtres issus les uns des autres ne peuvent avoir ensemble de communication biologique durable. Ils sont successifs comme ils sont distincts. Par exemple les jeunes d'une famille de mammifères peuvent être nourris un certain temps par leurs parents et de leur substance même; mais enfin, au bout de quelques mois, il faut bien qu'ils vivent d'une vie individuelle, du moins physiologiquement. Le tout organique dont ils faisaient partie se trouve alors rompu. Par la vie de relation au contraire ces différentes consciences sont rattachées les unes aux autres à partir du moment même où les différents organismes se séparent. La génération en voie de croissance doit pour se développer recevoir les enseignements de celle qui s'en va ; celle-ci de son côté n'a plus qu'un but : la vie de ceux qu'elle a procréés ; et ainsi tous ne forment qu'une conscience dont le centre invisible embrasse une période plus ou moins longue de mois ou d'années. Non seulement la distance dans l'espace se trouve sup-
primée par ce consensus d'émotions et de représentations; les intervalles dans le temps sont grâce à lui comblés du même coup : effets que l'union physiologique constante eût rendus absolument impossibles.
Une difficulté presque insurmontable nous arrête au début de tout cet ordre de questions. Si le mâle et la femelle demeurent unis, avons-nous dit, c'est grâce à leur amour commun pour leur progéniture ; mais le mâle, devons-nous ajouter, n'entre dans la famille d'une manière constante que vers les régions supérieures du règne animal; jusque-là la femelle noue seule société avec les jeunes, «et c'est quand cette société est formée déjà que le mâle se présente pour en faire partie. Il faut donc, pour rendre compte de la famille, expliquer tout d'abord l'amour maternel, or c'est précisément cette explication qui nous paraît des plus épineuses. Le lecteur va en juger.
Les efforts consacrés à rendre raison d'un fait aussi universel et à première vue aussi nécessaire peuvent sembler dépensésbienmal àpropos. Mais nous estimons que la question se pose à nous avec un caractère impérieux. De ce que la plupart des êtres vivants doivent la conservation de leur vie aux soins maternels, il ne s'ensuit pas que le monde ne pourrait aller autrement. D'abord il n'est pas du tout nécessaire qu'il y ait des êtres vivants, et puisqu'il y en a, la science doit dire à quelles conditions ils ont été possibles, quel enchaînement de faits leur a permis de venir au jour et d'y rester. Ensuite il pourrait y avoir des êtres vivants en tout aussi grand nombre sans que les mères soient
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douées de leurs instincts généreux. Des ordres entiers d'animaux existent où les mères ne donnent que peu ou point de soins à leur progéniture. Le règne végétal ne nous présente rien d'analogue à l'amour maternel et n'en subsiste pas moins. Le fait de l'amour maternel est donc essentiellement contingent et relatif; la tâche incombe à la sociologie de déterminer les causes qui lui ont donné naissance. Il faudra que cette question soit résolue ou que la sociologie renonce à exister.
Malheureusement, à l'heure où nous sommes, l'évolution des instincts en général et de celui-là en particulier est encore très mal connue. Elle n'est point, en effet, renfermée dans l'histoire d'un individu ; elle s'étend à travers les temps les plus lointains jusqu'au jour où l'espèce est apparue, peut-être même avant, si l'espèce est née comme un rameau sur un tronc plus ancien. Elle ne peut donc être saisie qu'en même temps que les origines de l'espèce (chose difficile) et si l'espèce a des origines (opinion fort discutée). Ainsi on ne saurait rechercher la genèse d'un seul instinct sans admettre implicitement ou explicitement le système auquel Darwin a donné son nom. Mais dès lors quel embarras pour le psychologue ! Faut-il qu'il entre incidemment dans une controverse de cette importance, ou qu'il prenne parti d'un mot dans un débat aussi confus? On ne peut exiger de lui ni l'un ni l'autre. Bornons-nous donc à imaginer ce que pourrait dire un partisan de l'évolution sur la genèse de l'instinct maternel, et examinons ce que l'hypothèse offre de vraisemblance en elle-même, indépendamment de l'hypothèse transformiste dont elle serait l'une des annexes.
Remarquez d'abord, nous dirait-on, que le problème ne concerne guère que les animaux situés le plus bas dans l'échelle. Quant aux animaux supérieurs, aux vivipares tout au moins, il est résolu de la manière la plus simple, grâce au développement bien connu de leur intelligence. Chez ceux-ci, en effet, la femelle, voyant les êtres chétifs qu'elle venait de mettre au jour et les trouvant semblables à elle, a éprouvé pour eux, de génération en génération, de la sympathie et de la pitié : de la sympathie parce qu'ils lui ressemblaient, de la pitié parce qu'ils étaient faibles (1). Ces sentiments ont lutté victorieusement contre la faim qui la sollicitait à les dévorer, et c'est ainsi que l'éducation des petits a commencé. D'ailleurs il n'est pas impossible d'admettre que la femelle devenue mère reconnaisse confusément une sorte de continuation d'ellemême dans ce petit être qu'elle a senti s'agiter en elle l'instant d'avant sa naissance. La difficulté n'est donc pas là. Mais elle se montre dès qu'on passe des mammifères aux oiseaux. Quelque intelligence qu'on attribue à l'oiseau, on comprend avec peine qu'il témoigne tant de sollicitude à cette masse inerte, d'aspect minéral, qu'on appelle un œuf, surtout au moment où aucun mouvement intérieur n'y est perceptible. Le pinson qui pond pour la première fois sait-il donc que l'avenir de sa race est enfermé dans cet œuf? Comment le saurait-il, n'en ayant jamais vu et comment, l'ignorant, pourrait-il le deviner? Que sera-ce si l'on consi-, dère non plus l'oiseau, mais l'insecte? La mère, ici,
(1) M. Spencer, Principes (Je psychologie, t. II. p. 655.
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mourra avant l'éclosion de ses œufs. Et pourtant elle leur prodigue ses soins. Il est impossible de soutenir ici qu'elle prévoit les besoins des larves futures ; on ne prévoit le retour que de ce qu'on a déjà vu. Comment donc expliquer ce choix en apparence | intelligent qu'elle fait de la nourriture qui leur conviendra le mieux? Voilà le problème dans toute sa difficulté. Voyons maintenant ce que la doctrine de l'évolution permet d'imaginer pour la résoudre.
Il semble qu'elle n'a que deux partis à prendre, si nous comprenons bien les procédés ordinaires de ceux qui s'en inspirent. Elle doit supposer, en effet, ou qu'un seul animal d'ordre inférieur a une fois par hasard donné ses soins à ses jeunes, et que cet acte unique étant profitable a augmenté les chances de la race dans la concurrence vitale, qu'il a dû, par conséquent, passer aux descendants et devenir chez eux une habitude héréditaire ; — ou bien qu'un grand nombre d'animaux également situés au bas de l'échelle ont été poussés à la fois par ce qu'ils avaient d'intelligence à montrer une certaine sollicitude pour leur progéniture. Mais la première supposition ne résiste pas à l'examen. D'abord, le hasard ne produit rien, et cet acte primitif d'où tout l'amour maternel manifesté dans l'immense multitude des êtres vivants serait dérivé, a besoin d'une explication; où la chercher si ce n'est dans l'intelligence de son auteur? Ensuite, cet acte unique n'a pu se transformer en habitude héréditaire que si la survivance de son auteur et des descendants de son auteur a été assurée. Or, quelles que soient les chances favorables qui en sont résultées, elles n'ont pu abolir les
risques encourus par cet animal et sa descendance comme par tout être vivant. Quelle certitude a-ton que dans cette balance hasardeuse des chances et des risques, ce sont les chances qui l'ont emporté? Un accident a pu survenir et détruire la famille dans son germe. 11 faut reconnaître que ce hasard unique et les chances inouïes nécessaires à la conservation de ses effets sont une base bien fragile pour l'explication de faits si généraux et si étendus. On est ainsi conduit à croire que l'acte initial n'a pas été unique, qu'il a dû être répété maintes fois dans l'espace et dans le temps avant d'engendrer des instincts transmis à presque tout le règne animal. Mais dès lors cette fréquence même ne peut s'expliquer que par une cause permanente, et où trouver cette cause permanente si ce n'est dans l'intelligence des animaux, correspondant de la même façon à des conditions semblables ? Nous voilà donc ramenés à la seconde hypothèse. Il reste seulement à la rendre plausible ; car comment admettre l'intelligence à un rôle aussi important là où elle est servie par des organes rudimentaires? Comment croire de plus qu'il y a eu prévision, dans les cas cités plus haut, là où la mort des parents avant l'éclosion de leur progéniture et les dissemblances profondes qui séparent celle-ci de ceux-là rendent toute représentation des besoins futurs manifestement impossible.
Remarquons toutefois que si le problème pouvait être ramené aux termes auxquels il se réduit dans les plus hautes régions de l'animalité, la difficulté en serait de beaucoup diminuée. Une femelle, qui met au jour des jeunes semblables ou presque semblables à elle, peut
de l'amouu maternel 177 être poussée par un mouvement d'obscure sympathie aies nourrir et à les défendre sans qu'on ait besoin de lui prêter une intelligence développée. Or s'il est vrai que, comme la doctrine de l'évolution l'enseigne, les formes organiques supérieures dérivent des formes inférieures et que particulièrement les métamorphoses accomplies aujourd'hui par chaque individu représentent les destinées successives de l'espèce, on est autorisé à croire que l'hiatus ouvert actuellement entre l'état adulte de certains animaux inférieurs et leur état rudimentaire n'a pas toujours existé. Il y a eu un moment où la femelle des insectes, par exemple, devenait mère alors quelle n'était que larve. Mais sous quelle forme mettait-elle ses petits au jour? Etait-ce sous forme d'œufs? Tout porte à croire que ce n'est qu'ultérieurement que cette différenciation s'est accomplie. Le phénomène de la transmission de la vie devait être plus simple à l'origine. Si on observe les divers modes de génération des insectes, on voit que ce sont les plus parfaits qui subissent le plus de métamorphoses et que les moins parfaits sont procréés dans un état de plus en plus voisin de celui des parents. C'est l'ordre inverse de celui qui est suivi chez les mammifères, où ce sont les plus parfaits qui mettent au jour des petits le plus semblables à eux. Mais s'il en est ainsi, les premiers insectes sont nés jadis, non à l'état d'œufs, mais à l'état de larves ; en sorte que la mère, voyant ses jeunes semblables à elle, a pu prendre quelque intérêt à leur sort. Cette sollicitude s'est de là communiquée en s'augmentantde génération en génération, la même situation produisant partout des effets semblables, sans
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cesse accumulés, jusqu'au moment où les métamorphoses ont commencé à se dessiner. Alors les insectes accomplis ont continué à faire pour leurs œufs ce que les insectes primitifs faisaient pour leurs larves, avec cette différence qu'ils ont exécuté par impulsion organique ce que leurs ancêtres faisaient par représentation peu ou point réfléchie. C'est ainsi que des animaux qui, sous leur dernière forme, vivent de plantes, vont déposer leurs œufs dans des tissus vivants qui seront la proie de larves carnassières. En somme, d'après cette hypothèse, les premiers animaux femelles qui se soient intéressées au sort de leurs jeunes seraient des vers en quelque sorte vivipares maintenant disparus, ou plutôt transformés, dont l'état larvique des insectes actuels rappelle la forme extérieure et dont leur prévoyance maternelle représente le trait de mœurs le plus caractéristique.
Un certain nombre de faits viennent à l'appui de cette supposition, et trouvent en elle réciproquement la seule explication dont ils semblent susceptibles. De l'aveu de tous, les moins hautement organisés des insectes sont les Orthoptères et les Diptères. Or, c'est précisément chez ces espèces, où les métamorphoses sont ou le plus abrégées ou le plus rapides, que nous voyons les mères donner leurs soins aux jeunes une fois éclos. Chez certains orthoptères les jeunes revêtent, dès leur sortie de l'œuf, une forme semblable dans son ensemble à celle de l'adulte, et sont de la part de la mère l'objet de soins assidus; on peut citer la Blatte qui traîne après elle sa capsule ovigère et aide ses petits à en sortir ; la Forficule qui couve en quelque sorte ses œufs, et rassemble sous elle ses jeunes après l'é-
closion ; la Courtillière qui tient les siens dans la chambre d'incubation et va , dit-on , leur chercher de la nourriture (1). Parmi les diptères, les Muscides enfantent des larves vivantes et vont les déposer sur la substance la plus propre à les alimenter. Descendons d'un degré, et nous trouvons encore, parmi les Muscides, les Cécidomyes qui possèdent, dit M. M. Edwards (2), avec plusieurs animaux de même ordre, cette faculté reproductrice pendant qu'ils sont encore à l'état de larve. On sait enfin que les pucerons, pendant la belle saison, produisent directement des pucerons complètement formés.
C'est par cette voie que la philosophie de l'évolution pourrait, ce semble, tenter une explication de la genèse de l'amour maternel chez les animaux inférieurs, et par conséquent dans tout le règne animal issu d'eux. Mais l'explication, sous cette forme (nous l'avons présentée le mieux qu'il nous a été possible), n'est pas valable. Si nous étions témoins de soins donnés à des larves par les larves mères, si seulement les annélides, ancêtres supposés des insectes, témoignaient pour leurs jeunes quelque sollicitude ; si, enfin, ceux d'entre eux qui se produisent par gemmation, comme la Nais, les Syllis et les Myrianes montraient quelque attention pour l'individu (agame ou sexué) qui se détache d'eux, ou aurait, dans ces faits, un point de départ assuré, et il suffirait en effet de suivre pas à pas, à travers les intermédiaires marqués plus haut, les transformations
(1) MM. Blanchard, Métamorph., p. 570; Girard, id., p. 323, 336
(2) Tome II, p. 225.
de cette tendance primitive. Mais parmi les annélides observés jusqu'ici, les uns, comme les sangsues, pondent des œufs, et prennent déjà certaines précautions pour les protéger (1); les autres, qui se reproduisent par gemmation ou bourgeonnement, ne prennent aucun soin de la partie d'eux-mêmes qui commence une vie indépendante. La base même fait donc défaut àl'hypothèse ; il nous faut la rejeter, non pas comme émanant de la théorie évolutionniste, mais comme n'offrant pas un degré de probabilité suffisant. Seulement, nous devons reconnaître que la genèse de l'amour maternel, restée jusqu'ici sans explication, en attend une de la sociologie. Il est impossible, encore une fois, que cette science subsiste et prenne rang si elle renonce à cette tâche (2).
Cette lacune signalée, exposons les principales manifestations de l'amour maternel dans le règne animal, et voyons, en les passant en revue, comment la famille gagne par elles dans le temps et dans l'espace une unité croissante. La division la plus rationnelle qui puisse présider à cet exposé est celle qu'on tirerait de la complication croissante de la fonction ; on examinerait d'abord les groupes où la mère et le père, également indifférents à leurs œufs, ne reçoivent de leur rapport avec leur progéniture aucune autre spécialisa-
(1) M. M. Edwards, Physiologie, vol. IX, p. 281- ■ m Le problème semble insoluble à Darwin, voir The descent of Man vol I p 80 • « Wilh respect to the origin of tbe paternal und filial affections," wich apparenty lie at the basis of the social affections, it is hopeless to speculate. »
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tion que celle des organes reproducteurs. Puis, on parcourrait les différents degrés de spécialisation résultant d'une intervention de plus en plus active de la mère : premièrement, le choix d'un emplacement favorable à l'éclosion des œufs; secondement, le choix d'un emplacement favorable à leur conservation; troisièmement, l'invention des moyens destinés à les fixer et à les enfouir ; quatrièmement, la construction d'un véhicule ou d'un abri distinct; cinquièmement, la ponte près d'une substance capable de nourrir les larves ou jeunes une fois éclos; sixièmement, la construction d'un abri et la préparation dune nourriture spéciale pour ces mêmes jeunes; septièmement, leur élevage par l'apport d'une nourriture dégorgée ou simplement offerte. C'est alors seulement que le père peut intervenir et que la différenciation commence à l'atteindre. Tel est l'ordre théorique, et il est difficile que la logique des choses, si conforme ailleurs à celle de l'esprit, s'écarte beaucoup d'un plan aussi rationnel. Mais comme ce plan est poursuivi à la fois dans plusieurs groupes d'êtres vivants, jusqu'à des degrés d'achèvement fort divers, comme le langage ne peut suivre ces différents processus dans leur simultanéité, et que, obligé de mentionner, comme appartenant à la même catégorie, plusieurs groupes naturels de la classification, puis d'y revenir pour la catégorie suivante, nous ne manquerions pas de tomber dans une confusion sans remède, nous préférons adopter résolûment l'ordre linéaire et suivre successivement, au point de vue qui nous occupe, chaque classe d'animaux, depuis les plus humbles jusqu'aux plus élevés.
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Commençons par les Mollusques. Nous ne trouvons guère parmi eux que les Calyptries, genre voisin des Patelles, qui témoignent quelque intérêt à leur progéniture. La Calyptrie dépose ses œufs sous son ventre et les conserve comme emprisonnés entre son pied et le corps étranger auquel elle adhère (1). Les jeunes, une fois éclos, se développent à l'abri de la coquille maternelle et ne la quittent que lorsqu'ils sont prêts à se fixer et munis eux-mêmes d'une coquille. Les Tarets portent leurs œufs collés en anneaux autour de leur corps. Les colimaçons déposent fréquemment leurs œufs dans la terre humide ou dans quelque trou d'arbre. Enfin les Céphalopodes les fixent par grappes aux plantes marines. Mais tous les autres Mollusques abandonnent leurs œufs aux hasards des circonstances ; leur nombre immense les préserve seul d'une destruction totale.
Parmi les Arnélides les sangsues terrestres forment autour de l'extrémité de leur corps fixée au sol une sorte de gaîne où elles laissent leurs œufs. En dehors de cet exemple, nous constatons dans toute cette classe, comme à plus forte raison dans celle des Helminthes, une indifférence universelle des parents pour leur progéniture. Les Crustacés portent leurs œufs pour la plupart sous leur queuejusqu'àl'éclosion. Mais ces diverses classes d'animaux sont de beaucoup inférieures pour la fonction qui nous occupe à celle des araignées. Si le
(1) Les Astéries (Echinodermes) font de même : nous avions rencontré ce fait dans nos lectures, mais nous n'avions pas cru devoir le mentionner, tant il nous avait paru iavraisemblable. M. Giard nous l'a confirme depuis.