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CHAPITRE VI

VIE DE RELATION La Peuplade.

Fonctions tout intellectuelles sur lesquelles repose la peuplade. — Réunions accidentelles involontaires. — Réunions volontaires momentanées : mobiles qui les provoquent. — Sociétés volontaires durables, permanentes; rapport de la Peuplade et de la Famille; nature du lien social, sympathie, intérêt. — Peuplade d'oiseaux. Pourquoi les oiseaux de mer se réunissent précisément au moment où le plus grand nombre des autres oiseaux se séparent en familles? Degrés divers d'organisation et de concentration, 1° dans les peuplades d'oiseaux; 2° dans les peuplades de mammifères. Langage, industrie collective et tactique. — De la naissance et de l'accroissement de la peuplade ; de son extinction. — Point de départ et point d'arrivée de nos recherches.

Vivre c'est d'abord se nourrir et se perpétuer comme espèce. C'est à cette double fin que conspirent tous les phénomènes étudiés jusqu'ici. Mais quand l'être vivant atteint un haut degré d'organisation, il est en rapport avec des circonstances trop diverses pour que son existence ne soit pas entravée de mille obstacles et assaillie de mille périls. Les deux fonctions physiologiques

essentielles se trouvent dès lors soumises au développement de l'activité psychique et la vie de relation prend le pas d'une manière de plus en plus décidée sur les besoins qu'elle a d'abord été appelée à satisfaire. C'est ainsi que nous avons vu la société domestique, bien que reposant toujours sur l'union des sexes et se proposant toujours pour but essentiel l'éducation des jeunes, trouver son unité dans un échange d'idées, d'affections et de services. A mesure que nous nous sommes élevés dans l'échelle des sociétés, à mesure aussi l'activité physiologique s'est trouvée plus complètement engagée dans la sphère de l'activité psychique, à mesure le consensus organique a été subordonné à la conscience. Celle-ci a eu bientôt l'initiative et la garde des individualités collectives dont la fonction de reproduction était la fin essentielle, et elle a suscité une multitude d'habitudes et de tendances qui ont été enfin cultivées pour elles-mêmes indépendamment de leurs résultats. De ce nombre sont les deux penchants sans lesquels nulle société domestique complète ne serait possible'; la sympathie et le double instinct de domination et de subordination. Il n'est plus besoin, remarquons-le, pour que ces deux sortes de liens unissent différents individus que ceux-ci diffèrent physiologiquement et soient pourvus d'organes de reproduction correspondants mais dissemblables. Entre des individus quelconques de la même espèce, ils peuvent former une société, pourvu qu'il y ait à cela une raison suffisante. Cette raison ne peut être qu'un intérêt, car nul être ne fait rien qui ne lui soit ou ne lui paraisse avantageux, et tous les intérêts se ramènent

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en dernière analyse au développement de la vie physiologique. Mais il n'en est pas moins vrai que dans ce cas ce ne sera pas d'abord pour vivre, mais pour défendre et améliorer la vie que les relations sociales seront entretenues et qu'ensuite le point de départ du mouvement social ne se trouvera dans aucun organe spécial affecté à l'une ou à l'autre des fonctions biologiques essentielles. Les sociétés ainsi constituées formeront donc, en dépit des transitions nécessaires, un ordre nouveau qui se superposera aux ordres inférieurs, puisqu'il les embrassera en les dépassant. IL aura pour caractères propres de pouvoir se prêter à des combinaisons en quelque sorte indéfinies, puisque aucune particularité physiologique ne lui imposera une structure déterminée, et d'être susceptible d'accroissements très étendus, puisqu'il aura pour bornes en ce sens non la capacité du corps maternel, mais la faculté de représentation de l'espèce, très largement perfectible. C'est ce nouvel ordre de sociétés, différent des deux autres en ce qu'il ne suppose entre les membres composants aucune communication des tissus ni des cavités , mais seulement une correspondance des mouvements cérébraux, que nous allons étudier

Mais si tels sont les caractères des plus élevées de ces sociétés, leur apparition est précédée et comme annoncée dans toute la série animale par une multitude de groupements analogues. Nous devons les comprendre dans notre exposition. Nous distinguerons trois classes de sociétés ethniques ou de peuplades : 1° Les réunions accidentelles involontaires ; 2° les réir

nions volontaires momentanées ; 3° les agrégats volontaires permanents.

Passons rapidement sur les premières. Elles sont dues à deux sortes de causes, soit à l'action simultanée des forces physiques sur des organismes simples, soit aux hasards de la naissance qui réunissent dans un même lieu un nombre considérable d'individus. La mer est fréquemment le théâtre de phénomènes de ce genre. Certains animaux dits pélagiques forment des bandes énormes. Elles n'ont pour raison d'être que la température des différentes couches d'eau qui convient à la fois à tous les individus de cette bande, la direction des courants qui les entraîne tous ensemble, et peutêtre aussi l'abondance en certains endroits d'aliments recherchés par eux. Les membres de telles aedomérations sont le plus souvent les Noctiluques, les Mé duses, les Cténophores, lesSagitta, les Crustacés copépodes, lesMysis, les Mollusques ptéropodes, les Polycistines. Les tout jeunes poissons peuplent les eaux de la mer par myriades et paraissent réunis par les mêmes causes. Les actinies et plusieurs mollusques parmi lesquels les plus connus sont les moules et les huîtres vivent en bancs pressés les uns contre les autres. Le mode de reproduction de ces espèces explique une telle disposition. C'est encore à la naissance ici successive, là simultanée en un même lieu, qu'il faut attribuer les agglomérations des pucerons, des cochenilles, les paquets de chenilles du paon de jour sur nos orties, du bombyx sur nos arbres, les nuées de papillons qu'on cite comme extraordinaires, mais qui sont fréquentes et dont tout le monde a pu être

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