RÉUNIONS ACCIDENTELLES INVOLONTAIRES
témoin. Ces agglomérations n'ont point de but ; elles sont les effets en quelque sorte mécaniques de causes extérieures. Déjà les migrations des criquets cherchant de nouvelles terres à dévaster sont déterminées par un besoin ressenti de ces insectes ; les danses des Tipulaires et des moucherons paraissent avoir quelque rapport avec l'union des sexes. Enfin quelques chenilles et quelques larves nées ensemble sur le même point devant rester quelque temps réunies prennent des dispositions pour se garantir des périls qui les menacent. Les chenilles du Bombyx liparis se fabriquent en commun sur les hautes tiges une tente soyeuse. Plusieurs chenilles de la même famille font de même. Celles qui ont reçu le nom de Processionnaires se suivent pendant leurs marches dans un ordre déterminé qui figure un coin allongé. D'autres processionnaires (Papilio archelaus) du Brésil (1) font preuve d'une certaine communauté d'impressions remarquable. « Toutes sont placées côte à côte en colonne serrée et la tête dirigée dans le même, sens ; si l'on en touche une, elle agite aussitôt avec vivacité la partie antérieure de son corps, et toutes les autres l'imitent à l'instant. » Les jeunes larves des hannetons vivent d'abord réunies : « les débris de végétaux enfouis dans le sol, les racines les plus voisines suffisent aux besoins de la couvée entière pendant cette première saison. Les froids venus, on ne se sépare pas encore; on mine plus profondément et on pratique une loge spacieuse à l'abri de la gelée, où l'on passe l'hiver en commun. Au printemps, toutes
(1) Lacordaire, Introd,, vol. II, p. 292.
ces larves plus grandes et plus voraces ne sauraient plus trouver sur le même point une nourriture suffisante ; elles se séparent alors et chacune se creusant une galerie particulière remonte vers la surface du sol jusqu'à la région des racines (1). » Nous trouvons donc dans ces agglomérations à l'origine fortuites quelque chose de volontaire et comme une conspiration intentionnelle. On a cherché des raisons métaphysiques à l'ordre géométrique observé par quelques-unes d'entre elles. La plupart du temps cette régularité n'a pas d'autre cause que l'absence de motifs qui pourraient justifier une disposition différente. La régularité des loges chez les abeilles est due, comme Buiïbn l'a bien vu, à cette même condition, et à ce titre mérite beaucoup moins notre admiration que la liberté de plan que montrent dans leurs constructions d'autres hyménoptères comme les fourmis. Nous n'analyserons que deux exemples de ce fait. Au bord de la Manchs, on trouve fréquemment des Patelles sur lesquelles des Balanes forment des cercles réguliers montant le long du cône jusqu'au sommet. Tout d'abord le dessin de ces guirlandes concentriques étonne ; mais en réfléchissant on s'aperçoit que des larves de balanes glissant le long de la pente du cône ont dû s'arrêter à son bord inférieur en aussi grand nombre que la place disponible l'a permis, que les suivantes, une fois le premier rang formé, n'ont pu s'empêcher de faire de même et d'en dessiner un second. Cette régularité n'a rien de mystérieux, et toutes les fois que la nature se plie aux figures géomé-
([) M. Quatrefages, Métamorphoses, etc., p. 81.