‹ Des sociétés animales [electronic resource]Chapitre 9 sur 91 · INFUSOIRES · texte numérisé non relu

INFUSOIRES

est menacée (1). Les Vorticelles, bien qu'immobiles, sont placées, sans conteste, au premier rang des infusoires. Aucun animal ne semble reproduire cette forme rameuse dans son développement primitif. La forme sphérique est nettement accusée par les Volvox adultes. Des cordons distincts partant de chaque individu lient ensemble tous les membres de la famille, qui nagent de conserve au moyen de cils appartenant à chacun d'eux (2).

Chez les Gonium , ces cordons sont produits par des prolongements en pointe de chaque individu (3). Cela les rapprocherait des Synamibes qui sont, comme on l'a vu, réunis parleur extrémité amincie au centre de la sphère, et prennent également, en raison de cette structure, une apparence étoilée, si les Gonium ne présentaient une disposition qui les place, au point de vue social, au-dessus des Volvox eux-mêmes. En effet, leur accrescence est tabulaire et non sphérique. « Un Gonium se compose de seize individus réunis en famille sous une forme tabulaire dans une enveloppe gélatineuse (4). » Le tout est doué de mouvement comme les Volvox. Nous pensons que ce type de disposition sur un plan est supérieur aux autres, parce qu'il se rapproche de la disposition linéaire dont nous chercherons bientôt à établir la supériorité sur tous les autres types. « On voit les Gonium se balancer avec grâce, pirouetter, se tourner en avant, en arrière, se

(1) Voir, pour ce qui concerne la famille des Vorticellines, ce premier mémoire, à partir de la page 94.

(2) Clap. et Lach., p. 57.

(3) Loc. cit., p. 57.

(4) Id.,p. 54.

ployer majestueusement; ils forment une chaîne qui se promène en décrivant toutes sortes de figures (1). »

Maintenant en quoi consiste l'unité sociale de ces différents groupes d'individus élémentaires? Il faut le reconnaître, le concours qu'ils se prêtent mutuellement est à peine discernable. Ils gagnent sans doute par leur association un plus gros volume, avantage appréciable dans ce monde des infusoires où la voracité des appétits condamne les plus petits à être dévorés ; ils gagnent une enveloppe plus ou moins résistante, autre moyen de protection. Ils gagnent, grâce aux cils qui garnissent chez les Synamibes les cellules extérieures, une motilité plus vigoureuse et plus variée peut-être; et quant aux Vorticelles, comme il est probable que la proie digérée par un individu profite à tous les autres, c'est un avantage encore pour elle que d'occuper un espace plus grand et que d'étendre ainsi l'aire d'embuscades commune. Néanmoins, combien ce concours est encore faible et mal défini ! Il ne peut en être autrement là où la division du travail physiologique est aussi peu avancée. Tous les membres de ces sociétés rudimentaires n'ont-ils pas ou peu s'en faut le même emploi? Voilà pourquoi l'unité collective peut être presque dans tous ces cas rompue impunément quand les individus se séparent pour se reproduire. La soudure organique, le lien matériel qui les attache ne saurait fonder une société quelque peu relevée tant que les individus composants ne sont pas physiologiquement solidaires.

(1) Turpin cité par Cl. et L., 2« mémoire, p. 55.

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Si l'unité du tout est faible, l'individualité des parties ne l'est pas moins ; l'une est en raison directe de l'autre. En effet, par cela même que chacune des parties peut se suffire à elle-même, ce qui paraît en un sens le plus haut degré d'individualité, elle ne se distingue des autres par aucun caractère propre, ce qui en est le plus bas degré à un autre point de vue. Pour rester indépendantes toutes restent à peu près similaires; c'est l'individualité du grain de sable.

Quelle peut être la cause de ces groupements au plus bas degré de l'animalité ? Nous sommes ici réduits à des conjectures. En somme, ce qu'il s'agit de découvrir, c'est ce qui détermine la partie d'une cellule qui va se détacher d'elle par scissiparité à rester unie avec la partie mère, et cela non pas seulement une fois, mais autant de fois qu'il y a de membres dans l'agrégat. Certes, si l'on admet que cette duplication répétée est avantageuse, la sélection tendra à la conserver : ici, en effet, la sélection naturelle jouera un rôle indispensable en l'absence de tout discernement. Mais ici encore si la sélection peut expliquer la fixation de l'habitude sociale, elle ne peut en expliquer la naissance. Faut-il admettre que dans certains cas, sous l'influence des circonstances, la scission des cellules a été retardée en quelque sorte par hasard et que pendant le peu de temps qu'a duré cette union, les avantages en ont pu se manifester? Gela est douteux. Faut-il croire qu'au contraire la prolifération a été, toujours en un cas fortuit, tellement rapide qu'elle a prévenu les effets de la scissiparité et que dès lors l'avantage obtenu a assuré la survivance de la colonie? Le champ reste ouvert

aux hypothèses. La sociologie naît en ce moment ; nous croyons mieux servir la science nouvelle en signalant ce problème qu'en le déclarant prématurément résolu.

Quant à la forme de ces sociétés, elle semble suffisamment justifiée par l'absence de raisons qui en détermineraient une autre. Les Synamibes et les Volvox sont sphériques parce que les cellules qui les composent se disposent ainsi nécessairement dans leur fractionnement successif. Et si chacune de ces cellules s'étoile, c'est en se pressant comme cela est inévitable contre ses voisines. Les grains de raisin serrés l'un contre l'autre sur une grappe bien fournie prennent la même apparence. Mais pourquoi les Vorticelles ontils adopté la forme rameuse? Peut-être en verronsnous une raison suffisante dans ce fait que les individus de cette famille sont pourvus d'une bouche et d'un a nus, vivent de proie, etont par conséquentune activité nutritive assez intense, ce qui les force à être quelque peu éloignés les uns des autres. De là la naissance du pédoncule. Chez les Synamibes, au contraire, et les Volvox, les individus se nourrissent par imbibition et ne se nuisent pas par leur proximité.

§2. Sociétés de nutrition présentant une communication vasculaire. — A. Les Polypes. — Nous voici donc en présence d'une première sorte d'individus composés. Si nous supposons que ces individus s'agrégent à leur tour et forment un tout permanent, nous concevrons la possibilité d'une individualité d'espèce nouvelle, à savoir composée d'individus déjà composés,

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bref, d'un second degré de composition sociale. Tel est, en effet, le mode d'association réalisé par les Polypes.

La loi posée par Dujardin s'applique encore à ce groupe d'animaux agrégés. Ils naissent tels, et leur expansion la plus large a toujours pour point de départ non des animaux multiples qui se seraient agglomérés, mais un seul germe (larve née d'un œuf ou bourgeon) qui s'est accru de proche en proche. Cette loi est de la plus haute importance ; nous la verrons se traduire en une loi analogue dans l'étude des faits de reproduction.

Entre les Infusoires et les Polypes, entre les sociétés du premier et célles du second degré de composition, il n'y a pas de transition à signaler parmi les animaux complètement développés. Seuls les spongiaires semblent en offrir une ; mais leur développement étant encore mal connu (1), nous nous bornerons à les mentionner. Il faut donc recourir aux formes larvaires des polypes pour trouver le passage exigé par le principe de continuité. Qu'une cavité se creuse dans la synamibe, qu'une ouverture se fasse à l'une de ses extrémités, que l'outre ainsi formée prenne une forme ovale et se fixe par l'extrémité opposée à l'ouverture ; qu'enfin des cils naissent à la surface des cellules internes, nous obtenons le polype simple. Il ne nous restera plus pour concevoir la forme typique des polypes agrégés qu'à imaginer que le premier polype se scinde à demi en deux parties dont chacune s'ouvre sur une cavité commune (2). Le procédé différent du

(1) Revue des cours scientifiques, 3 juillet 1875.

(2) Milne Edwards, Coral/inires, vol. [, p. 14.

bourgeonnement aboutit au môme résultat. La seconde forme d'association est donc constituée par l'agrégation d'individus composés, qui sont unis non seulement par la juxtaposition de leurs éléments et la soudure de leurs tissus, mais encore par l'abouchement permanent de leurs cavités. Le vrai lien social est ici par conséquent le liquide qui va de l'un à l'autre, chargé d'éléments organiques ou cellules à l'état libre' dont la fonction est d'accroître et de renouveler sans cesse les éléments de chaque individu composé (4).

Dans aucun des trois ordres déterminés par M. Milne Edwards, Acalèphes, Zoanthaires et Coralliaires, quel que soit le nombre des polypes, quelle que soit la forme des polypiers, il n'est dérogé à ce principe. Nous ne nous étendrons pas sur les différentes modifications du type essentiel; elles sont suffisamment connues ; c'est là, du reste, une tâche qui appartient à la biologie. Contentons-nous de déterminer la signification sociologique des matériaux que cette science nous livre.

Si nous cherchons d'abord quelle est de toutes ces sociétés de même ordre la plus parfaite, nous verrons"

(1) « Supposons qu'à un moment donné de la croissance d'un polype primitivement simple, deux centres d'activité vitale viennent à s'établir l'un à côté de l'autre au milieu du disque teutaculifère et continuent à déployer parallèlement des forces égales : l'individu primitivement unique sera bientôt partagé en deux moitiés tout à fait semblables entre elles. Cliacune de ces portions tendra à se compléter comme individu, et si elles se séparaient elles constitueraient deux polypes complètement distincts; mais la séparation ne se fait jamais chez les coralliaires suivant toute la longueur de l'animal, et la fissiparité donne toujours lieu à un coralliaire composé dont les divers polypes sont réunis au moins par la base et ont un pied commun.» (M. Edwards, Corail., \, p. 75.)

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