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QUELLE SORTE DE NOURRITURE

Des erreurs communes relativement au régime.

Je signalerai seulement une ou deux des erreurs les plus communes^ où tombent les femmes chargées du soin des malades, à Tégard de leur régime.

Œufs.

C’est aussi un préjugé populaire qu’un œuf peut équivaloir à une livre de bœuf; il n’en est* rien. D’ailleurs, quoiqu’on le remarque rarement, les œufs ne conviennent pas à tous les tempéraments, principalement aux tempéraments bilieux et nerveux. En conséquence, les puddings, dans la composition desquels il entre des œufs, leur répugnent. Un œuf battu avec du vin est souvent la seule préparation à l’aide de la-

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quelle ils puissent le supporter. Si le malade est arrivé à pouvoir manger de la viande, on suppose que cette nourriture est la seule qui puisse avancer sa convalescence; cependant, on a signalé des maladies scorbutiques, en Angleterre, parmi des personnes malades, vivant au milieu de Tabondance.

viande sans végétaux.

L’origine de ces affections scorbutiques n’a pu être attribuée qu’à l’abus de la nourriture animale, pendant un temps considérable, sans mélange de végétaux; ou, ceux-ci étant si mal apprêtés, que les malades n’y pouvaient point toucher.

Arrow-root.

L’arrow-root est encore une des ressources principales des gardes-malades, comme un véhicule pour le vin et un fortifiant facile à. préparer promptement; tout cela est fort bien; mais l’arrow-root n’est au fond qu’une sorte de colle. La fleur de farine est beaucoup plus nutritive et moins sujette à la fermentation; son usage est donc bien préférable.

Lait, beurre, crème, etc.

Le lait et toutes les préparations du lait forment

CHAPITEE VII.

un des articles les plus importants de la nourriture des malades. Le beurre est Tespèce la plus légère de toutes les graisses animales; et, quoique privé de sucre et de quelques-uns des autres éléments qui existent dans le lait, il est cependant précieux et en lui-même et parce qu’il rend le malade capable de manger plus de pain. La farine de froment, d’avoine, le gruau, l’orge et autres fécules, sont, comme nous l’avons déjà dit, préférables, dans toutes leurs préparations, à l’arrowroot, le tapioca, le sagou et autres semblables. La crème est, dans beaucoup de longues maladies chroniques, tout à fait impossible à remplacer par quelque autre aliment que ce soit. Elle paraît agir de la même manière que le bouillon ; pour beaucoup d’estomacs, elle est d’une digestion plus facile que le lait, et il est rare qu’elle nuise ou qu’elle déplaise. Le fromage ne peut pas être toujours digéré par les malades, mais c’est une nourriture très-propre à réparer l’épuisement. J’ai vu des malades, et en grand nombre, dont le désir passionné pour obtenir du fromage montrait jusqu’à quel point il leur était nécessaire L

1 Dans les maladies produites par la mauvaise nourriture, telles que les diarrhées et les dyssenteries scorbutiques, l’estomac du malade demande impérieusement des aliments qui n’auraient certainement pas été conseillés, et spécialement pour ces maladies. Tels senties

DE LA NOURRITURE

Si le laH pur est une nourriture si précieuse pour les malades, la moindre altération peut le rendre extrêmement nuisible. La diarrhée est un des résultats ordinaires du lait qu’on a laissé aigrir; la garde doit, par conséquent, exercer sur ce point la plus grande surveillance.. Dans les hôpitaux, même les plus pauvres, on y fait une grande attention; pendant tout l’été, la glace est employée pour le conserver, tandis que le malade, soigné à domicile, n’obtient peut-être pas, durant toute la saison chaude, une goutte de lait qui ne soit aigri, tant ceux qui le soignent comprennent peu qu’il faut surveiller ce détail. Cependant, si vous considériez que la seule portion de nourriture véritable que prend votre malade est la goutte de lait qu’il ajoute à sa tasse de thé, et combien de malades en Angleterre vivent de leur thé, vous comprendriez l’extrême importance de

fruits, les conserTes, les marmelades, le pain d’épices, le lard, le jambon, la graisse, le fromage, le beurre, le lait. J’ai vu, non pas une fois, non pas dix, mais cent fois, ces aliments désirés avec passion par l’estomac du malade et lui réussir; il avait raison, les livres seuls avaient tort. Toutes ces substances doivent, pour les cas précédemment indiqués, être placées sous le titre d’acides végétaux et d’acides stéariques.

Il y a souvent une différeqee marquée entre les Hommes et les femmes sous le rapport du régime qui convient à leur estomac ; la digestion des femmes est, en général, plus lente.

ne pas les priver de cette goutte de bon lait. Le petit-lait est une chose entièrement différente, mais très-souvent utile, principalement dans les fièvres.

Sucreries, confitures.

En établissant les règles du régime, d’après l’analyse des « principes nutritifs » contenus dans chaque espèce de nourriture, on perd constamment de vue ce qu’exige l’état particulier du malade, ce qu’il peut et ce qu’il ne peut pas supporter. Vous ne pouvez gouverner un malade d’après un livre; vous ne pouvez régler le corps humain comme vous écrivez une ordonnance :

tant de parties de carbone, tant de parties de nitrogène composeront un très-bon régime pour le malade. Non, mais les observations de la garde éclaireront le médecin ; les fantaisies du malade éclaireront la garde; par exemple, le sucre, étant du pur carbone, est une des substances les plus nutritives, et les plus recommandées dans quelques hvres; mais la grande majorité de tous les malades, en Angleterre du moins, jeunes et vieux, hommes et femmes, riches et pauvres, à l’hôpital ou chez eux, détestent les choses sucrées; et tandis que je n’ai jamais connu une personne aimant les sucreries pendant la maladie, en être dégoûtée en recouvrant la santé, j’en ai beaucoup connu qui

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bien portants en étaient très-friands et qui, malades, détestaient toutes les douceurs, même le sucre dans le thé. Les puddings, les boissons sucrées, tous les plats doux sont leur aversion ; la langue chargée du malade préfère toujours ce qui est acide ou piquant; les malades atteints du scorbut font seule une exception, et ils réclament souvent avec ardeur les confitures et les marmelades.

Gelée.

La gelée de viande est un autre aliment en grande faveur auprès des gardes et des amis du malade. Quand bien même cette nourriture pourrait être prise sous la forme solide, elle ne nourrirait pas. C’est donc tout à fait dérisoire de prendre | oz. de gélatine et d’en augmenter le volume en le faisant dissoudre dans l’eau, qu’on donne ensuite au malade, comme si le volume représentait la nourriture. Il est maintenant reconnu que la gelée ne nourrit pas, qu’elle produit souvent la diarrhée et que d’en faire usage pour réparer l’épuisement d’une constitutien détruite, c’est tout simplement affamer le malade, en s’imaginant le nourrir. Si vous donniez dans une journée une centaine de cuillerées de cette gelée dissoute dans l’eau, vous auriez à peine donné une cuillerée de gélatine, qui n’a elle-même aucun principe nutritif.

Néanmoins^ la gélatine en elle-même contient une grande quantité de nitrogène, qui est Fiin des plus puissants éléments nutritifs 3 le bouillon, enfin, est une preuve de ce que Ton peut trouver de nourriture substantielle sous la forme la plus réduite de matière nitrogène.

Bouillon.

L’une de ces erreurs est de croire que le bouillon est la plus nutritive de toutes les substances. Essayez de faire bouillir une livre de bœuf, laissez évaporer le bouillon qu'elle a donné, et voyez ce qui vous reste de la substance de la viande ; vous y trouverez tout au plus une cuillerée à café de nourriture solide pour une demi-pinte d’eau convertie en bouillon. Nous reconnaissons néanmoins une certaine qualité restaurante dans cette boisson, comme dans le thé, sans que nous sachions bien laquelle. Elle peut être donnée sans danger dans presque toutes les maladies inflammatoires ; mais il n'y faut point compter pour soutenir les forces des gens bien portants ou des convalescents, à qui une nourriture solide est nécessaire.

Le docteur Christison dit qu’on semit surpris de la facilité avec laquelle certains malades peuvent prendre du bouillon ou du jus de viande fréquem-

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ent, lorsqu’ils refusent toute autre espèce de nourriture. Cela est surtout remarquable dans les fièvres gastrites, pendant lesquelles les malades ont pris presque exclusivement du jus de viandes ou de bouillon pendant des semaines ou même pendant des mois,* et cependant une pinte de bouillon contient à peine J oz. dissous dansî’éau.

Ce résultat est si frappant que le docteur Christison se demande quel est le mode d’action de cet aliment?—« Ce n’est pas simplement comme nourrissant ; une si petite quantité dü principe le plus nutritif ne peut réparer en aucune circonstance la déperdition journalière des organes et des tissus. Sans doute, dit-il, que le bouillon et lé jus appartiennent à une nouvelle catégorie dé remèdes ! »

On a observé qu’une petite quantité de bouillon, ajoutée aux autres aliments, augmente leur action nutritive au delà de la somme de parties hoürrissantes qu’il contient.

La raison pour laquelle la gelée de viandes ne nourrit pas et pour laquelle le bouillon nourrit les malades est une énigme dont nous n’avons pas encore le secret; mais cet exemple nous montre clairement que l’étude attentive des besoins du malade est la seule lumière qui nous indique le meilleur régime à suivre.

L’observation et non la chimie doit guider dans le choix de la nourriture des malades.

La chimie a jusqu’à présent fourni peu de lumières relativement au régime des malades; tout ce qu’elle peut nous dire, c’est la somme des éléments carbonifères ou nitrogènes qu’elle découvre dans diverses substances alimentaires. Elle nous en a donné la liste classée d’après leurs principes plus ou moins riches; mais c’est tout. Dans le plus grand nombre de cas, l’estomac du malade choisit lui-même d’après d’autres principes que la somme de carbone ou de nitrogène contenue dans les aliments. Alors, comme dans beaucoup d’autres circonstances, la nature est, sans aucun doute, guidée par des lois très-positives; mais nous ne les pouvons reconnaître que par les observations faites avec le plus grand soin au chevet du malade. C’est là qu’elle nous enseigne cette chimie vivante, cette chimie réparatrice, souvent bien différente de la chimie du laboratoire. La chimie organique est utile comme toutes les connaissances, quand nous sommes face à face avec la nature ; mais il n’en résulte pas qu’elle nous enseigne dans le laboratoire aucun des procédés réparateurs qui ont lieu durant la maladie.

Le pouvoir nutritif du lait et de ses diverses préparations a été trop méconnu; une demi-

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pinte de lait contient à peu près autant de substance nutritive qu’un quart delivre de viande; mais ce n’est pas la chose principale, à beaucoup près.

Ce qu’il importe de savoir, c’est ce que l’estomac du malade peut tirer de profit de ces deux substances et comment il se les assimile, et l’estomac du malade est seul juge de la question. La chimie ne peut nous l’apprendre ; l’estomac est son vrai laboratoire; le régime qui entretiendra la santé de l’homme sain tuera le malade. Uu morceau de ce hœuf, viande si succulente quifor- . tifie l’homme bien portant, devient la plus mauvaise de toutes les nourritures pour le malade dont l’estomac débilité ne peut s’en assimiler aucune portion, c’est-à-dire n’en peut tirer aucune nourriture. D’un autre côté, l’emploi exclusif du bouillon enlèverait toutes leurs forces à des hommes pleins de santé.

Pain de ménage.

J’ai vu des malades vivre, pendant plusieurs mois, sans pouvoir toucher de pain, parce qu’ils ne pouvaient supporter le pain de boulanger.

C’étaient, pour la plupart, des habitants de la campagne. Le pain de ménage ou le pain bis est un des aliments les plus importants du régime de beaucoup de malades ; le pain de seigle éga-

lement. On peut arriver, par son usage, à supprimer entièrement les purgatifs quotidiens.

Une attention sérieuse est à peine accordée au régime du malade.

Le devoir de ceux qui sont appelés à régler le régime du malade est donc d’épier les indications que donne son estomac, plutôt que de lire Le& analyses chimiques des aliments, la manière dont on le nourrit, étant pour lui d’aussi grande conséquence que l’air qu’il respire.

Le médecin qui voit le malade une fois par jour seulement, ou même une ou deux fois par semaine, peut à peine juger cettequestion s’il n’est pas aidé par le malade ou par les personnes qui le soignent constamment. A peine le médecin peutil juger si son patient est plus ou moins faible, plus ou moins fort à cette visite qu’à la précédente. En conséquence, je crois pouvoir assurer que le devoir le plus important de la garde, après qu’elle a veillé à ce que le malade soit dans un air pur, c’est d’observer les effets du régime alimentaire et d’en rendre compte au médecin.

Thé et café.

Les gens raisonnables ont dit beaucoup trop de mal de l’usage du thé, et les gens qui manquent de bon sens en laissent beaucoup trop prendre aux

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malades. Quand oii Yoit, en Angleterre, presque tous les ndalades demander à grands cris qu"on leur donne du thé, on ne peut s’empêcher de croire que la nature ne sait pas ce qu’elle fait. Cependant, un peu de thé ou de café restaure le malade, tout autant que s’il en prenait davantage, et la trop grande quantité diminue le travail de la digestion ; une garde qui voit qu’une ou deux tasses de thé ou de café ont restauré son malade s’imagine que trois ou quatre tasses lui feront deux fois plus de bien, et il en résulte un effet contraire, quoiqu’il soit néanmoins certain qu’on n’a encore rien découvert qui pût remplacer, pour un malade, en Angleterre du moins, sa tasse de thé, car il peut la prendre quand il ne peut pas prendre autre chose, et bien souvent, il ne peut rien prendre, s’il ne l’a pas prise ; je serais charmée si quelques-uns des détracteurs du thé voulaient bien m’indiquer ce que l’on peut donner à un malade anglais, après une nuit d’insomnie, à la place de sa tasse de thé ; si vous la lui donnez à cinq ou six heures du matin, il pourra s’endormir après, et regagner peut-être deux ou trois heures de sommeil sur les vingt-quatre.

En revanche, vous ne devez jamais donner aux malades de thé ou de café (ceci est une règle rigoureuse), après cinq heures de l’après-midi. L’insomnie, au commencement de la nuit, pfd-

vient généralement d^’excitation, et le thé et le café Faugmentent. L’insomnie qui continue jusque vers le matin provient souvent d’épuisement^ et le thé remonte les forces. Les seuls malades anglais que j’aie jamais vus refuser le thé étaient atteints de fièvre typhoïde, et le premier signe de leur retour à la santé était un ardent désir d’avoir du thé.

En général, ceux qui ont la langue sèche ou chargée préfèrent le thé au café, et refusent absolument le lait, si ce n’est avec le thé. Le café restaure mieux que le thé, mais il est d’une digestion plus difficile; c’est au goût du malade à décider. Vous direz que lorsque la soif est extrême, le malade désire ardemment boire une grande quantité de thé, et que vous ne pouvez l’en empêcher; mais, dans ces cas, soyez sûrs que si le malade désire seulement étancher sa soif, il désire une grande quantité non pas seulement de thé, mais d’une boisson quelconque. C’est au médecin à décider C-lle qu’ilfaut donner : l’eau d’orge, la limonade ou l’eau de Seltz coupée avec du lait, selon l’état du malade.

On conseille aux personnes qui éprouvent de grandes défaillances, provenant ou de la nature de leur travail, ou de l’état de leur santé qui les rend incapables de fatigue, de manger un morceau de pain avant de sortir. Je voudrais que ceux

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qui font cette recommandation essayassent de substituer à leur tasse de thé, de café ou de bouillon, un morceau de pain ; ils le trouveraient très-peu restaurant. Lorsque des soldats sont appelés à remplir à jeun un devoir fatigant, lorsque des gardes doivent venir à jeun soigner leurs malades, c’est une boisson chaude qu'il leur faut, avant de sortir, et non un froid morceau de pain. La négligence de celte règle a eu de terribles conséquences; qu’ils prennent donc un morceau de pain avec leur tasse de thé bien chaud, mais non pour remplacer leur lasse de thé.

Le fait que le pain contient plus de nourriture que la plupart des autres substances est probablement ce qui a induit en erreur; et nul doute que l’erreur n’ait été souvent fatale.

Il semble, quoique nous sachions fort peu de chose sur ce sujet, que les substances que le corps humain « s’assimile « avec le moins d’efforts de digestion sont celles qui lui conviennent le mieux, dans les circonstances dont nous venons de parler. Or, le pain exige deux ou trois procédés d’assimilation, avant de faire partie du corps humain.

Le témoignage presque universel, en Angleterre, des hommes et des femmes qui ont supporté de grandes fatigues, comme de faire un long voyage à cheval sans interruption, d’avoir veillé

plusieurs nuits de suite, c’est que rien n"a soutenu leurs forces aussi bien qu’une tasse de thé, pas davantage.

Que Texpérience et non la théorie décide en ceci, aussi bien que dans toute autre chose.

Lehmann, cité par le docteur Christison, dit que pour les gens bien portants et actifs, une légère infusion de café noir prise journellement diminue la déperdition que le corps éprouve dans les vingt-quatre heures ; et le docteur Christison ajoute que le thé a la même propriété. Cette assertion est fondée sur l’expériencé. Lehmann pèse rhomme et constate le fait d’après son poids; ce n’est pas une déduction tirée d’aucune analyse des aliments. Toutes les expériences faites sur les malades prouvent la même chose.

Il est absolument nécessaire, quand vous préparez le café pour les malades, de l’acheter en grain et de le moudre à la maison ; autrement vous pouvez compter qu’il contiendra une certaine portion de chicorée, si ce n’est de quelque autre substance. Il n’est pas question ici d’examiner le goût ou les propriétés de la chicorée, il s’agit seulement de dire que la chicorée n’a pas des propriétés pour lesquelles vous donnez le café ; en conséquence, vous pouvez vous dispenser de donner du café de chicorée.

Toutes les maîtresses blanchisseuses, les fer-

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mières, les femmes à la tête d’une exploitation (je parle seulement de la bonne vieille espèce de femmes qui unit à un labeur manuel très-rude la capacité nécessaire pour régler le travail de chaque jour, de façon que chacun y trouve exactement sa place), ces excellentes femmes mettent une grande importance à avoir le thé le meilleur, Je l’ai remarqué, et le plus cher; on les trouve en cela extravagantes; mais ces femmes ne sont pas extravagantes pour d’autres dépense^, et, pour celle-ci, elles ont raison. Une feuille de véritable thé contient la vertu réparatrice dont elles ont besoin, et qui ne se trouve pas dans le thé de feuilles de prunier sauvage.

Lesmaîtresses de maison, qui ne peuvent, même une fois par jour, faire la visite de leur maison, sont incapables de porter un jugement sur ces femmes laborieuses; car elles sont, selon toute apparence, incapables elles-mêmes de l’esprit d’administration nécessaire pour le gouvernement d’une vaste buanderie ou d’une grande ferme.

• Cacao.

Le cacao est souvent recommandé aux malades à la place du thé et du café; mais, indépendamment du peu de goût que les Anglais ont, en général, pour le cacao, ses effets sont tout à fait différents de ceux du thé ou du café, C’est une

amande oléagineuse, qui n’a point de propriété fortifiante, mais seulement celle d’engraisser. C’est donc une pure moquerie de le donner aux malades, comme remplaçant le thé; pour ce qu’il contient de stimulant et de réparateur, vous pourriez aussi bien leur offrir des châtaignes au lieu de thé.

Volume de la nourriture.

Une erreur presque universellement répandue parmi les gardes-malades est relative au volume de la nourriture, et spécialement de la boisson qu’elles font prendre aux malades. Supposé qu’on ait ordonné à un malade quatre oz. d’eau-de-vie pendant la journée, comment pourra-t-il les prendre, si vous les étendez dans quatre pintes d’eau? Il en est de même du thé, du bouillon, de l’arrow-root, du lait, etc. Vous n’avez pas accru la nourriture, vous n’avez pas accru la puissance réparatrice de ces substances, en augmentant leur volume; vous les avez très-probablement diminuées, produisant pour le malade une digestion plus laborieuse; et, plus vraisemblablement encore, il laissera la moitié de ce qu’il lui a été ordonné de prendre, parce qu’il ne peut pas avaler la quantité sous laquelle il vous a plu de l’étendre. 11 faut, pour déterminer ce qui ne sera pas trop fort ou trop épais, et en même temps, pour ne pas trop augmenter le vo-

QUELLE SORTE DE NOURRITURE. 145 lume que le malade sera capable d’avaler, une observation très-délicate et un soin tout particulier qui se rencontrent rarement.

CHAPITEE Vlll

UT ET LITERIE

État fébrile provenant du coucher.

Quelques mots seulement sur les lits et la literie, principalement en ce qui regarde les malades qui sont entièrement ou presque entièrement retenus au lit.

On suppose généralement qu’un sentiment fébrile est un symptôme de fièvre; mais, dans neuf cas sur dix, ce malaise n’est que le symptôme d’un lit mal entretenu.

Le malade a absorbé de nouveau, dans tout son corps, les émanations qui, durant des jours et des semaines, ont saturé son coucher non aéré. Examinez le lit dans lequel un malade est ordinairement couché.

LIT ET LITERIE

Insalubrité du coucber ordinaire.

Si je cherchais un exemple de ce qu’il ne faut pas faire, je choisirais, comme spécimen d’un lit ordinaire dans les maisons parliculières : une couchette en bois, deux oümême trois matelas empilés à la hauteur d’une table, une draperie attachée au ciel de lit; il n’y a qu’un miracle qui puisse jamais sécher ou aérer un tel coucher. Le malade est inévitablement placé dans l’alternative d’une humidité froide, après que son lit est fait, ou d’une humidité chaude auparavant, également saturée de matières organiques, jusqu’au moment où les matelas seront cardés de nouveau, si ce moment arrive jamais.

Pour la même raison, si, après avoir lavé le malade, vous lui remettez les mêmes vêtements de nuit, faites-les toujours auparavant passer devant le feu; ils ont contracté sur lui une certaine humidité, et se sont refroidis durant les quelques minutes qu’il les a quittés; le feu est donc nécessaire pour les sécher et les assainir. Cette précaution est beaucoup plus nécessaire que pour le linge blanc.

Aérez vos draps sales aussi bien que vos draps propres.

Pour un adulte en pleine santé, il se fait, dans les vingt-quatre heures, par les poumons et par la

peau, une évaporation de trois pintes au moins d’exhalaisons mêlées de matières organiques, prêtes à entrer en putréfaction. Dans la maladie, cette quantité est souvent fort augmentée; la qualité en est toujours beaucoup plus mauvaise. Demandez-vous, maintenant, où vont toutes ces émanations? Elles vont, sans doute, en partie dans le lit, puisqu’elles ne peuvent guère aller ailleurs. Elles y séjournent, puisque, sauf peut-être le changement des draps une fois par semaine, le coucher n’est aéré d’aucune autre manière. La garde sera soigneuse, jusqu’à l’excès, pour sécher le linge blanc; mais il ne lui viendra jamais à l’esprit de sécher des draps imprégnés d’une humidité malsaine. Des exhalaisons encore plus dangereuses s’échappent des vases, qu’on place provisoirement du moins, sous le lit; cet espace n’est jamais assez aéré, et ne peut l’être avec nos arrangements. Le lit, ainsi saturé, ne sert-il pas de conducteur pour introduire de nouveau, dans les organes du malheureux malade, les principes de corruption que la nature avait chargé la maladie elle-même d’expulser?

Le cœur me manque, lorsque j’entends les bonnes ménagères de toutes les classes dire : « Je vous assure qu’on a bien dormi dans ce lit; » on voudrait espérer que cela n’est pas vrai. Quoi! ce lit est déjà saturé des émanations d’un autre corps,

UT ET LITERIE. 149

avant que mon malade y vienne exhaler les siennes! N’y a-t-il pas une seule chance qu’il ait été aéré et renouvelé? Non, pas une seule : on y a bien dormi toutes les nuits l

Les lits de fer, les matelas à ressort sont plus sains (jue les autres.—Confort et propreté de deux lits.

La seule manière de bien soigner un véritable malade est d’avoir un lit de fer avec un sommier à ressort, qui laisse pénétrer l’air jusqu’au matelas supérieur: point de rideaux à draperies, par conséquent; le matelas doit être de crin et assez mince : le lit ne doit pas avoir plus de trois pieds et demi de largeur. Si le malade est entièrement retenu au lit, il faut avoir deux lits semblables ; chacun d’eux, pourvu de matelas, draps, couvertures, etc. Le malade passera douze heures dans chacun de ces lits, sans que vous déplaciez ses draps en même temps que lui ; le coucher tout entier doit être exposé à l’air, pendant chaque intervalle des douze heures. Sans doute, il y a beaucoup d’occasions où cette règle ne peut être suivie, plus encore où l’on peut seulementla suivre de loin. J’indique, l’idéal des soins consacrés aux malades; quant au coucher, nul doute qu’il faille préférer les deux lits à un seul.

Que les lits ne soient pas trop larges.

Il y a un préjugé en faveur des lits très-larges; mais je crois que ce n^est qu’un préjugé. Le soulagement que peut éprouver un malade, en pasr sant d’un coté de son lit à l’autre lui est bien plus efficacement assuré en le mettant dans un autre lit, et un malade qui est réellement très-mal ne change pas beaucoup de place dans son lit. Mais, dit-on, il n’y a pas de place pour mettre un plateau sur un lit étroit; une bonne garde ne placera jamais un plateau sur un lit, quel qu’il soit. Si le malade est en état de se retourner dans son lit, il mangera beaucoup plus commodément sur une table, placée à côté de lui. Sous aucun prétexte, le lit ne doit être plus élevé qu’un sofa, autrement le malade se sent hors de tout secours humain ; il ne peut rien prendre, il ne peut rien déplacer par lui-même. Si le malade ne peut se retourner, on peut mettre une sorte de table sur son lit.

Il est superflu de dire que le lit d’un malade ne doit jamais être appuyé contre le mur; la garde doit pouvoir aller facilement aux deux côtés du lit, et atteindre sans peine toutes les parties du corps du malade, sans étendre les bras; chose impossible si le lit est trop large ou trop élevé.

LIT ET LITERIE

Que le lit ne soit pas trop élevé.

Quand je vois un malade dans une chambre de neuf ou dix pieds de haut, sur un lit qui en a quatre ou cinq, sa tête, lorsqu’il est sur son séant, n’étant plus qu’à deux ou trois pieds du plafond, je me demande si cet arrangement n’a pas été calculé pour produire cette angoisse si particulière aux malades, qui sentent les murs et le plafond se resserrer autour d’eux, et les presser comme des sandwichs entre le sol et le plafond, cette sensation imaginaire n’étant réellement pas si loin de la vérité. Si, par-dessus le marché, la fenêtre n’atteint pas jusqu’au plafond, la tête du malade est littéralement, même quand la fenêtre est ouverte, élevée au-dessus de la couche d’air pur. La perversité humaine peut-elle aller plus loin qu’en s’opposant aux chances de guérison ? Le; fait est que la tête du malade ou de toute personne qui dort dans la chambre à coucher ne doit jamais dépasser le niveau de l’ouverture de la cheminée, afin de rester dans le courant d’air le plus pur; car nous ne voulons pas admettre comme une chose possible que ce courant d’air soit intercepté par un devant de cheminée.

Si le lit est plus élevé qu’un sofa, le surcroît de fatigue pour y entrer et en sortir épuisera les forces du malade, qui dépensera à cet exercice ce

qu’il aurait employé à une promenade de quelques minutes, soit en plein air, soit dans une autre chambre. Il est étrange que les personnes appelées à entrer et à sortir de leur lit une fois seulement dans les vingt-quatre heures oublient que ce même effort est répété bien plus souvent par les malades qui restent couchés pendant les vingtquatre heures.

Que les lits ne soient pas dans un endroit obscur.

Le lit d’un malade doit toujours être placé dans la partie la plus éclairée de la chambre, et il faut qu’il puisse voir par la fenêtre.

N’ayez point de lits à colonnes avec des rideaux.

J’ai à peine besoin de dire que les lits à quatre colonnes avec des rideaux doivent être complètement proscrits, soit pour les malades, soit pour les gens bien portants. Les lits d’hôpital sont, sous beaucoup de rapports, moins défectueux que ceux des maisons particulières.

Maladies scrofuleuses résultant fréquemment des vapeurs

dont les draps et les vêtements de nuit sont imprégnés.

Il y a lieu de croire que, parmi les enfants, un aèsez grand nombre des cas de maladies scrofuleuses dont on ignore la cause provient de leur habitude de dormir en mettant la tête sous la

LIT ET LITERIE

couverture, et d’aspirer ainsi un air déjà respiré et, de plus, chargé des émanations de la peau. Les malades ont souvent la même habitude, et il arrive encore que les draps et les couvertures sont disposés de façon qu’ils doivent nécessairement respirer un air plus ou moins vicié. Une bonne garde doit porter toute son attention sur ce point. Cela fait partie, pour ainsi parler, des conditions d’une bonne ventilation.

Les malades atteints de consomption mettent souvent leur tête sous le drap, pour suspendre un paroxysme de toux causé par le changement de température dans notre atmosphère si variable. De tous les endroits où ils pourraient respirer un air plus chaud, le pire est assurément celui où ils respirent l’air qui vient de leur propre corps; et si les garde-malades encouragent cette pratique, nous ne devons pas nous étonner du déclin rapide de quelques malades atteints de la consomption.

Un mouchoir de soie pUé en] plusieurs doubles légèrement posé sur la bouche, un appareil respiratoire, des fumigations pectorales, ou simplement la vapeur d’un bassin d’eau bouillante, soulageront le paroxysme de toux sans aucun danger; mais les fumigations doivent être soigneusesement préparées pour ne pas exposer le malade à conserver sur lui de l’humidité.

Des écorcRures.

Il ne sera pas inutile de faire observer que toutes les fois qu'il y quelque danger que la peau soit écorchée, on ne doit jamais placer une couverture sous le malade. Elle conserve Thumidité et fait l’effet d’une sorte de cataplasme.

Couvertures pesantes et courtes-pointes piquées.

Ne vous servez jamais que de couvertures de laine légères pour recouvrir le malade. Les lourdes couvertures de coton piquées sont malsaines, par la raison qu’elles conservent les émanations de la personne malade, tandis que la couverture de laine légère les laisse évaporer. Les malades affaiblis éprouvent toujours de l’angoisse par le poids des couvertures, qui suffit souvent pour les priver de sommeil.

Les gardes s’imaginent souvent que la personne du malade a seule droit à tous les soins, et que sa chambre ne les regarde pas.

Je disais une fois à une très-bonne garde que la façon dont la chambre de son malade était disposée suffisait pour expliquer ses insomnies, et elle me répondit de très-bonne grâce qu’elle n’en était pas du tout surprise, absolument comme si l’état de la chambre était, aussi bien que l’état de l’at-

LIT ET LITERIE

mosphère, hors de son pouvoir. Je demande si cette femme méritait le nom de garde-malade?

Une vraie garde doit toujours faire ellermême le lit de son malade et ne pas laisser ce soin à la servante. Dans les hôpitaux bien administrés, la surveillante en chef de la salle, ou la sœur, fait toujours elle-même le lit des plus malades et elle est toujours la plus habile à cet emploi. Si voiB réfléchissez à l’importance du sommeil pour les malades, à la nécessité d’un lit bien fait pour leur procurer ce sommeil, vous ne confierez à personne cette partie essentielle de vos fonctions.

Mais une garde négligente double les couvertures sur la poitrine du malade, au lieu d’en alléger le poids sur cette partie du corps ; elle met sous lui une couverture épaisse et chaude; elle ne retourne pas les matelas chaque jour et complètement, et le malade préférerait que son ht fût fait par tout autre que par elle.

Des oreillers. .

Un mot sur les oreillers. Tous les malades affaissés, quelle que soit leur maladie, souffrent plus ou moins de la difficulté de respirer. Le soin de la garde, en arrangeant les oreillers, doit être de diminuer le poids du corps qui augmente l’oppression; mais comment s’y prend-elle? qu’en résulte-t-il? Elle empile les oreillers les uns sur

les autres comme un mur de briques; la tête est abaissée sur la poitrine, et les épaules sont ramenées en avant de façon à ne pas laisser assez de place pour le jeu des poumons. Les oreillers, par le fait, pèsent sur le malade et non pas le malade sur les oreillers. 11 est impossible de donner ici une règle générale, parce qu’elle doit varier selon l’état et la taille du malade ; mais le but des oreillers est de soutenir le dos au-dessous des organes de la respiration, de laisser aux épaules assez de place pour s’effacer en arrière, et de soutenir la tête sans la pousser en avant. Les souffrances des mourants sont immensément accrues parla négligence des gardes sur tous ces points. Plus d’un malade trop faible pour déplacer lui-même ses oreillers, glisse son livre ou tout autre objet à sa portée au bas de ses reins pour se soutenir. Les malades d’une grande taille souffrent beaucoup plus que les petits, à cause de l’étirement des membres; et c’est toujours un soulagement pour eux que d’avoir quelque chose pour appuyer leurs pieds.

Fauteuils des malades.

Je dois ajouter que les principes que je viens d’exposer pour procurer du soulagement aux malades qui sont au lit s’appliquent également à ceux qui sont levés. Je n’ai presque jamais vu un faq-

LIT ET LITERIE

teuil de malade qui ne fût construit précisément au rebours de ce qu"il de’vait être ; c’est-à-dire en augmentant l’allongement des membres sur le tronc, et en faisant trop porter le poids du corps sur l’axe de l’épine dorsale, empêchant ainsi le jeu des poumons. Un fauteuil ordinaire bas, bien rembourré, avec des oreillers et un tabouret, est généralement beaucoup plus convenable qu’aucun de ceux inventés pour les malades. L’idée seule de s’asseoir dans une de ces machines contrarie un malade; elles sont toutes trop élevées, trop profondes , et ne soutiennent pas les jambes et les pieds de manière à élever les genoux, ce qui repose généralement les malades qüand ils sont assis. Il est essentiel de soutenir le corps du malade sur tous les points ; c’est ce que ne font point les chaises préparées pour les malades, et quand il y est établi, il ne peut plus s’en tirer. ■

LA LUIVriÈRE

La lumière du jour est aussi nécessaire paur la guérison que pour la santé.

Le résultat incontestable de mon expérience des malades, c’est que la lumière du jour leur est presque aussi nécessaire que le besoin d’un air pur; qu’une chambre obscure leur est presque aussi nuisible qu’une chambre renfermée, et que ce n’est pas seulement le jour qu’il leur faut, mais encore les rayons directs du soleil. Il serait mieux, d’après l’exposition des différentes chambres de l’appartement, de transporter successivement un malade dans toutes celles où le soleil luit, plutôt que de le laisser languir dans une pièce d’où il aura disparu. On croit généralement que le soleil n’a d’effet que sur le moral ; il n’en est rien. Le soleil n’est pas seulement un peintre, mais un

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