PROPRETÉ DES CHAMBRES ET DES MURS
Propreté du tapis et des meubles.
Il semble presque inutile de dire à une garde qu^’elle doit être propre, ou qu’elle doit tenir son malade proprement, puisque le premier devoir, en soignant les malades, est de conserver la propreté. Aucune ventilation ne peut purifier l’air d’un hôpital ou d’une chambre où la plus scrupuleuse propreté n’est pas maintenue. A moins que le vent ne souffle à travers les fenêtres, à raison de vingt milles à l’heure, les tapis pleins de poussière, les boiseries sales, les rideaux et les meubles mal entretenus produiront infailliblement une odeur de renfermé.
J’ai vécu dans une maison de Londres vaste et richement meublée, où j’étais la seule habitante
PROPRETÉ DES CHAMBRES ET DES MURS. 165 de deux grandes chambres qui réunissaient tous les inconvénients dont j’ai parlé plus haut; quoiqu’elles eussent deux fenêtres vis-à-vis Tune de l’autre, aucun courant d’air ne pouvait chasser l’odeur de renfermé^ mais les tapis et les rideaux en ayant été retirés, l’air devint à l’instant aussi pur qu’on pouvait le souhaiter. Il est absurde de dire qu’à Londres on ne peut tenir une chambre proprement. Beaucoup de nos hôpitaux sont une preuve du contraire.
De nos jours on ne sait pas enlever la poussière.
Il est impossible, par le mode actuel de nettoyage, de se débarrasser ou d’enlever la moindre parcelle de poussière. Ce que maintenant l’on appelle épousseter consiste à renvoyer la poussière d’un coin de la chambre dans l’autre, en laissant les portes et les fenêtres fermées. A quoi cela sert-il? Tous feriez beaucoup mieux de laisser la poussière où elle est, si vous ne devez l’enlever tout à fait ; car dès l’instant qu’une chambre commence à être une chambre, jusqu’au moment où elle cesse d’en être une, aucun atome de poussière n’a jamais abandonné son domaine. De nos jours, nettoyer un appartement veut dire ôter un objet de la place qu’il tenait propre en l’occupant pour le mettre dans un autre endroit moins propre.
Comment une chambre est époussetée.
Si vous voulez préserver votre ameublement en couvrant vos chaises et vos canapés poudreux avec vos vêtements propres, c’est certainement un moyen. Ayant observé, depuis nombre d’années et avec un étonnement toujours croissant, le service du matin que Ton appelle/■aîre^oppar^emeî^^, je puis le décrire ici. Il y a une foule de choses qui ont passé la nuit sur les tables, les chaises et les canapés, et qui les ont par conséquent mis à l’abri des parcelles de fumée et de poussière. Ces mêmes malheureusesc/toses sont enlevées pourêlre replacées sur d’autres meubles couverts de poussière et de noir. La servante alors frappe tous les objets ou seulement ceux qui sont tout à fait à sa portée avec ce que l’on nomme un plumeau; la poussière voltige, puis retombe plus également répartie qu’elle n’était avant cette opération, et on appelle cela une chambre faite. Épousseter pour nettoyer n’est admissible que lorsqu’il s’agit de tableaux ou de tentures de papier. Le meilleur moyen que je connaisse pour ôler la poussière (fléau de tous les amateurs d’air pur) est d’essuyer tout avec un linge humide, et les meubles devraient être faits de manière à pouvoir être essuyés ainsi, sans être détériorés, et vernis de façon à pouvoir être humectés sans préjudice pour les autres. ÉpouS'
PROPRETÉ DES CHAMBRES ET DES MURS. 167 seter, comme on le pratique aujourd’hui, signifie seulement répartir la poussière plus également dans une chambre.
Planchers et parquets.
Quant aux planchers, le seul qui, à ma connaissance, soit réellement propre, c’est le parquet Terni de Berlin, frotté chaque matin avec un linge humide, puis frotté à sec pour en ôter la poussière. Le parquet est toujours plus ou moins poudreux, quoique infiniment supérieur en propreté et en salubrité à nos planchers absorbants.
Pour une chambre de malade, rien ne peut être plus mal imaginé qu’un tapis. Pourtant, si tous tenez absolument à en aToir un, le seul expédient qui TOUS reste, c’est de le faire battre deux ou trois fois par an au lieu d’une. Un tapis sale infecte littéralement une pièce, et si tous considérez l’énorme quantité de molécules organiques apportée et déposée par les pieds sur le tapis qui s’en trouTe saturé, tous ne serez pas étonné de ce que j’aTance.
Lavage des planchers.
Le laTage des planchers, dans les chambres de malade, peut souleTer beaucoup d’objections. Il est certain que, dans toutes les salles d’école ou d’hôpital fort habitées, on distingue très-bien, tan-
dis que l’on récure le plancher, une odeur entièrement différente de celle de l’eau de savon; elle provient des émanations des molécules organiques dont le plancher a été saturé par les pieds et l’haleine des habitants.
C’est là une des causes des cas d’érésypèle dans les hôpitaux.
La boue sèche est comparativement saine; humide, elle devient dangereuse.
Dans les climats secs, les villes où la propreté n’est jamais entretenue ont vu arriver la peste en même temps que l’eau pour nettoyer.
Les médecins ont défendu de récurer les planchers dans les hôpitaux, et les infirmières ont choisi, pour cet ouvrage, afin de ne pas être grondées, les premiers instants de la matinée.
Qu’y aurait-il à faire?
On devrait toujours demander au médecin s’il permet que le plancher soit lavé et à quelle heure. Si le malade ne peut sortir de son lit, le mieux sera probablement de laver le plancher pendant le temps où il peut être transporté dans une autre chambre, afin que la sienne soit, avant son retour, séchée par le feu et par les fenêtres ouvertes. Il est donc nécessaire de choisir un jour sec et non pluvieux.
Dans une chambre particulière, où il n’y a pas le même va-et-vient que dans une salle d’hôpital.
PROPRETÉ DES CHAMBRES ET DES MURS. 159 on a même entretenu une propreté parfaite, en n’essuyant le plancher qu’avec un linge humide, et en le séchant ensuite avec une brosse à frotter.
Tous les meubles étaient essuyés de la même manière, avec un linge trempé dans l’eau chaude, et tordu ensuite, pour en exprimer Teau ; la poussière était ainsi parfaitement enlevée de la chambre.
C’est ce que j’ai vu pratiquer à la suite d’une opération.
Dans plus d’un, hôpital, le même but a été atteint, en donnant un coup de rabot aux planchers qu’on imprégnait ensuite d’huile de lin siccative, et qu’on recouvrait seulement pour la bonne apparence, d’un encaustique de cire etde térébenthine.
Ces planchers étaient entretenus avec une brosse entourée d’un linge; la moindre tache était immédiatement lavée avec du savon et de l’eau, et la place promptement essuyée.
J’espère que le jour viendra où l’on renoncera pour toujours en Angleterre, soit dans les salles d’école, dans les maisons de fous, dans les hôpitaux et dans les maisons particulières aux planchers de bois blanc, c’est-à-dire aux planchers absorbants.
Murs tendus, badigeonnés et peints à l’buile.
Quant aux murs, les plus malsains sont ceux
que l’on tapisse de papier. Ensuite viennent les murs badigeonnés; mais ceux-là peuvent être souvent nettoyés au moyen de fréquents lavages' à l’eau de chaux. Les papiers de tenture demandent à être fréquemment renouvelés; s’ils sont glacés, il y a beaucoup moins d’inconvénients, mais ceux des chambres à coucher sont ordinairement U contraire de ce qu’iis devraient être.
Différence d’air dans une eliambre peinte ou dans une chambre tendue.
J’ai la certitude qu’une personne qui a étudié les qualités de l’air, sa pureté ou son insalubrité pour les malades ou les enfants, pourrait dire les yeux fermés, par la seule différence de l’air qu’elle respire, si elle est dans une chambre entièrement peinte à l’huile, ou dans une chambre tendue de vieux papier, toutes les autres conditions restant d’ailleurs les mêmes. La dernière sent toujours le renfermé, même avec toutes les fenêtres ouvertes.
Le rapport incontestable qu’il y a entre la ventilation et la propreté est démontré par ce fait : un papier de couleur claire se conserve propre, s’il y a dans la cheminée un ventilateur Arnott, beaucoup plus longtemps que s’il n’y en a pas.
Les murs peints à l’huile sont les plus sains,
PROPRÉTÉ DES CHAMBRES ET DES MURS 161 parce que vous pouvez, en les lavant, en ôter les miasmes animaux, qui donnent à la chambre une odeur de renfermé.
Comment on conserve les murs propres aux dépens de ses vêtements.
Si vous voulez nettoyer vos portes et vos murs sales avec une robe propre ou un châle accrochés à un portemanteau, c’est un bon moyen assuré-: ment, le plus généralement adopté, et j’ose dire, presque le seul que Ton emploie pour nettoyer les portes et les murs d’une chambre à coucher !
La meilleure manière de revêtir le mur d’une oEambre de malade.
La meilleure manière de revêtir le mur d’une chambre à coucher de malade ou une salle d’hôpital consiste dans des plaques de faïence ou des tuiles vernies, si l’on en peut trouver d’assez min-: ces. L’air peut être corrompu aussi bien que l’eau. Si vous soufflez dans l’eau, vous la souillez avec votre haleine. Il en est de même pour l’air qui est toujours impur dans une chambre dont les murs et les tapis sont imprégnés d’exhalaisons animales.
Le défaut de salubrité, dont vous devez garantir les chambres particulières ou les salles d’hôpital que vous surveillez, peut venir de trois causes :
Le mauvais air du dehors.
1° L’air vicié venant du dehors, corrompu par les émanations des égouts, par les exhalaisons des rues malpropres, la fumée, les atomes de combustible non brûlé, les brins de paille, les détritus de fumier de cheval.
Meilleurs revêtements des murs extérieurs d’une maison.
Si les propriétaires voulaient seulement revêtir de tuiles vernissées ou non l’extérieur des maisons, quelle immense amélioration il en résulterait, non-seulement pour la clarté, la propreté, la sécheresse, la chaleur, mais encore pour Téconomie. Le jeu d’une pompe à feu suffirait pour laver, en quelques moments, le dehors de la maison.
Cette sorte de revêtement vaudrait l’amélioration qu’a apportée le pavage à l’assainissement des villes.
Le mauvais air de l’intérieur.
2“ Le mauvais air de l’intérieur, vicié par la poussière que vous déplacez souvent, mais que vous n’enlevez jamais. — Et ceci devrait être une condition sine qua non.-Ayez dans votre chambre ou dans votre salle d’hôpital aussi peu de corniches que possible, et jamais, sous aucun prétexte, une corniche que la vue ne puisse atteindre. La
PROPRETÉ DES CHAMBRES ET DES MURS. 1&3 poussière s’y accumule et ne peut y être essuyée ; c’est une cause certaine de l’impureté de l’air Second point : les exhalaisons des individus, qui sont dans la chambre, se concentrent dans votre ameublement. Si vous ne nettoyez jamais à fond vos meubles, comment espérez-vous que vos chambres et vos salles d’hôpital n’auront pas une odeur nauséabonde? Vous aurez beau les aérer, elles ne seront jamais saines. Puis, il y a ce qu’on nomme la dégradation, venant de tous les objets qui ne sont pas polis ou vernis. Par exemple, pour la coloration de certains papiers verts, on se sert d’arsenic. On a découvert de l’arsenic jusque dans la poussière déposées dans les chambres tapissées de cette sorte de papiers. Vous voyez donc que votre poussière n’est rien moins qu’innocente, et cependant vous la laisserez séjourner sur les corniches, durant des mois entiers, et pour toujours dans l’appartement;
En outre, le feu remplit la chambre de poussière de charbon.
Mauvais air venant du tapis.
3° Le mauvais air qui émane du tapis. Par-dessus tout, prenez bien garde que les molécules animales apportées par les pieds des visiteurs ne restent dans vos tapis. Les parquets, à moins que le bois ne soit d’un grain très-serré et bien
jtoli, sont tout aussi mauvais. L^odeur qui s’échappe d’une salle d’école ou d’une salle d’hôpital, quand l’humidité en fait sortir les miasmes animaux dont le plancher est imprégné, doit suffisamment nous avertir du danger qu’il recèle.
Remèdes.
L’air extérieur ne peut conserver sa pureté que par des améliorations sanitaires; par exemple, par des fumivores. Cette seule mesure produirait une économie de savon incalculahle.
L’air intérieur ne peut conserver sa pureté salutaire que par une attention extrême à prendre tous les soins que nous avons recommandés plus haut, pour préserver les murs, les tapis, les meubles, les corniches, des matières organiques et de la poussière.
Sans la propreté, on ne peut profiter des bons effets de la ventilation, et sans la ventilation, on ne peut avoir une propreté complète.
Peu de personnes, quelle que soit la classe à laquelle elles appartiennent, ont l’idée de l’excessive propreté qui doit régner dans une chambre de malade. Car la plupart des choses que j’ai dites s’appliquent moins à un hôpilal qu’à une chambre de malade; la cheminée qui fume, la malpropreté des meubles, Igs vases nettoyés une seule fois par jour, causent l’insalubrité de l’air