DE LA PROPRETÉ PERSONNELLE
Empoisonnement par la peau.
Dans presque toutes les maladies, les fonctions de la peau sont plus ou moins en désordre, et dans beaucoup de maladies graves, la nature se répare presque entièrement par la peau, surtout chez les enfants. Mais les excrétions qui viennent de la peau y séjournent, si elles ne sont enlevées, en se lavant, ou par les vêtements. Toute garde-malade devrait avoir ce fait constamment présent à Tesprit, car si elle permet à son malade de ne pas se laver ou de garder ses habits imprégnés de sueur ou de quelque autre excrétion, elle contrarie, d"une manière dangereuse les progrès naturels de la guérison, absolument comme si elle faisait prendre au malade une dose de poison lent. L’empoisonnement par la peau est tout aussi certain
DE LA PROPRETÉ PERSON-XELLE. 167 que rempoisonnemenl par la bouche, seulement il est un peu plus lent.
La ventilation et la propreté de la peau sont également nécessaires.
La somme de soulagement et de bien-être éprouvée par le malade, quand il a été soigneusement lavé et essuyé, est une des observations les plus fréquentes qu’on puisse faire en le soignant. Mais on ne doit pas oublier que ce soulagement et ce bien-être ne sont pas le seul résultat obtenu. Ils sont réellement le signe certain que les forces vitales sont dégagées de ce qui les entravait. La garde, par conséquent, ne doit jamais retarder les soins de propreté donnés à son malade, sous le prétexte que tout ce qu’il en retirera, c’est seulement un peu de soulagement, ce qui peut parfaitement être remis à un autre moment.
Dans tout hôpital bien tenu, on doit être fort attentif à la propreté, et généralement c’est ce qui a lieu. Mais elle est plus négligée chez les malades qu’on soigne à domicile.
Autant il est nécessaire de renouveler l’air que respire un malade, afin d’éloigner de lui, par une ventilation continuelle, lés exhalaisons morbides de la peau et des poumons, autant il est nécessaire de dégager les pores de toutes les excrétions qui peuvent les obstruer. Le but de la ventilation
et de la propreté est à peu près le même ; c’est d’enlever, aussitôt que possible, toutesles matières nuisibles au corps.
Il faut avoir grand soin, durant les diverses opérations qui consistent à éponger, laver ou nettoyer la peau, de ne pas le faire sur une trop grande surface à la fois, ce qui pourrait arrêter la transpiration et remplacer un mal par un autre.
Les différentes manières de laver un malade ne peuvent pas être détaillées ici ; c’est au médecin à indiquer la méthode qui doit être suivie.
Dans quelques cas de diarrhée, de dyssenterie, etc., où la peau est sèche et dure, le soulagement apporté par un grand lavage au savon adoucissant est immense. Dans d’autres cas, on recommande de laver d’abord à l’eau tiède et d’essuyer avec une serviette chaude.
Les gardes-malades doivent avoir soin de laver souvent leurs mains pendant la journée. Si elles veulent bien aussi laver leur visage, ce n’en sera que mieux.
Action de la vapeur et du frottement.
Un mot sur la propreté en tant que propreté.
Comparez la saleté de l’eau avec laquelle vous vous êtes lavé : froide et sans savon, froide avec du savon, chaude avec du savon. Vous verrez que la
DE LA PROPRETÉ PERSONNELLE. 160 première a enievé à peine quelques malpropretés, que la seconde en a ôté un peu plus, et la troisième bien davantage. Mais mettez Totre main sur un bol d’eau chaude, pendant une ou deux minutes, et alors frottez-la avec le doigt, vous enlèverez de la saleté ou de petites pellicules sales. Après un bain de vapeur, vous pouvez vous frotter de manière à détacher ces pellicules de toutes les parties de votre corps. Je soutiens donc que se laver ou s’éponger seulement ne suffit pas pour bien se nettoyer la peau. Prenez une serviette rude; trempez-en le coin dans de l’eaü très-chaude (l’effet sera plus certain en y ajoutant quelques gouttes d’alcool), et alors, frottez avec votre doigt, comme si vous vouliez faire pénétrer la serviette dans la peau. Les pellicules noires qui en sortiront, seront une preuve que, jusque-là. Vous n’étiez pas propre, malgré la quantité d’eau et de savon dont vous vous étiez servi. Ces pellicules sont ce qu’il faut enlever. Et vous pouvez, assurément, vous maintenir plus propre avec un verre d’eau chaude et une serviette rude, qu’avec tout l’attirail d’un bain, le savon, les éponges, si vous ne vous frottez pas. Des malades, même pendant un long voyage, ont été tenus aussi proprement, par ce simple procédé, quand on ne pouvait les changer délit, et qu’on ne pouvait se procurer une grande quantité d’eau dans une cuvette, que s’ils avaient eu
à leur disposition toutes les choses commodes qu’on a chez soi.
Mais le lavage à grande eau a d’autres résultats encore que ceux de la simple propreté. La peau absorbe l’eau et devient plus souple, plus disposée à la transpiration. Par conséquent, indépendamment de la propreté, il est encore utile et salutaire de SC laver avec de l’eau tiède.
Qualité de l'eau.
Mais la qualité de l’eau importe beaucoup et l’on y pense très-peu. On suppose en général que le seul inconvénient de Veau dure, c’est-à-dire de celle où le savon ne se dissout pas, est de gercer les mains, sans songer qu’elle peut être le propagateur de la malpropreté, et de l’indigestion. On remarque très-rarement que l’eau dont on se contente pour la toilette (de jour en jour plus employée par les chirurgiens) a absolument l’effet opposé à celui qu’elle devrait procurer, c’est-àdire qu’elle empoisonne les plaies et les irrite, tandis que Veau douce les purifie et les guérit. Quand on ne peut se procurer que de l’eaw dure, il est convenable, même pour tous les usages de toilette, de n’employer que de l’eau distillée. Pour les lavages des malades, le meilleur est de recueillir de l’eau de pluie, ou de faire condenser la vapeur d’une bouilloire, ou de faire bouillir
BE LA PROPRETÉ PERSONNELLE. 171 Teau, ce qui souvent en diminue de moitié ou des trois quarts la crudité.
Le savon employé avec l’eau dure ne nettoie pas la peau, au contraire; Thuile contenue dans le savon, la transpiration, la chaux qui est en dissolution dans Veau dure forment sur la peau une sorte de vernis qui en obstrue les pores.
Il est donc très-important pour faire le thé ou les tisanes, pour faire bouillir les végétaux; ou ■pour préparer les remèdes, de n’employer que de l’eau douce ou filtrée. Une garde insouciante se contente quelquefois, pour ces divers usages, de l’eau de toilette qui est sous sa main ; il vaudrait souvent mieux qu’elle supprimât tout à fait les remèdes.
CHAPITEE XII