DE QUELQUES ERREURS DES ROMANCIERS
Les romans, qui occupent maintenant une si grande place dans les lectures des femmes de toutes les classes, contribuent singulièrement à répandre et à populariser ^ignorance et les fausses notions. Voici un petit nombre d’exemples entre beaucoup d’autres de ces erreurs vulgaires :
1® Les joies de la convalescence. Nos pères avaient, sans doute, des constitutions très-différentes des nôtres, s’ils revenaient à la vie aussi soudainement, aussi pleinement que des personnages qui nous sont représentés dans les œuvres de l’imagination. De nos jours, pour les personnes d’âge moyen, dans les grandes villes, où la civilisation est fort avancée, la convalescence
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des graves maladies (si même il y a convalescence) est souvent retardée par des rechutes, et n’est jamais qu’une lutte lente, pénible et nullement « joyeuse. » L’un des devoirs les plus importants et les plus difficiles de la garde est de soutenir le convalescent, au lieu de vouloir le calmer. Tenez pour certain que de s’imaginer qu’il est dans un état de jouissance ou même de bien-être, c’est une pure rêverie. Souvent, quand il n’est pas soutenu par des intérêts ou des affections de premier ordre, il doit regretter le retour à une vie qui n’a plus d’attrait pour lui; ou, si elle reprend ses droits, il fait de pénibles efforts pour remplir des devoirs dont il se sent totalement incapable;
2“ Les unions entre cousins germains sont le thème favori des auteurs qui oublient qu’ils contribuent de tous leurs efforts à traverser les plans de Dieu pour la race humaine;
3° La maladie et le lit de la mort sont peints avec des couleurs et des effets que non-seulement l’auteur n’a jamais vus, mais que personne n’a vus plus que lui. Un seul romancier peut-être fait exception à cette règle.
C’est en Angleterre que la maladie et la mort ont été le moins fidèlement observées; les sujets d’observation sont là, mais l’étude exacte manque toujours. « Le lit de mort » est, dans presque tous
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nos romans, une scène de théâtre, comme le chant de la PRïMÂ-DOîsNA, qui expire à la dernière scène d’un opéra. On serait tenté de croire que la mort n’existe pas en réalité. Shakspeare est le seul auteur qui ait jamais touché ce sujet a\ec vérité, et il l’a envisagé seulement du côté de l’art.
40 Dans les romans, la vie du malade est ranimée par quelques gouttes de bouillon succulent. Que signifient ce moyen et tous les autres également absurdes?
5o Les héroïnes bravent toujours la contagion, et ensuite elles en meurent avec toute leur famille et leur entourage. C’est honteux pour elles, si cela arrive ainsi.
Maintenant, c’est une question de savoir si la maladie et la mort doivent entrer dans des fictions; mais si les auteurs veulent écrire sur de si graves sujets, ce n’est assurément pas trop exiger que de leur demander qu’ils veuillent bien prendre la peine d'observer avant d’écrire. Pourquoi encourageraient-ils des méprises sérieuses et même funestes ? Pourquoi ne s’informeraient-ils pas, par exemple, de ce que c’est que « la contagion ; » et s’ils veulent en faire le sujet de leurs romans, pourquoi leur héroïne, au lieu d’en partager les dangers, ne les préviendrait-elle pas, pour les autres et pour elle-même? La cont^ion, pour en donner la définition la plus vraie, est la propagation d’un fléau.
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qui prouve, lorsqu'elle a lieu, la négligence ou l’ignorance de quelqu’une des personnes responsables : médecin, garde ou parent; et prouve aussi que le beu où elle s’est produite n’est pas plus propre à l’habitation des gens sains qu’à celle des malades.