‹ Des soins à donner aux maladesChapitre 8 sur 34 · MOYENNE · texte numérisé non relu

MOYENNE

U ressort de ce tableau qu’une mortalité double est accompagnée d’une augmentation de naissan-

ces dans la proportion de 20 0/0. Le registre général, dans son cinquième rapport annuel (t843), montre qu’une loi semblable prévaut dans les districts sains et malsains de la métropole. Dans les circonscriptions les plus malsaines, les décès sont de 29 et ml 9'“*' sur 1000, et les naissances de 35 et un 2“® sur lOOO; tandis que, dans les circonscriptions les plus saines, les décès ont été de 18 sur 1000 et les naissances de 24. Cet accroissement des naissances parmi les populations maladives a été observé depuis longtemps par ceux qui s’occupent de la santé publique, et ils y ont vu la manifestation d’une autre loi : celle d’un effort constant- pour conserver les races ou les familles, dont l’existence est mise en péril par la négligence et le mépris des lois d’où dépend cette même existence.

Mais qu’advient-il de ces pauvres enfants appelés à la vie au milieu d’une si excessive mortalité ?

Il n’est personne qui n’ait eu l’occasion de comparer le développement d’un enfant, né dans ces contrées salubres, avec la constitution étiolée, la croissance arrêtée, la faiblesse maladive de l’enfant né dans les villes malsaines ; ne doit-on pas en conclure nécessairement que l’enfant de ces villes malsaines appartient à un type inférieur à celui de l’enfant des campagnes? Le progrès de la dégradation physique s’est continué, nonobstant l’accroissement des naissances; et, sur ces deux classes

d’enfants, un tiers enyiron, parmi ceux de la campagne, meurt axant d’avoir atteint l’âge de cinq ans, tandis que, parmi ceux des villes, la moitié succombe avant cette même période ; et, parmi ceux qui survivent à leur cinquième année, une plus grande proportion encore vit d’une existence languissante, maladive, et leur mort prématurée vient grossir le chiffre des tables de mortalité.

Ce sont là des faits propres à instruire, si l’on voulait seulement les examiner et agir d’après les enseignements qu’ils contiennent.

Ne laissez pas s’exhaler de la chambre d’un malade un air ' malsain qui se répand dans les autres parties de la maison.

Il arrive souvent que la chambre du malade est le foyer d’où se répand un air malsain dans toute la maison; car, tandis que la maison reste close, sans air, et malpropre, comme de coutume, la porte et la fenêtre de l’infirmerie s’ouvrent de temps en temps. Cependant il y a certains changements extraordinaires dans l’intérêt du malade, que ce malade fait subir à la maison même; comme d’attacher le marteau de la porte, de faire répandre de la paille dans la rue devant ses fenêtres. La maison ne pourrait-eUe y répondre en se tenant propre et bien aérée, par respect pour le malade !

CHAPITEE II.

De la contagion.

Nous ne devons pas oublier ce que^ dans le langage ordinaire, on appelle contagion; c’est un mot dont on est généralement effrayé, que l’on fait souvent le contraire de ce qu’il faudrait faire pour l’éviter. Aucune maladie n’est considérée comme aussi contagieuse que la petite vérole, et il n’y a pas bien longtemps que l’usage était de charger les malades de pesantes couvertures, d’entretenir dans leur chambre un grand feu, et de tenir leurs fenêtres soigneusement fermées. Naturellement, sous ce régime, Vintensité de la petite vérole se développait promptement.

Le traitement de cette maladie est devenu plus raisonnable; on s’aventure de couvrir le malade plus légèrement, à tenir les fenêtres ouvertes, et nous entendons beaucoup moins parler d’épidémie de la petite vérole. Mais agit-on de nos jours avec plus de discernement à l’égard de contagion dans les fièvres; la fièvre scarlatine, la rougeole, etc., que ne le faisaient nos ancêtres relativement à la petite vérole? Ne résulte-t-il pas de l’idée populaire sur les maladies contagieuses que les gens bien portants prennent beaucoup plus de^soin d’eux-mêmes qu’ils n’en prennent du malade? Par exemple, ils trouvent qu’il est prudent de ne pas trop rester auprès de lui, de ne pas trop le soigner. Cette ma-

nière de comprendre le devoir à l’égard des maladies contagieuses ne s’est jamais mieux montrée dans toute son absurdité que par la coutume employée autrefois et peut-être encore en usage dans quelques-uns des lazarets de l’Europe, où le pestiféré, condamné à toutes les horreurs de l’isolement, environné d’immondices, privé d’air, recevait la visite d’un médecin, qui l’examinait de loin avec une lorgnette d’opéra, et lui jetait une lancette, pour qu’il ouvrît lui-même ses boutons.

Une véritable garde-malade doit n’avoir aucun souci de la contagion, si ce n’est pour la prévenir : la propreté, l’air constamment renouvelé par les fenêtres ouvertes, une attention infatigable à tous les besoins du malade, sont les seuls moyens de défense que doit connaître une garde digne de ce nom.

Les soins enseignés par la prudence et l’humanité sont la meilleure sauvegarde contre la contagion.

Les maladies ne sont pas des indÎTidus distincts et rangés par classes, comme les chats et les chiens, mais des conséquences naissant l’une de l’autre.

N’est-ce pas entretenir une erreur continuelle que de considérer, ainsi que nous le faisons, les maladies comme des entités distinctes, qui doivent exister aussi bien que les chats et les chiens? Ne

devons-nous pas plutôt les considérer comme des conséquences bonnes ou mauvaises^ placées sous notre contrôle, ou plutôt comme la réaction d’une nature bienfaisante, contre les conditions où nous nous sommes placés nous-mêmes?

J’ai été élevée, aussi bien par les savants que par les femmes ignorantes, dans la pensée que la petite vérole, par exemple, était une chose dont il y avait eu dans le monde un premier échantillon, qui s’était propagé jusqu’à nous par une chaîne non interrompue; précisément, comme il y avait eu un premier chien ou un premier couple de chiens, et que la petite vérole ne pouvait pas plus commencer, qu’une nouvelle espèce de chiens ne pourrait commencer, c’est-à-dire sans ancêtres.

Depuis lors, j’ai vu de mes yeux et respiré avec mes poumons la petite vérole à sa naissance spontanée, soit dans des chambres closes, soit dans des dortoirs encombrés où elle avait pris naissance, sans qu’il y ait aucune possibilité qu’elle se fût communiquée par contagion.

Bien plus, j’ai vu des maladies commencer, se développer et changer de nature; cependant les chiens ne se transforment pas en chats.

J’ai vu, par exemple, dans un lieu un peu encombré, naître la fièvre continue; le nombre des lits augmentant, la fièvre typhoïde, et, avec un plus grand nombre d’habitants encore, le typhus.

Et tout cela dans la même salle ou la même baraque.

Ne serait-il pas beaucoup meilleur, beaucoup' plus vrai et plus utile de considérer la maladie sous ce point de vue ? car les maladies, l’expérience nous le montre, sont des adjectifs et non des substantifs.

Pourquoi les enfants doivent-ils avoir la rougeole, etc.?

Il y a un grand nombre d’opinions populaires, à l’égard desquelles il n’est pas superflu d’adresser parfois une ou deux questions. Par exemple, il est généralement reçu que les enfants doivent avoir ce qu’on appelle communément les maladies de l'enfance, les épidémies courantes, etc; en d’autres termes, qu’ils sont nés pour avoir la rougeole, la coqueluche, peut-être même la fièvre scarlatine, précisément comme ils sont nés pour percer toutes leur dents, s’ils vivent assez pour cela.

Mais pourquoi un enfant doit-il avoir la rougeole ?

Oh! parce que nous ne pouvons les préserver de la contagion ; les autres enfants ont la rougeole, et il la prendra, et il vaudrait mieux qu’il la prît maintenant.

Mais pourquoi les autres enfants ont-ils pris la rougeole, et, s’ils l’ont prise, pourquoi faut-il que les vôtres la prennent aussi?

Si vous avez foi aux lois qui président à la salu-

brité des demeures, et si vous les observez, c’està-dire la propreté, la circulation de l’air, le linge soigneusement blanchi et tous les autres moyens qui sont aussi des lois auxquelles vous devez croire aussi implicitement que vous croyez aux préjugés populaires, ne croyez-vous pas que votre enfant aura plus de chance d’échapper à ces épidémies?

CHAPITEE III

Importance des petits détails.

Quand bien même les ccmseils que nous venons de donner seraient exactement suivis^ ils pourraient encore n’avoir aucun résultat utile, s’il ne s’y joignait pas un soin particulier des petits détails^ ou^ d’un autre côté, si vous ne preniez pas des précautions suffisantes pour vous assurer que les choses que vous faites vous-même sont 'aussi ponctuellement faites quand vous les confiez à d’autres. On ne peut exiger qu’une garde ou une amie dévouée soient toujours présentes. On ne sait même pas si on doit le désirer; car on voit souvent des personnes qui vous sacrifient leur santé ou leurs autres devoirs, et qui vous sont moins utiles que d’autres beaucoup moins dévouées, il est vrai, mais qui ont le talent de son-

ger à tout, ce qui fait que le malade est moins bien soigné par les premières que parles autres.

11 est impossible d’enseigner, dans un livre, cet art de penser aux détails les plus minutieux, tandis qu’on peut enseigner les règles générales qui forment une garde-malade. Les circonstances changent selon les cas particuliers. Mais, ce qu’on peut faire, c’est d’insister auprès de la garde pour qu’elle apprenne à penser par elle-même. « Qu’arrivera-t-il pendant mon absence? » doit-elle se dire. « U faut que je sorte mardi; mais l’air pur, les soins réguliers seront aussi nécessaires à mon malade, mardi, qu’ils le sont aujourd’hui. » Ou encore : « A dix heures précises je ne puis être auprès de lui, mais le repos est aussi important pour lui à dix heures précises qu’à dix heures moins cinq minutes. »

Quelque singulier que cela puisse paraître, il est certain que cette prévoyance si simple ne vient pas à l’esprit de tout le monde ; ou, si la garde, l’amie dévouée y songent, c’est seulement pour faire en sorte d’être absentes le moins longtemps possible, et non pour s’arranger de manière que le malade ne manque de rien durant leur absence.

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