PROVENANCE
(le nicotine pour 100 de
tabac SCC.
Lot.
Lot-et-Garonne.
Tabacs français . .
Nord.
1 Ille-et-Vilaine.
' Pas-de-Calais.
^ Alsace .
[ Virginie. ..
Tabacs étrangers. . >
Kentucky .
Maryland.
[ Havane.
moins de 2,00
' Ces noms sont empruntés à la chimie organique de Ch. Gerhardt. Le même ouvrage (t. IV, p. 184) renferme l’indication des mémoires des différents auteurs cités.
Plusieurs procédés ont été employés pour extraire la nicotine; nous citerons ceux de MM. Barrai et Schlœsing. M. Barrai épuise les feuilles de Tabac par l’eau aiguisée d’acide chlorhydrique ou sulfurique; il rapproche les liqueurs, puis distille avec de la chaux. Le produit distillé est agité avec de l’éther, qui dissout la nicotine; puis la solution éthérée est distillée à son toui* au bain-marie, pour en séparer la plus grande partie de l’éther; le résidu de la distillation est abandonné pendant quinze jours dans un endroit chaud, puis porté à 140“. A cette température, il se dégage de l’ammoniaque et d’autres produits volatils ; la liqueur concentrée est mélangée avec de la chaux, puis distillée au bain d’huile à 190“, dans un courant d’hydrogène. La nicotine ainsi obtenue est encore un peu colorée. Pour l’obtenir incolore, il suffit de la rectifier de nouveau dans un courant d’hydrogène.
M. Schlœsing épuise le Tabac par l’eau bouillante et concentre l’extrait jusqu’à ce qu’il se prenne en masse. Il le traite alors par deux fois son volume d’alcool à 90“. Le sel de nicotine se dissout dans l’alcool, tandis qu’il se forme un précipité noir abondant. L’alcool décanté est distillé, et le résidu est traité par une nouvelle quantité d’alcool, qui en sépare encore des matières étrangères. On y ajoute alors une solution concentrée de potasse et de l’éther; la potasse met en liberté la nicotine, et l’éther la dissout. Il ne reste plus qu’à purifier la nicotine en solution dans l’éther. On y parvient en ajoutant à l’éther de l’acide oxalique en poudre; il se sépare une couche sirupeuse d’oxalate de nicotine. Cette couche sirupeuse est lovée à l’éther, puis on isole de nouveau la nicotine par la potasse ou l’éther; on chasse ce dernier à la chaleur du bain-marie, et enfin on rectifie la nicotine dans un courant d’hydrogène.
La nicotine pure, lorsqu’elle vient d’être préparée, est un liquide incolore, oléagineux, assez fluide, transparent, déviant fortement à gauche le plan de polarisation ; l’addition d’acide chlorhydrique la fait dévier à droite. Sa densité est de 1,025 ; son odeur est âcre, sa saveur brûlante. Elle est excessivement vénéneuse ; nous étudierons tout à
l’heure son action sur l’économie. Elle bout è 250° en s’altérant légèrement, si l’on n’a pas eu le soin de la distiller dans un courant d’hydrogène; en présence de l’eau, elle peut distiller sans altération. La densité de sa vapeur est 5,607. Cette vapeur brûle avec une flamme blanche, fuligineuse, à la manière des huiles essentielles. Elle est tellement âcre que quelques gouttes volatilisées dans l’atmosphère d’un appartement suffisent pour y rendre la reS'piration très-difficile.
La nicotine s’altère à l’air en absorbant l’oxygène, et prend une teinte ambrée d’abord, puis brune en s’épaississant. Elle est très-hygrométique, et peut absorber à l’air humide près de deux fois son poids d’eau. Dans l’air desséché par la potasse, au contraire, elle perd toute son eau d’hydratation. Elle est très-soluble dans l’eau, l’alcool, l’éther; peu soluble dans l’essence de térébenthine. A chaud elle dissout le soufre, mais pas le phosphore. La solution aqueuse de nicotine est fortement alcaline. Elle précipite en blanc le bichlorure de mercure, l’acétate de plomb, le proto- et le bichlorure d’étain, les sels de zinc, le sulfate de manganèse ; ce dernier précipité ne tarde pas à brunir à l’air; elle précipite en jaune serin le bichlorure de platine, en bleu pâle les sels de cuivre; ce précipité se redissout dans un excès de nicotine, en donnant une liqueur d’un bleu intense, comme cela a lieu avec l’ammoniaque. Le précipité blanc, produit dans le zinc, se redissout également dans un excès de nicotine; elle décolore rapidement le permanganate de potasse.
Beaucoup des caractères chimiques de la nicotine appartiennent aussi à l’ammoniaque. Citons quelques réactions caractéristiques qui ne permettent pas de confondre ces deux corps. •
La nicotine détermine dans les solutions de chlorure d’or un précipité jaune rougeâtre très-soluble dans un excès de réactif; en pareille circonstance, le précipité fourni par l’ammoniaque no se redissout pas. Le chlorure de cobalt donne un précipité bleu passant au vert et insoluble dans un excès de réactif; en pareil cas, l’ammoniaque redissout le précipité et colore la liqueur en rouge. Le tannin donne dans la ni-
coline un précipité blanc abondant ; l’ammoniaque ne donne pas de précipité et colore la liqueur en rouge.
Mise en présence des acides, la nicotine s’y combine avec développement de chaleur. L’acide sulfurique concentré et pur la colore en rouge vineux à froid, en couleur lie de vin à chaud ; par une ébullition prolongée, il en précipite une matière noire, en dégageant de l’acide sulfureux.
En présence de l’acide chlorhydrique, elle dégage des vapeurs blanches comme l’ammoniaque.
Ses sels, surtout ceux à base d’acides minéraux, sont très-déliquescents et difficilement crislallisables ; ses sels doubles cristallisent mieux.
Le chlore, le brome, l’iode attaquent énergiquement la nicotine, en donnant naissance à des principes dont la composition n’est pas bien connue.
Le cyanate, d’éthyle agit lentement sur la nicotine, en produisant un composé cristallisable en belles lames (Würlz).
La nicotine appartient à la classe des alcalis volatils non oxygénés; sa formule la plus simple serait G^^IPAz, correspondant à deux volumes de vapeur; pour la faire correspondre à quatre volumes de vapeur, il faut par conséquent la doubler (G^® H** Az^). Elle se déduit des résultats suivants des analyses de MM. Barrai, Melsens et Schlœsing: