‹ Des solanéesChapitre 9 sur 14 · BARRAI · texte numérisé non relu

BARRAI

MEBSE^S.

SCHLOESING.

CALCCI..

Carbonne . . . ..

Hydrogène.

Azote.

L’absence d’oxygène et les caractères si éminemment alcalins de la nicotine rendent déjà très-probable sa parenté avec l’ammoniaque. Les recherches de MM. Kekulé et de Planta rendent celle parenté encore plus évidente.

En effet, si l’on fait agir sur la nicotine de l’iodure ou du bromure d’élhyle ou de ses congénères, on obtient un composé qui correspond aux combinaisons de Tetrélhylamonium, dans lesquelles un équivalent d’hydrogène serait remplacé par l’éthyl ou ses homologues, pendant que les trois autres le seraient par le groupement G'® IP. Par aucune action ultérieure on ne parvient à fixer une nouvelle quantité du nouveau radical. Il résulte de là que la nicotine est une base tertiaire, dans laquelle G^® IP joue le rôle de IP.

Ges considérations sont d’une haute importance au point de vue de la synthèse possible de la nicotine; il suffit, pour s’en convaincre, de jeter les yeux sur le passage suivant d’un auteur trop connu pour que nous ayons besoin de le nommer:

« Les alcools unis à l’ammoniaque donnent naissance à des alcalis « artificiels; la formation régulière et la loi de composition de ces alca- «rlis sont aujourd’hui connues; elles permettent de regarder comme «probable et prochaine la reproduction artificielle des alcalis naturels, « tels que la morphine, la strychnine, la nicotine et tant d’autres prin- « cipes actifs contenus dans les végétaux^.

Nous venons de passer en revue les principales propriétés chimiques de la nicotine, sans parler de son action sur l’économie. Au point de vue toxicologique, cette dernière partie de notre étude est d’une extrême importance, car la nicotine agit avec une énergie telle que peu de poisons peuvent lui être comparés.

M. Glaude Bernard^ s’exprime ainsi : « Par quelque voie que l’on administre la nicotine, qu’on l’introduise dans le canal intestinal, sous la peau, dans une plaie, qu’on l’instille dans la conjonctive, l’animal est foudroyé. Il meurt avec des convulsions excessivement violentes. Les chevaux sont dans un état effrayant, et bien qu’ils restent debout sur leurs jambes raidies, ils sont comme furieux, se cabrent, se couchent, et sont agités de mouvements désordonnés. »

» Chimie organique fondée sur la synthèse^ liv. II, chap. II, sect. V.

* Loco citato^ p. 39s.

dii

Tous les animaux sont atteints par son action. M. Claude Bernard l’a essayée sur des mammifères, des oiseaux, des reptiles, toujours avec le même résultat et toujours en déterminant des symptômes analogues. Deux à trois gouttes de nicotine, même un peu altérée par le contact de l’air, tuent rapidement un lapin, lorsqu’on les instille dans son œil.

L’action de la nicotine porte sur les nerfs, sur les muscles, et surtout sur le système vasculaire. Si, pendant que l’on observe au microscope la circulation capillaire dans la membrane interdigitale d’une grenouille, on empoisonne cette grenouille, on voit immédiatement se produire une déplétion du système artériel, dont les vaisseaux se rétrécissent de façon à se vider complètement. Le cœur continue à battre cependant.

Il est probable que la nicotine agit sur le système vasculaire par l’intermédiaire du grand sympathique, dont la galvanisation amène les mêmes résultats. Cette action sur le système artériel capillaire peut expliquer l’espèce de tremblement qu’on voit dans les muscles, tremblement ou frémissement musculaire qui se produit quand, par une ligature, on empêche le sang d’arriver dans un muscle. Quand la dose de nicotine est suffisante pour produire un excès d’action, chaque muscle devient le siège d’une convulsion telle qu’il peut rester dans un état tétanique permanent. La nicotine semble amener les muscles à l’état de contraction le plus grand possible; ils sont durs et ne se raccourcissent plus sous l’influence du galvanisme. Après la mort, les nerfs et le cœur semblent avoir conservé leurs propriétés; la galvanisation du pneumogastrique arrête les mouvements du cœur qui ont persisté,

A faible dose, la nicotine agit sur le cœur et les poumons par l’intermédiaire du pneumogastrique: la respiration est plus large et plus accélérée, elle est surtout abdominale et diaphragmatique et ses mouvements peuvent atteindre jusqu’à 42 par minute ; les pulsations du cœur sont beaucoup plus énergiques et on les voit s’élever de 115 à 332.

L’animal est faible et titubant, il vomit; la troisième paupière entièrement tendue recouvre les deux tiers internes et inférieurs de l’œil, aussi paraît-il aveugle. Peu à peu les mouvements du cœur et la respiration reviennent à l’état normal.

Si, avant d’administrer la nicotine, on coupe les pneumogastriques, les troubles de la circulation et de la respiration ne se produisent pas.

A dose médicamenteuse, l’action sur le système vasculaire et sur les muscles est peu prononcée; l’action sur le poumon et sur le cœ.ur peut être la seule qui se manifeste. Si la dose est trop élevée, les mouvements, d’abord convulsifs, sont remplacés par du trismus et une raideur tétanique très-prononcée; le système artériel se vide, et cependant le cœur continue à battre avec le rbythme de l’état normal. Après la mort, l’animal présente encore du trismus et un frémissement musculaire général. « Il y a là, dit M. Claude Bernard, un effet complexe qui semble porter particulièrement sur le système vasculaire par l’intermédiaire du grand sympathique. Il semble que la nicotine agisse sur le système nerveux de la vie organique de la même façon que la strychnine agit sur le système nerveux animal. Dans les deux cas, les convulsions sont le symptôme apparent le plus prononcé. »

Ainsi quand la nicotine est pure elle produit: 1" le rétrécissement et la déplétion du système artériel ; 2» la contraction tétanique persistante des muscles, contraction telle qu’après la mort l’excitation galvanique n’a plus d’effet sur eux.

A dose faible, ou quand la nicotine est altérée, son action se manifeste sur l’appareil respiratoire et sur l’organe central de la circulation. L’animal est essoufflé; sa respiration est large et très-fréquente; les contractions du cœur sont plus énergiques, leur rbythme ne dépasse guère en plus ou en moins le type physiologique. Nous avons déjà parlé, au début do cette note, de la propriété diurétique attribuée par Fowler à l’infusion alcoolisée de tabac; Fowler prétend l’avoir employée dans 52 cas, dont 49 avec succès, contre l’hydropisie. Ce résultat est dû très-probablement à l’augmentation de pression du système

artériel, sons rinflnence de la nicotine. Werbei’i partage cette manière de voir, et les expériences de Ludwig et de ses élèves montrent la liaison qui existe entre la pression dans le système vasculaire et la quantité d’urines rendues. D’autre part, les expériences de M. Poiseuille, avec le prussiate de potasse seul, puis avec addition d’azotate de potasse , ont démontré que ce dernier active la circulation ; c’est ce qui explique son action diurétique.

On a dit que la nicotine agit sur le sang qu’elle colore en noir et lui communique des propriétés toxiques. Le sang devient noir, en effet, mais il peut devenir rutilant, et anatomiquement il ne paraît subir auciine altération; il peut être transposé impunément. Lorsqu’il agit d’une manière funeste, c’est toujours sur des animaux plus petits que l’animal dont on l’a extrait, et alors c’est à la présence de la nicotine qu’il doit son action.

Si l’on peut admettre que la nicotine a un effet diurétique, il ne faudrait pas en conclure qu’elle agit sur les reins; elle devient diurétique en ce sens que, parce qu’elle détermine une activité plus grande dans la circulation, le sang qui traverse les reins est plus abondant en un temps donné, et l’on comprend ainsi qu’il leur cède une pins grande proportion dos éléments de l’urine.

Ces effets de la nicotine sont également produits par le Tabac, et l’on peut constater aussi que l’introduction du poison par la méthode endermique amène des effets plus rapides avec une dose beaucoup rnoindre. C’est ainsi qu’Orfda * a vu deux gros de tabac râpé introduits dans le tissu cellulaire déterminer la mort d’un chien en une heure; 16 grammes ont même suffit de cette manière pour en faire mourir un autre, mais en plusieurs heures, tandis qu’il a fallu une derni-once et même une once de Tabac râpé administré par la bouche, pour faire mourir les animaux en 8 à 9 heures. Après la mort on trouve les poumons plus denses, plus grisâtres, allant presque au fond de l’eau ;

* cité par M. Claude Bernard,

» toxicologie , t. II, t partie, p. 25.

le cerveau et le cœur gorgés de sang noir ; des trous de phlogose dans l’estomac.

Dans une note lue à l’Académie des sciences (11 juillet 1864), M. Namias a raconté l’histoire d’un contrebandier qui, pour se soustraire à l’impôt, se recouvrait le corps de feuilles de Tabac. Celles-ci, mouillées par la sueur, donnèrent lieu à un véritable empoisonnement. Ce contrebandier eut le pouls petit et faible, des sueurs froides, des défaillances: on le guérit à l’aide de boissons alcooliques et du laudanum.

A l’occasion de cette lecture, la Gazette des hôpitaux du 20 août cite une foule d’autres faits analogues, et dans lesquels des symptômes d’empoisonnements survinrent à la suite d’applications externes de tabac.

Dans un des cas cités, il s’agissait de dragons, grands fumeurs cependant, et qui n’en furent pas moins empoisonnés pour s’être enveveloppé le corps de feuilles de tabac. Lés symptômes observés dans ces empoisonnements, rappellent ceux que M. Claude Bernard a constatés chez les animaux: maux de tête, vertiges, sueurs froides, défaillances, pouls petit, faible, lent, intermittent; tremblement des membres, oppression et accès de suffocation; prostration excessive, froid aux extrémités.

Tels sont les effets à haute dose.

A faible dose, le Tabac produit une excitation légère et momentanée, bientôt suivie de faiblesse et de lassitude. M. Beau le considère comme l’une des causes de cette terrible névrose dont l’étiologie est si peu connue et qu’on appelle Vangine de poitrine. Cela se pourrait, car jusqu’à présent, à ce que nous croyons, cette névrose n’a été constatée que chez l’homme.

11 y a peu de temps, M. Decaisne a appelé l’attention sur l’influence du Tabac sur le cœur, dont les battements se ralentissent et deviennent intermittents. Il explique ces effets par une action narcotique. Mais ce n’est là qu’une sédation apparente. Les expériences de M. Claude Ber-

nard éclairent le mécanisme de l’action du Tabac sur le cœur. Ce n’est pas un sédatif, un narcotique du cœur, c’est en quelque sorte un tétanique du cœur. Modérée, l’excitation vasculaire et surtout cardiaque imprime plus de rapidité et d’énergie au cours du sang; plus forte, elle resserre les capillaires jusqu’à empêcher le cours du sang; elle ralentit les battements du cœur et les rend intermittents par le même mécanisme, c’est-à-dire en déterminant des contractions violentes et comme tétaniques de cet organe. « La nicotine, dit M. Claude Bernard, agit sur le cœur par l’intermédiaire des nerfs, pour y produire des contractions violentes et une augmentation de la pression du sang.» En définitive, le Tabac est un excitant du système musculaire, surtout de celui de la vie organique i.

Toutes les espèces de Nicotianes paraissent être vénéneuses.

Belladone.

On a pu voir par l’étude précédente comment nous avons compris notre lâche.. Nous nous sommes proposé d’exposer les propriétés des Solanées vireuses, au double point de vue de la toxicologie et de la physiologie. Bien que dans cette sorte d’exposition nous n’ayons à résumer que les travaux des autres, nous pensons qu’on n’y trouvera pas une cause de blâme; que l’on ne nous accusera pas d’être sorti du sujet donné, car la physiologie est du ressort de l’histoire naturelle, et la toxicologie appartient au moins autant à la pharmacie qu’à la méde-

* Les documenls dont nous venons de donner l’nnalyse nous ont remis en mémoire une observation qui nous avait été transmise, par M. le professeur Küss, d’un homme qui ne pouvait fumer sans éprouver des accidenis très-graves. Ce malade avait alors, comme symplônre prédominant, une extrême excitation du cœur. M y a quelques jours à peine, M. Küss fui appelé au milieu de la nuit auprès de ce malade ; persuadé que ces phénomènes alarmants prenaient leur source dans une pneumalose de l’estomac réagissant par compression sur le cœur, le savant professeur de physiologie se contenta de distraire le malade et le quitta une heure après dans un état satisfaisant. M. Küss observe ce malade depuis environ vingt ans.

cine. Nous croyons donc bien faire en continuant comme nous avons commencé.

La Belladone {Atrofa Belladonna L.) est l’une des plantes les plus vénéneuses de la famille des Solanées. Nous avons déjà parlé de l’action funeste de ses fruits ; les traités spéciaux sont remplis d’exemples d’empoisonnement, surtout chez les enfants. Cependant il paraîtrait qu’à faible dose (2 ou 3 baies) ces fruits n’ont pas d’action délétère. En Bretagne, à ce que rapportent Mérat et de Lens, les paysans les mangent sous le nom de Guignes de côtes'. Au reste, ces baies ne sont pas employées d’habitude en médecine ; on leur préfère les feuilles et les racines de la môme plante qui se donnent sous forme de poudre, d’extrait, de teinture. Ces diverses préparations doivent leurs propriétés à un alcaloïde que l’on a désigné sous le nom &'Atropine et dont nous nous occuperons ultérieurement.

Les effets dus à l’administration de la Belladone varient d’intensité selon les doses.

A dose modérée elle détermine de légers vertiges, un peu de tendance au sommeil, la diminution de l’énergie musculaire et de la sensibilité générale, la dilatation de la pupille avec léger trouble de la vue, l’accélération du pouls et l’élévation de la chaleur de la peau, une soif intense, un sentiment d’ardeur à la gorge, dos nausées, le relâchement du ventre et la diurèse.

A dose élevée ce sont encore les mômes symptômes, mais beaucoup plus pi'ononcés. La dilatation de la pupille est énorme, le mal de tête violent, le vertige considérable. Il s’y joint des spasmes, de l’agitation, du délire, tantôt gai, tantôt triste ou furieux, des hallucinations continuelles avec une insomnie opiniâtre. Cette excitation cérébrale est accompagnée à'inconscience et d’un sentiment de faiblesse et d’affaissement général. La fièvre est forte, la peau sèche et chaude, couverte d’une éruption scarlatiniforme sur la face, le cou, la poitrine, les membres supérieurs; soif ardente, sécheresse et contraction doulou-

' Dictionnaire universel de matière médicale, 1.1, p. 490.

reuse du pharynx; cardialgie, vomissements et quelquefois diarrhée; besoin fréquent d’uriner, respiration courte, précipitée, difficile, quelquefois aphonie ou articulation pénible des sons. A ces symptômes d’excitation succèdent bientôt le coma, la chute du pouls, qui devient très-faible, le refroidissement et la mort.

Ce sont là, comme on le voit, les symptômes de l’empoisonnement par les narcotiques; mais il en est plusieurs qui sont spéciaux à la Belladone et servent à la caractériser. Ce sont:

1“ La dilatation et rimmobilité de la pupille. (Il suffit d’instiller dans l’œil une goutte de solution de d'atropine dans 10 grammes

d’eau distillée pour obtenir une dilatation considérable*.)

2“ Délire et agitation maniaque ressemblant au stade d’excitation du delirium tremens, qui est, comme on le sait, accompagné d’hallucinations et d’insomnie.

3® Éruption scarlatiniforme répandue sur la face, le tronc etc.

Ces trois symptômes permettent de distinguer l’empoisonnement par la Belladone de l’empoisonnement par les autres narcotiques, et surtout de celui que provoque l’opium. L’opium produit en général le calme et le sommeil, le resserrement des pupilles; la Belladone produit l’insomnie, le délire, la dilatation des pupilles. L’opium arrête les contractions de l’estomac et du tube digestif, produit la constipation, la rétention d’urine; la Belladone provoque la cardialgie, des nausées, le vomissement, le relâchement du ventre et de fréquents besoins d’uriner. Un seul symptôme leur est commun : l’anesthésie, l’analgésie. Sous tous les autres rapports, il y a antagonisme entre les eftets de ces deux médicaments ou poisons, et cet antagonisme est si réel qu’on est parvenu à guérir par la Belladone les individus empoisonnés par l’opium, et réciproquement.

' La dilatation de la pupille paraît être un effet commun à la plupart des Solanées; le Datura, la Jiisquiame, la Morelle et peut-être le Tabac la produisent. Cet effet semble être en rapport avec l’activité de la plante; ainsi l’action de la Morelle est beaucoup plus faible.

La Belladone n’est point un narcotique dans le sens rigoureux du mot : elle détermine l’insomnie et le délire; c’est un anesthésique. Elle, abolit le sentiment, elle amène l’ineonscience; on parle, on crie, on s’agite, on rêve, ou l’on est plongé dans l’accablement et la stupeur, mais toujours on ignore ce que l’on fait, où l’on est. On a perdu la conscience de son individualité, on est la proie d’une sorte d’ivresse, accompagnée de visions et d’hallucinations singulières. Délire, ânes-, thésie, inconscience, voilà les principaux effets de la Belladone sur l’encéphale; effets spécifiques comme ceux de l’opium, de l’alcool et des autres inébriants, et sur la nature desquels nous somnjes encore, ou à peu près, dans la plus complète ignorance.

Avant d’aller plus loin, résumons les propriétés chimiques et le mode d’extraction de l’atropine. Ce nom fut donné par Brandes à l’alcali qu’il parvint à isoler de la Belladone, en ISdO, et il appela daturine, hyoscamine, les alcalis qu’il découvrit à la môme époque dans le Datura Stramonium et la Jusquiame. En d825, M. Pauquy, dans une thèse soutenue à Paris, dit avoir extrait l’atropine des racines de Belladone, de Datura, de la Morelle et de la Jusquiame. En 1833, Geiger et Hess d’une part, Mcin de l’autre, et enfin Simes, obtinrent les alcalis du Datura et de la Belladone à l’état de pureté. En 1848, Runge et'Siraonin démontrèrent que l’atropine est à l’état do molate dans la Belladone. Cet exposé historique nous montre déjà que la daturine et l’atropine ont été souvent confondues; ces doux alcalis sont tellement semblables, en effet, que la plupart des chimistes les considèrent comme un môme corps et que Gerhardt, entre autres, en fait le sujet d’un seul et môme article (atropine ou daturine). Ils ont la même composition, les mômes propriétés générales; la seule différence qu’ils présentent réside dans la plus ou moins grande facilité avec laquelle leurs sels cristallisent, et peut-être aussi dans leur plus ou moins grande altérabilité. Mais ces caractères distinctifs ont peu de valeur, si l’on considère que ce sont des corps polymorphes, pouvant se présenter tantôt à l’état vitreux ou gommeux, tantôt à l’état cristallin; que

tel sel, obtenu en houppes soyeuses par Geiger, a refusé de cristalliser entre les mains de M. de Planta; qu’enfm ces alcalis étant très-altérables etd’üne préparation difficile, on les obtient rarement à l’état de pureté absolue; de là peut-être les différences observées. D’ailleurs les propriétés physiologiques de ces deux alcalis sont identiques. On signale seulement une action plus énergique dans la daturine, et encore peut-être cela tient-il à la pureté plus grande dans cette dernière que dans l’atropine, lors des essais comparatifs. Nous y reviendrons à propos du Datura.

Quoi qu’il en soit, nous allons indiquer les principaux procédés de préparation de ces alcalis, puis nous résumerons leurs caractères essentiels.

On épuise la racine de Belladone par l’alcool à 85°, on traite la liqueur par la chaux, et, après un repos de quelques heures, on sature par l’acide sulfurique en léger excès. On distille alors la liqueur au bain-marie, puis on ajoute au résidu une solution concentrée de carbonate de potasse, et l’on filtre. L’atropine cristallise dans la liqueur filtrée; il n’y a plus qu’à la purifier par des cristallisations successives dans l’alcool.

Si l’on veut agir sur les parties herbacées, on récolte la plante immédiatement avant la floraison; le suc, extrait par contusion et expression, est clarifié à une température de 80 à 90°, qui ne doit pas être dépassée, en raison de l’altérabilité de l’atropine. A chaque litre de suc clarifié on ajoute 4 grammes de potasse caustique et 30 grammes de chloroforme, et l’on agile. Le chloroforme s’empare de l’alcali et se dépose sous forme d’une huile verte; ce dépôt est recueilli et lavé, le chloroforme séparé par distillation, et le résidu est traité par l’acide sulfurique, qui dissout l’alcali en en séparant une matière résineuse verte. On ajoute ensuite du carbonate de potasse à la liqueur acide, et on achève l’opération comme précédemment. Tel est le procédé de M. Rabourdin.

Dans une thèse soutenue, en 1856, devant l’École supérieure de

pharmacie de Paris Ihèse où nous avons puisé de nombreux renseignements et que nous aurons encore à citer, M, Gury fait remarquer que l’alcali ne se dissout pas en totalité dans le chloroforme, mais que la plus grande partie s’en retrouve dans le dépôt volumineux qui se sépare, après quelques jours, do la liqueur aqueuse. M. Gury consedl,; donc de recueillir ce dépôt sur un filtre, de le bien sécher et de le réunir au résidu de la distillation du chloroforme. On obtient ainsi, d’après M. Gury, trois fois plus de daturino.

Do toutes les parties du Stramonium, ce sont les semences qui sont le plus riches en principe actif. Pour en extraire la daturine, voici le procédé que suivait Geiger; i

Les semences sont passées au moulin, traitées par l’alcool à 85" cl la solution abandonnée pendant quelques heures avec de la chaux caustique, ou mieux de la magnésie calcinée, selon Vauquelin. On filtre, on ajoute à la liqueur un léger excès d’acide sulfurique, on distille au bain-marie les 9/10 de l’alcool et on décante avec une pipette l’huile jaune qui surnage. Dans celle huile cristallise la Slramonine, principe neutre, non azoté, découvert par Tromsdorff. Le résidu étendu d’un peu d’eau est traité par le carbonate de potasse; la daturine se sépare alors sous forme de flocons, que l’on dessèche entre des doubles de papier joseph, puis qu’on dissout dans l’alcool absolu, ou dans un mélange d’alcool et d’éther. La solution est filtrée, la liqueur distillée au bain-marie et le résidu dissous dans l’acide sulfurique dilué. La liqueur acide est décolorée par le noir animal, et saturée par le carbonate dépotasse, qui précipite la daturine; ce précipité est encore repris par trois ou quatre fois son poids d’alcool anhydre, la liqueur filtrée étendue d’eau jusqu’à ce qu’elle commence à se troubler; enfin la solution évaporée à une douce chaleur et à l’air libre laisse déposer la daturino pure.

L’atropine ou la daturine, que nous confondrons dans celte étude, cristallise en aigrettes soyeuses par refroidissement, lorsqu’elle a été

' Du Daiura Slramonium [Étude sur la composition chimique de sa fumée).

dissoute dans l’alcool bouillant; par évaporation lente de l’alcool, elle s’obtient souvent sous forme d’une masse vitreuse; cette masse humectée reprend au bout de quelque temps la forme cristalline. Elle est peu soluble dans l’éther. Ses solutions aqueuses s’altèrent à l’air en prenant une odeur nauséabonde; distillées, elles entraînent une certaine quantité de l’alcali, d’après M. Gury. L’atropine fond à 98“ et se volatilise à 140“ en se décomposant en partie. Les acides la dissolvent facilement et donnent des sels difficilement cristallisables ou s’altérant à l’air. L’atropine a pour formule fP® A = O®, d’après les analyses très-concordantes de M. Liebig et de M. Planta.

Revenons à l’action physiologique de la Belladone et de l’Atropine. Runge avait observé que les lapins peuvent manger impunément des feuilles de Belladone.. MM. Bouchardat et Stuart Cooper ont nourri pendant un mois deux lapins avec un kilogramme par jour de feuilles de Belladone. Dans celte expérience, les lapins ne furent pas incommodés. On administra alors l’atropine par la voie endermique et aux doses successives de 4,5, 45 centigrammes; le lapin ne présenta aucun phénomène morbide. L’atropine donnée par la même méthode à un chien et aux doses de 5, 40, 45 centigrammes, n’a guère déterminé que des accidents généraux de malaise et de faiblesse, qui ont persisté pondant plusieurs heures (plus ou moins, selon la dose) et se sont ensuite dissipéi^. L’atropine a été mêlée à de la viande à la dose de 45 centigrammes; après avoir mâché les boulettes, les chiens les ont rejetées, et il est survenu une salivation abondante avec écume à la gueule; cet état dura 7 à 8 heures.

Dix centigrammes d’atropine, dissous dans20 grammes d’eau distillée à l’aide d’une goutte d’acide chlorhydrique, furent injectés dans la veine crurale d’un chien de moyenne taille. Presque aussitôt l’animal poussa un cri aigu et prolongé, puis tomba raide comme s’il eût été frappé par la foudre. Sa tête était inerte, ses jambes étaient tendues; la vie, près de s'éteindre, était indiquée par un mouvement thoracique presque imperceptible et par un faible frémissement du cœur. Après 5

à 6 minutes, l’animal fit entendre une légère plainte, puis se leva , traversa la pièce d’une marche chancelante et alla se blottir sous une table, où il demeura pendant plusieurs heures. Pendant tout ce temps il n’eut aucune excrétion soit alvine, soit urinaire; le soir même, il se mit à manger. Celte expérience répétée sur d’autres chiens et à doses de plus en plus élevées — 10,15, 20, 30 centigrammes — détermina les mômes phénomènes, avec une intensité et une durée en rapport avec les doses

line faudrait pas croire que l’homme soit, comme les animaux, capable de supporter des doses élevées d’atropine. A la dose de 1 centigramme, appliquée par voie endermique, l’atropine amène l’ensemble des phénomènes que nous avons fait connaître plus haut. Si l’on compare les symptômes développés chez le lapin, le chien, riiornme, on est frappé de la différence dans les degrés d’activité. Ainsi un lapin peut manger 500 grammes de Belladone par jour pendant un mois, il peut absorber 15 centigrammes d’atropine sans en être affecté; le chien ne meurt pas quand on injecte dans ses vaisseaux 30 centigrammes d’atropine. Un centigramme de la môme substance suffit pour amener chez l’homme des phénomènes inquiétants. Ces effets seraient-ils en rapport avec l’intelligence, ou le développement du cerveau? Cependant quelques expériences dont nous parlerons tout à l’heure, et qui ont été entreprises dans ces derniers temps, autorisent à rapporter ces effets à une action dynamique sur les nerfs de la vie organique.

M. Lusanna"'' dit que lorsqu’on administre l’atropine à dose élevée, on observe la paralysie des sphincters anal et vésical.

L’absorption stomacale de l’atropine s’effectue en 15 ou 20 minutes; celle de l’extrait et de l’infusion se produit en 30 minutes ; par le rectum, l’absorption est plus lente; par la voie endermique elle est au contraire très-rapide.

* Les détails que l’on vient de lire ont été empruntés au Mémorial de matière médicale etc., de M, Bouchardat. 4864, t. I, p. 97 à 99.

Annal, unie, de médec..^ 4852, vol. CXL , p. 544 ; vol. CXLI, p. 68, 247, 249.

M. Schroff^ rapporte que, sous l’influence des préparations de Belladone ou d’atropine, le chiffre des pulsations diminue d’autant plus que la dose est plus élevée: à O^^OS de racine ou d’herbe, le pouls diminue sans reprendre; à — 0s'',20, le pouls atteint rapidement

une forte diminution, qui est suivie d’accélération. Vertheim prétend que de petites doses ralentissent le pouls et que de fortes doses l’accélèrent. La température, prise sous la langue, baisse (Schroff).'

En faisant des recherches sur l’état des vaisseaux sanguins sous l’influence de l’atropine, M. Warton Jones^ observa qu’une artère de la membrane interdigitale d’une grenouille se resserrait presque jusqu’à l’oblitération, lorsqu’il appliquait sur elle une solution d’atropine; la même artère se dilatait au contraire lorsqu’on la touchait avec la liqueur sédative d’opium de Battley; enfin, elle se resserrait de nouveau sous l’influence d’une nouvelle application d’atropine. Ces effets expliquent la petitesse du pouls, la sécheresse de la houche et de la gorge, la pâleur de la face remplacée par son extrême rougeur, l’injection bleue des conjonctives, le froid, les sueurs froides etc., tous phénomènes que l’on observe à la suite de l’empoisonnement par la Belladone.

Ils témoignent de l’action directe de cette plante sur les fibres musculaires lisses, action qui est si manifeste dans la dilatation souvent énorme de la pupille, par suite de la contraction des fibres radiées de l’iris placées sous l’influence du système ganglionnaire. M. Brown-Séquard a vu diminuer le calibre des vaisseaux sanguins de la pie-mère chez des chiens qui avaient pris de fortes doses de Belladone; il a constaté en môme temps que le pouvoir réflexe diminuait dans la moelle. Selon cet éminent physiologiste, la Belladone est un excitant des fibres musculaires lisses dans les vaisseaux sanguins, l’utérus et les intestins. Son action, sous ce rapport, serait analogue à celle du

‘ Pharmacologie. Vienne 1862.

“ Traité fratique den maladies des yeux (tradiict.), p. .33,

seigle ergoté. En effet, à quoi attribuer les nausées, les vomissements, le relâchement du ventre, les envies fréquentes d’uriner, le trouble de la respiration, sinon à l’excitation du pneumogastrique et du grand sympathique? L’action de la Belladone sur l’appareil urinaire est trèsremarquable: tantôt ce sont des envies fréquentes d’uriner, accompagnées ou lion de difficultés dans l’exercice de cette fonction, tantôt, au contraire, on observe une véritable suspension dans l’émission de l’urine^. C’est surtout lorsqu’on agit à dose élevée que ces résultats sont le plus marqués; ils ont fourni â M. Blache un moyen efficace contre l’incontinence d’urine.

L’action des préparations belladonéès sur les organes des sens est extrêmement intéressante. L’atropine amène la dilatation de la pupille à la dose de O»’’,0001. Donders^ instilla quelques gouttes d’un soluté fait avec: atropine 1 p., eau-9600 p., et obtint une dilatation en 39 à 60 minutes. D’après Lusanne {loc. cil .), l’atropine, à la dose de O^^OOIS à l’intérieur, et de O^^OO^S à l’extérieur, dilate la pupille en 14 à 20 minutes; l’effet dure pendant le temps de l’administration et môme au delà; la vue devient trouble, obscure. A fortes doses, la conjonctive s’injecte, il y a amblyopie, l’œil devient brillant, farouche, il est insensible à la lumière. On trouve dans les journaux scientifiques un Certain nombre d’observations extrêmement curieuses, particulièrement celles du docteur Warlomont*.

Dans un empoisonnement on observa d’abord de l’iiémiopsie, puis les objets parurent renversés ^ L’atropine appliquée sur un œil n’agit que sur cet œil et n’affecte pas la vue ; par la méthode endermique et à fortes doses, elle produit la dilatation des deux pupilles et l’altération de la vue. Dans une thèse soutenue en 1853, M. Ruiter a exposé

* Bouchardat, loc. cii., p. 88.

* Lancet. 1884.

^ Revue de thérapeutique médico-chh-urgîcale. 1883, p. 843.

1 Cette observation, que je retrouve dans mes notes sans indication, a été, je crois , empruntée au Traité de médecine opératoire^ de M. Guérin.

les résultats de recherches faites sous la direction de Donders, et posé les conclusions suivantes :

1“ L’atropine paralyse le sphincter de la pupille (oculo-moteur commun) ;

2“ Elle agit en excitant le muscle dilatateur ;

3“ Elle n’influe probablement pas directement sur les mouvements de l’œil qui dépendent du trijumeau.

A fortes doses, les préparations de Belladone déterminent des hallucinations de l’ouïe, et même des bourdonnements d’oreilles.

En résumant les symptômes observés et les rapportant aux nerfs qui animent les divers organes., nous trouvons :

Paralysie des nerfs ciliaires — dilatation de la pupille;

Paralysie du glosso-pharyngien — sécheresse de la gorge, difficulté d’avaler;

Paralysie du nerf vague (pneumogastrique) — action sur la .circulation et la respiration. Si l’action est limitée au pneumogastrique, respiration difficile et courte; si elle s’étend au cervelet et à la moelle allongée, la circulation s’accélère; si l’action porte sur la moelle, diminution des actions réflexes, paralysie de la sensibilité générale, des sphincters, des extrémités supérieures et inférieures ; si l’action porte sur le grand sympathique, elle amène des effets d’excitation et d’irritation spéciales; le pouls diminue, les sueurs, les sécrétions augmentent.

Pour résumer l’action de la Belladone sur l’organisme, nous dirons qu’elle est à la-fois un inébriant, un anesthésique et un hyposthénisant. Elle abolit la sensibilité, aflaiblit l’énergie des muscles de la vie de relation, et, quant 5 ceux de la vie organique, il est facile de voir que leur excitation doit engendrer la faiblesse et l’hyposthénie, car la contraction des vaisseaux sanguins diminue l’abord du sang dans les organes et par suite amoindrit leur activité. L’action hyposthénisante de la Belladone s’exercerait sur la moelle, selon M. Brown-Séquard et M. Michéa, qui se sont assurés que, sous son influence, le pouvoir réflecto-moteur se trouve considérablement affaibli.

Voici ce que M. Delioux de Savignnc dit au sujet des propriétés de la Belladone, dans son récent ouvrage Sur la dysenterie (p. 380) ; «Mais ce n’est pas seulement à titre de stupéfiant, d’analgésique que j’ai confiance dans la Belladone ; c’est aussi parce que je la crois susceptible d’agir favorablement sur la contractilité intestinale. En effet, rien n’est plus connu que cette différence dans leur mode d’action sur le tube digestif, de l’opiurn et de la Belladone, savoir: que l’opium tend à constiper, tandis qu’au contraire la Belladone tend é rendre le ventre libre.... Je ne doute donc pas que la Belladone agisse sur la contractilité intestinale.» Puis plus loin : «L’emploi empirique de cette substance contre l’incontinence d’urine devient, comme dans la constipation, rationnel, dés que l’on adopte cette manière d’apprécier son action.»

Ces conclusions sont, comme on le voit, identiques à celles qui ont été formulées par M. Brown-Séquard, dans son Traité du diagnostic des 'paraplégies. Contrairement à l’opium, qui paralyse les fibres de la vie organique, la Belladone excite leur contractilité. La Belladone ne purge pas, en ce sens qu’elle n’augmente pas les sécrétions gastriques et intestinales; elle ne fait que provoquer les mouvements de ces organes et expulser leur contenu. Elle diffère, sous ce rapport, de la digitale, de l’aconit, du colchique, qui provoquent d’abondants vomissements et de nombreuses évacuations alvincs. Ce sont là les vrais nartico-âcres.

C’est sans doute à l’action déprimante de la Belladone sur les nerfs de la vie de relation que l’on doit l’emploi de ce médicament contre l’épilepsie. MM. Bouchardat, Lusanna, Maresch en ont obtenu quelques succès. Pour noire part, nous l’avons vu prescrire à l’hôpital civil de Strasbourg sans résultat bien marqué. Il est vrai que le malade, objet de cette médication , n’est pas resté assez longtemps dans le service, et aussi que son affection , déjà fort ancienne, avait résisté à tous les autres traitements. M. le professeur Schützenberger, dans ses conférences cliniques, noms a dit que la Belladone lui avait réussi plu-

sieurs fois, mais à la condition de la donner pendant très-longtemps et d’en continuer l’usage même après que la maladie semble avoir disparu.

On trouve dans les traités de matière médicale ou d’histoire naturelle des observations très-intéressantes d’empoisonnements effectués par des substances bien différentes de la Belladone et qui cependant provoquent les mômes symptômes. Telle est, par exemple, la Mélette vénéneuses , poisson de la famille des Clupéidés. Nous eussions désiré comparer les deux sortes d’empoisonnement, mais nous craignons d’allonger ce travail déjà trop volumineux, et nous renvoyons ceux que cette recherche pourrait intéresser à la Zoologie médicale de MM. Gervais et Van Beneden (t. I, p. 272).

Nous ne parlerons pas davantage de la Mandragore {Atropa Mandragora L.), sur le compte de laquelle on a fait tant de fables et dont les propriétés sont identiques à celles de la Belladone. Nous signalerons seulement en passant que les anciens connaissaient ses propriétés anesthésiques, car ils l’employaient avant de pratiquer de grandes opérations chirurgicales. Au x’este, la rareté de cette plante dans nos climats, la difficulté de se la procurer, et, au contraire, la facilité d’avoir la Belladone ont fait abandonner la Mandragore comme médicament.

Dalura Stramonium L.

Toutes les espèces du genre daturasoni vénéneuses, ce qui n’empêche pas la culture d’un grand nombre d’entre elles comme plantes d’agrément. En France on n’emploie guère que la Stramoine, dont les propriétés sont bien plus actives que celles de la Belladone et qui est peut-être la plus redoutable des Solanées vireuses. Nous savons déjà que son alcaloïde, la daturine, a la même composition que l’atropine, et que l’une et l’autre sont regardées comme une seule et même subs-

tance. Pourtant, s’il faut en croire M. Jobert (de Lamballe) la daturine serait trois fois plus active que l’atropine et ses sels; elle ne déterminerait pas de douleur quand on l’introduit dans les paupières, et n’aurait pas l’inconvénient de brouiller la vision comme fait la Belladone; enfin ses effets sont plus constants et son action plus persistante. Schroff attribue l’action plus forte de la daturine à ce qu’elle contient plus d’eau. Nous emprunterons à M. le docteur Michéa un résumé de son article sur \q Stramonium'^. A doses faibles, la Stramoine détermine de légers vertiges et une tendance au sommeil. A dose un peu plus élevée, l’énergie musculaire diminue, la sensibilité s’émousse, la pupille se dilate, la vue s’obscurcit, le pouls s’accélère. En même temps la chaleur de la peau augmente, il se produit un léger délire, surtout des hallucinations. Il y a céphalalgie, soif, ardeur et sécheresse au pharynx, diarrhée, diurèse légère; tous ces effets se dissipent au bout de cinq ou six heures.

A dose toxique, elle détermine des vertiges, de la stupeur, une dilatation énorme des pupilles, une agitation extrême, du délire tantôt gai, tantôt furieux, mais toujours accompagné d’hallucinations; spasmes, insomnie, soif ardente, sécheresse et constriction du pharynx trèsdouloureuses , souvent suivies d’une impossibilité corhplète d’avaler. La peau très-chaude se recouvre aussi parfois d’une éruption scarlatiniforme. La mort arrive directement ou à la suite d’un collapsus extrême et d’un refroidissement général. Si le malade échappe à la mort, plusieurs des symptômes : hallucinations, délire, se dissipent peu à peu après avoir duré douze à vingt heures. La dilatation de la pupille et l’obscurcissement de la vue sont plus longs à se dissiper; la cécité, la paralysie des paupières, la perte de la mémoire, la faiblesse et le tremblement des jambes se prolongent quelquefois pendant des mois et môme des années. A l’autopsie on trouve l’estomac rouge et le cerveau fortement injecté. Malgré ces accidents si redoutables, on n’a

' Cilé par M. Bouchardat, /oc. c//., p. 80.

’ Revue de ihéi-apeutique médico-chirurgicale, 1863.

pas craint d’employer la Slramoine à l’intérieur. Storck, dont le nom se place toujours en tête des médecins qui préférèrent l’essai des médicaments sur eux-mêmes à l’essai sur les autres ou in anima vili, Storck paraît être le premier qui employa le Stramonium à l’intérieur pour combattre la folie et l’épilepsie. Mais avant Storck on connaissait bien les propriétés délétères de cette plante. Les endormeurs s’en servaient dans les buts les plus coupables. Rumphius et Bellon racontent les propriétés enivrantes du Metel; d’Acosta en parle dans son Traité des drogues; enfin Faber assure que les Indiens, les Turcs et les Arabes en font entrer dans leurs pbiltres amoureux. Selon M. Moly de Grætz, le Datura est un puissant aphrodisiaque à dose élevée. En donnant de 5 à 25 centigrammes d’extrait par jour à des aliénés, M. Michéa a observé une sorte de satyriasis chez un homme de cinquante ans, et la nymphomanie chez une femme de soixante ans.

Le Datura est maintenant presque tombé en désuétude; on l’emploie surtout sous forme de fumée dans les névroses de l’appareil respiratoire , et il paraît dans ce cas rendre de véritables services. C’est ici que se place le travail si intéressant de M. Gury. Dans la thèse que nous avons précédemment citée, M. Gury s’est occupé de rechercher les principes narcotiques renfermés dans la fumée du Datura. Les effets thérapeutiques de celte fumée ne peuvent, en effet, s’expliquer que par la présence d’un principe narcotique énergique contenu dans celte fumée. Ce principe est-il la daturine elle-même ou un nouveau corps prenant naissance dans la combustion du Datura f TeWe est la question posée. M. Gury est parvenu à isoler trois alcalis volatils non oxygénés existant dans les produits condensés île la fumée du Datura. Le premier bout à 80®, le deuxième à 145®, le troisième à 210®. Il a assigné au deuxième la formule n (CMi^Az), au troisième n (C*H'’Az). Le premier, recueilli en trop faible quantité, n’a pu être analysé. Ces alcalis, qui présentent entre eux un air de famille très-remarquable, ont produit sur les animaux des effets toxiques. Le premier alcaloïde, ingéré à la dose d’une goutte sur la langue d’un oiseau, le tue en moins de trois

minutes. Le deuxième, que M. Gury appelle daturaline, est administré de la môme manière et à la même dose à un oiseau : celui-ci tombe immédiatement dans la torpeur; deux minutes après, il est en proie à un violent accès de tétanos, tourne sur lui-même de droite à gauche et meurt. Une goutte du môme liquide fut placée sur l’œil gauche d’un autre oiseau : après dix minutes l’oiseau est chancelant, incapable de s’envoler, semble dormir et se laisse prendre sans chercher à fuir ; puis surviennent des vomissements violents, à la suite desquels se montrent des attaques convulsives des membranes d’un seul côté et alternatives. Après huit à dix crises de plus en plus fortes, il meurt dans un accès plus violent que les autres.

Le troisième alcaloïde, que M. Gury appelle daturoline, fut donné par la voie endermique à un cochon d’Inde, qui ne présenta pas d’accidents sérieux. Alors, et huit jours après la première administration, on lui fit avaler 3 gouttes de daturoline saturée par l’acide chlorhydrique et étendue d’un peu d’eau. Les accidents ne tardèrent pas à se montrer: torpeur, vomissements, contractions tétaniques ; vingt minutes après l’ingestion, l’animal était mort.

Les effets de ces trois poisons rappellent par leur intensité ceux de la nicotine ; il est à regretter que M. Gury n’ait pu continuer ses recherches à ce sujet. Peut-être une étude plus approfondie de ces nouveaux alcaloïdes aurait-elle montré, dans ces corps, des dérivés de la daturine, et aurait ainsi jeté un grand jour sur la constitution de cet alcali.

Le Datura n’est pas le seul corps dont la fumée présente des propriétés narcotiques énergiques, sans que l’on puisse expliquer suffisamment cette action par la volatilité du principe actif; l’opium est dans le môme cas. Pour celui qui commence à fumer l’opium, deux ou trois pipes, contenant chacune environ 5 centigrammes d’extrait, produisent l’ivresse cherchée. Cependant ni la morphine, ni la codéine, ni aucun des alcalis de l’opium n’est volatil que nous sachions. Moins encore pour ces alcalis que pour la daturine, on peut admettre

l’entraînement, en quelque sorte mécanique, par les vapeurs constituant la fumée. D’ailleurs, avant d’arriver à la bouche, cette fumée est refroidie dans un long tube, de bambou ordinairement, où elle doit laisser la plus grande partie des matières peu volatiles qu’elle entraînait. A quoi serait dû, par conséquent, l’effet narcotique observé? Des recherches convenablement dirigées ne feraient-elles pas découvrir, là aussi, une série d’alcalis volatils analogues à ceux qu’a découverts M. Gury? Avant son départ pour le Mexique, M. Libermann s’était proposé de faire ces recherches ; le temps lui a manqué. M. Libermann avait observé en Chine les fumeurs d’opium, il avait vu atteindre le chiffre énorme de 200 pipes par jour (soit 20 grammes d’extrait), et les phénomènes physiologiques et morbides qui résultent de cet abus l’avaient frappé vivement'. Nous ne croyons pas que cette recherche ait été tentée. On nous a dit que M. Réveil a fait un travail sur les fumeurs d’opium et qu’il attribue leur ivresse en grande partie à l’action de l’oxyde de carbone. Comme nous n’avons point lu ce travail, il nous est impossible d’en parler; mais nous croyons que cet oxyde ne doit pas être le seul produit de la combustion de l’opium, sans pouvoir néanmoins rien affirmer à cet égard.

Notre excellent ami et collègue, M. Borquier, pharmacien militaire, nous a raconté le fait suivant qu'il tenait de M. Morson, fabricant de produits chimiques à Londres, qui prépare la morphine sur une grande échelle : A une certaine époque, en Angleterre, on a eu l’idée de vendre aux Chinois de l’extrait d’opium dont on avait retiré la morphine. On était parvenu à donner à ces extraits l’apparence des extraits non épuisés, et on supposait qu’ils pourraient parfaitement convenir aux fumeurs d’opium. Cependant, après essai, les Chinois ont complètement rejeté ce produit, dont ils n’obtenaient aucîm effet.

La morphine paraît donc nécessaire à la production des vapeurs narcotiques ; si la morphine elle-même ne passe pas dans ces vapeurs,

> Recueil de mémoires de médecine., de chirurgie et de'pharmacie militaires. 3« série, t. VIII, p. 287, 352, 440.

n’cn résulte-t-il pas des dérivés volatils analogues ù ceux du Datura ? Ce rapprochement nous semble donner infiniment plus d’intérêt aux recherches de M. Gury.

M. Bouchardat' est assez porté à attribuer l’action de la fumée du Stramonium et de la Belladone à la présence du nitrate de potasse dans ces plantes ; il base son opinion sur ce que les feuilles de plantes naturellement nitrées et tout à fait innocentes, telles que la Bourrache, la Pariétaire etc., produisent, selon M. Dannecy, un grand soulagement. B se peut bien que, sous l’influence de l’azotate de potasse et par suite d’une réaction inexpliquée, il se produise alors quelque composé nitreux anesthésique, mais nous ne pensons pas que \q Stramonium doive ses propriétés à la présence du nitre. Les résultats de M. Gury sont assez positifs. Nous croyons donc que, sous l’influence do la combustion, les principes de l’opium ou du Datura subissent des modifications importantes et donnent des produits qui peuvent avoir, avec leurs générateurs, des ressemblances dans les propriétés physiologiques. Souvent les corps nouvellement engendrés sont le résultat des manipulations chimiques employées pour l’extraction des autres. Enfin la nature elle-même nous fournit des.exemples de ces ressemblances. Selon’M. Weddell, un même arbre peut donner les trois espèces de quinquina, et l’on sait que les alcaloïdes de ces quinquinas varient en proportion, quelquefois même en espèce, selon la qualité de l’écorce. La quinine, qui n’a que deux équivalents d’oxygène de plus que la cinchonine, ne serait-elle pas le résultat d’une oxydation de cette dernière?Nous avons le malheur de ne point être chimiste, et nous craignons do nous aventurer sur le terrain glissant des hypothèses; mais nous pouvons faire observer, à l’appui de nos raisonnements, que la morphine et la codéine d’une part, que la strychnine et la brucine d’autre part, ont, de même que la quinine avec la cinchonine, un certain air de famille que l’on retrouve autant dans leur composition que dans leurs propriétés physiologiques. Ce n’est point ‘ Matière médieale^ p. 93.

là un simple effet du hasard, et il nous semble naturel d’admettre que le radical de la daturine peut très-bien se rencontrer dans les produits de la combustion de cet alcaloïde. Au reste, ce sont là de simples réflexions dont nous ne sommes point prêt à soutenir la réalité et qui nous ont été suggérées par celles de M. Bouchardat, après que nous avons lu la thèse de M. Gury. C’est aux hommes pratiques qu’il appartient seulement de raisonner à ce sujet, et l’on doit comprendre qu’à cet égard nous déclinons notre compétence.

Jusqiiiame.

Toutes les espèces du genre Hyoscyamus paraissent avoir les mêmes propriétés; la plus employée est la Jusquiame noire. Les différentes parties de cette plante jouissent d’une propriété vénéneuse considérable, due à la présence d’un alcaloïde voisin de l’atropine, et auquel Grandes a donné le nom d'hyoscyamine.

La Jusquiame noire n’est guère faite pour amener des méprises; c’est à elle surtout que convient le nom linnéen de Luridœ; cependant on rapporte quelques exemples d’empoisonnement par sa racine, qui aurait été prise pour de petits panais. Dans la Gascogne on emploie les semences de Jusquiame contre les maux de dents; les paysans les connaissent sous le nom patois de grano dé cdissal (graine de dent)» et, pendant que nous étions élève à la pharmacie Magnes-Lahens de Toulouse, on est venu fréquemment nous en demander. La Jusquiame noire était autrefois usitée par les voleurs, qui l’administraient mêlée au vin.

M. le professeur Coze, de Strasbourg, a bien voulu nous donner un résumé des observations de M. Schroff, de Vienne ; nous retrouvons à peu près les mêmes faits reproduits dans la Matière médicale de M. Bouchardat; nous allons, le plus rapidement possible, faire connaître les résultats de M. Schroff.

L’extrait éthéré-alcoolique de Jusquiame détermine les symptômes

suivants sur l’homme en bonne santé: à petite et à moyenne dose, le pouls présente en deux ou trois heures un ralentissement de 10 à 20 pulsations. Le résultat est en raison de la dose. Avec 10 centigrammes on obtint un abaissement de 20 pulsations en deux heures; 20 centigrammes n’exigeaient qu’une heure, mais une demi-heure après, le pouls remonta de 11, pour redescendre de 12 dans la demi-heure suivante; 40 centigrammes produisaient, en vingt minutes, un ralentissement de 19; vingt minutes après, il remonta de 29, devint petit, irrégulier, se soutint pendant une heure au-dessus de la normale, avec de légères fluctuations, et ne diminua que peu à peu. La Jusquiame dilate la pupille; mais, à doses élevées, la dilatation est souvent précédée de rétrécissement. Avec de faibles doses, on observe de la lourdeur de tête, la sécheresse des lèvres, de la bouche et du gosier, la diminution de la sécrétion salivaire, un peu de faiblesse; à dose plus élevée, assoupissement, tendance au sommeil et même sommeil profond, accompagné, quand la dose est très-forte, de coma vigil et de rêves effrayants; parfois céphalalgie, presque toujours vertiges et bourdonnements d’oreilles; faiblesse extrême delà vue, les lettres ne peuvent être distinguées, sensibilité de la rétine à la lumière; l’odorat est diminué, le goût persiste et n’a été aboli que deux fois; impossibilité de porter son attention sur un objet, état qui se prolongeait jusqu’au second jour; faiblesse considérable, démarche incertaine; la sécheresse de la bouche et du gosier est si grande, que le malade ne peut avaler; voix rauque, enrouée; peau sèche, parcheminée, et dont la température a diminué. Chez l’un des expérimentateurs, il est survenu deux fois, le lendemain, de la diarrhée et des nausées, des épistaxis; un autre a vu survenir, le 2“ et le 3® jour, la sécrétion d’un mucus nasal tenace, épais et mêlé de sang.

L’action de la Jusquiame sur les sphincters, surtout sur celui de l’anus, est moindre que celle de la Belladone; elle est plus hypnotique et excite moins le cerveau. Elle ne détermine pas les mouvements brusques, cette tendance à rire, à danser, à sauter, qui caractérisent

la Belladone. Elle diffère de l’opium on ce qu’elle ne produit pas la constipation, et active, au contraire, la marche des matières fécales.

Le procédé de l’extraction de l’Hyoscyamine est le même que celui de la daturine obtenue des semences. Cet alcaloïde se rapproche également beaucoup de la daturine, surtout par ses propriétés toxiques. Elle cristallise en aiguilles groupées en étoiles et douées d’un éclat soyeux; souvent aussi on l’obtient sous la forme d’une masse incolore, visqueuse et gluante. Par l’évaporation lente, elle donne, comme l’atropine, une masse vitreuse; elle est peu soluble dans l’eau, mais très-soluhle dans l’alcool et l’éther. Entièrement sèche, elle est inodore, mais à l’état humide, surtout quand elle est impure, elle a une odeur désagréable, étourdissante, qui rappelle celle du tabac. Ses sels cristallisent plus facilement que ceux d’atropine, et ne s’altèrent pas à l’air. Elle fond à une température peu élevée, et peut distiller en partie, comme l’atropine. Sa composition n’a pas été déterminée; elle diffère de l’atropine par sa plus grande solubilité, dans l’éther notamment; mais a-t-elle jamais été obtenue pure?

L’IIyoscyamine a les mêmes propriétés que la Jusquiame; inutile de dire que c’est à un degré beaucoup plus élevé. Elle agit sur la pupille, selon M. Schroff, avec une intensité et une rapidité bien plus considérables que l’atropine. M. Schroff l’emploie en solution dont voici la formule: hyoscyamine, 1; alcool, 10; eau, 100. Nous avons dit, au début de cet article, que toutes les espèces de Jusquiame paraissent avoir les mêmes propriétés. Ou a reconnu cependant que la Jusquiame blanche (//. albus) contient peu d’hyoscyamine au moment de la floraison et point lors de la formation des semences.

Morelle, Douce-amère et autres espèces du genre Solanum.

Le genre Solanum, qui adonné son nom à la famille des Solanées, renferme environ 900 espèces, dont la plupart ont des propriétés âcres et délétères; quelques-unes, et en première ligne la Pomme de terre,

servent d’aliment;enfin il en est, comme le S. Pseudoquina, qui sont fébrifuges.

La Douce-amère lire son nom de sa saveur d’abord douce, puis amère; Pfaff en a retiré un principe sucré et amer, qu’il a appelé Picroglycion. Cette substance est cristalline, soluble dans l’eau, l’alcool et l’éther acétique; sa dissolution n’est précipitée ni par la noix de galle, ni par les sels métalliques. Le principe actif de la Douce-amère est la Solanine.

La Douce-amère donnée à haute dose produit les phénomènes suivants : céphalalgie, ivresse, embarras de la langue, ardeur de la gorge, délire, nymphomanie, suppression de l’urine, démangeaison et éruption de la peau. Cette plante, à l’état frais, a une odeur forte et désagréable, qui nous a toujours vivement impressionné, lorsque nous en placions une certaine quantité sur notre bureau, pour en étudier la morphologie. Il était rare alors qu’elle ne déterminât pas une céphalalgie assez intense pour nous forcer à interrompre notre travail; au reste, le Stramonium produit su.r nous à peu près les mêmes effets. Nous nous souvenons d’avoir lu, il y a fort longtemps, dans un ouvrage que nous n’avons pu retrouver, l’observation d’un empoisonnement chez un élève en pharmacie. Ce jeune homme étant allé récolter de la Douce-amère revint, par un soleil ardent, en portant les tiges sur sa tôle. Au bout d’un certain temps, l’odeur vireuse de la plante, peut-être aussi la chaleur du soleil, déterminèrent une céphalalgie intense qui fut suivie de coma.

La Douce-amère fut préconisée par Brerhaave et par Linné contre une foule de maladies. Actuellement son usage est fort restreint et l’on ne s’en sert plus que comme dépuratif dans les maladies de la peau. Carrère^ signale, comme accompagnant quelquefois son administration chez les personnes très-impressionnables, l’apparition de légers mouvements convulsifs aux mains, aux lèvres, aux paupières, surtout dans les temps 'froids. Cet accident, rare d’ailleurs, est calmé par les

' Cité par M. Bouchardat {Matière médicale, p. 122).

approches du feu. Chez les femmes elle excite de la chaleur dans les parties sexuelles, détermine des démangeaisons et peut provoquer des désirs vénériens. Quelquefois encore elle donne de l’agitation, de l’insomnie, des picotements et une éruption de plaques rouges analogues à des morsures de puces. On trouve souvent, dans les journaux politiques, le récit d’empoisonnements ou tout au moins d’accidents produits par les fruits de la Douce-amère. Ces baies ont un goût fade et nauséabond ; elles avaient été réputées vénéneuses par Floyer ; cependant Dunal dit en avoir hiit avaler environ 50 à un chien sans résultat fâcheux.

Morelle noire. — Cette plante est tenue en suspicion et pourtant on l’emploie comme aliment dans certains pays. Elle est insipide au goût, calmante, rafraîchissante et légèrement stupéfiante ou narcotique. Il paraît que la cuisson la débarrasse de ses propriétés délétères. M. Bourgogne, médecin à Condé, a vu périr un grand nombre de moutons qui en avaient mangé pendant une année chaude et sèche. Le phénomène le plus saillant, observé dans cette circonstance, fut la phlogose de la vessie; toutes les victimes la présentèrent. Cette action spéciale d’une plante, dont les propriétés toxiques sont au moins contestables, nous étonne beaucoup. On sait que les ruminants offrent une indifférence singulière pour certains poisons : le Tabac à fumer, par exemple, est recherché par les chèvres et les gazelles. Il se peut donc que les accidents observés fussent dus à une autre plante. Cependant il ne faudrait pas trop se hâter de conclure, car, bien que Dunal ait avalé un grand nombre de fruits de Morelle sans inconvénient, ces fruits renferment de la solanine, et les expériences d'Otto montrent qu’un seul grain de cette substance suffit pour tuer un jeune lapin en trois heures.

La Morelle noire est peu usitée aujourd’hui, si ce n’est dans la médecine populaire et pour l’usage externe. D’après Dunal, le suc de cette plante amène une légère dilatation de la pupille. C’est dans les baies de la Morelle que Desfosses découvrit la solanine, en 4821 ; il

la retrouva aussi dans les baies de la Pomme de terre et dans la Douceamère. M. Morin la retira des fruits do Sol. mammosum, et MM. Payen et Chevallier l’obtinrent de ceux du Sol. verbascifolium.. Actuellement on l’extrait des germes de la Pomme de terre. Voici comment on l’obtient des baies de la Morelle: on ajoute de l’ammoniaque au suc exprimé des baies; il se dépose une poudre grisâtre, qui est de la solanine impure. 11 ne reste plus qu’à la reprendre par l’alcool, décolorer la solution alcoolique par le charbon animal, filtrer et s’évaporer.

L’extraction de la solanine des germes de la Pomme de terre se pratique de la manière suivante : les germes sont coupés par morceaux et mis en macération pendant une couple de jours dans de l’eau fortement aiguisée d’acide chlorhydrique, puis la liqueur est saturée par de la chaux en léger excès. Après vingt-quatre heures de repos, on recueille le précipité sur un linge, on le lave, on le dessèche à une douce chaleur; enfin on le traite à l’ébullition par de l’alcool à 85»; on filtre bouillant, et, par refroidissement, la solanine se dépose à l’état cristallin. La liqueur alcoolique, évaporée à siccité, doUne encore de la solanine, mais à l’état corné. Pour l’obtenir cristallisée, il suffit de la traiter par un acide, puis saturer par la chaux etc.; en un mot, il faut opérer comme nous l’avons dit plus haut.

La solanine peut donc se présenter sous deux formes , cristalline ou cornée; dans ce dernier cas elle est hydratée. Inodore quand elle est sèche, elle possède, quand elle est humide, une légère odeur qui rappelle celle de l’eau dans laquelle on a fait bouillir des Pommes de terre. Sa saveur est amère et nauséabonde; elle irrite fortement le palais; elle ne dilate pas la pupille à un degré aussi prononcé que l’atropine. C’est un stupéfiant puissant qui agit spécialement sur les membres postérieurs qu’il paralyse, et qui détermine do violentes convulsions. Ces effets ont été surtout observés en Allemagne chez les herbivores, lorsqu’on fait entrer dans leur nourriture une certaine quantité de Pommes de terre germées.

La solanine est très-peu soluble à froid dans l’eau, l’alcool, l’éther,

les corps gras; plus soluble dans l’alcool bouillant, elle fond à la chaleur, puis se charbonne sans se volatiliser. L’acide sulfurique concentré la colore en rouge, puis en violet et en brun. L’acide chlorhydrique et l’acide azotique concentrés la colorent en jaune. Sa dissolution alcoolique, mélangée avec de l’iode, produit une combinaison brune, amorphe, insoluble dans l’eau.

Les sels de solanine sont en général très-solubles et cristallisent difficilement ; la base en est précipitée par les alcalis caustiques ou carbonatés ; ils ne précipitent pas le bichlorure de platine et réduisent les sels d’or et d’argent.

Jusque dans ces derniers temps on ne savait pas grand’chose sur la nature de la solanine. Gerhardt, à qui nous avons emprunté les détails qui précèdent, n’en connaissait pas la formule. On disait que cette substance est un alcaloïde oxygéné composé de carbone, d’oxygène, d’hydrogène et d’azote, mais les analyses qui en avaient été faites par M. Blanchet et par M. 0. Henry, étaient loin de s’accorder, surtout quant à la proportion d’azote, l’élément le plus important en pareille circonstance.

Cette difficulté d’arriver à un résultat satisfaisant s’explique aujourd’hui, la solanine étant, selon M. Otto Gmelin, un corps de l’ordre des glycosides. On ne peut donc plus la considérer comme un alcaloïde ; elle cristallise en prismes rhornboédriques. On lui a donné pour formule : N 1^** {|r l’azote ne s’y trouve qu’à l’état impur ; les acides faibles en opèrent le dédoublement en solanidine et sucre. Celle qui s’obtient de la Douce-amère est, dit-on, différente de celle qui se retire des Sol. nigrum et tuberosum.

Le professeur Clarus, de Leipzig, a publié, relativement à la solanine et à la Douce-amère, une série d’expériences dont voici les conclusions :

1“ La solanine et la Douce-amère sont pour l’homme et pour les lapins des substances toxiques pouvant, à dose élevée, causer la mort;

Quant à la gtialilé, leurs actions sont analogues; quant à la

quantité, l’action de la solanine est, à dose égale, trente fois plus énergique que celle de l’extrait de Douce-amère.

3“ L’action de l’extrait de Douce-amère est de cinq à dix fois plus énergique que celle des tiges de cette plante (100 p. de tiges fournissent de 16 à 20 p. de l’extrait des officines).

4“ La solanine est le principe actif de la Douce-amère; elle diffère entièrement de l’atropine par ses propriétés chimiques et physiologiques.

5» Il est vraisemblable que l’action de la solanine et de la Douceamère sur l’estomac et sur le tube intestinal n’est pas entièrement locale et directe. Les vomissements, que le professeur Clarus n’observa, pour la première fois, qu’au bout de huit heures, étaient manifestement les effets d’une action produite par résorption {il faut dire absorption).

6“ La Solanine et la Douce-amère produisent une forte congestion du côté des reins, et quelquefois une augmentation dans la sécrétion de l’urine, augmentation qui s’accompagne toujours de l’apparition d’albumine. {L’apparition de l'albumine dans l'urine est le résultat ordinaire de l'augmentation de la pression du sang dans les reins.)

7“ La solanine et la Douce-amère produisent un ralentissement constant et remarquable de la respiration, causé évidemment par la paralysie de la moelle allongée et de la dixième paire des nerfs cérébraux, La mort est vraisemblablement le résultat d’une paralysie de l’appareil respiratoire, ainsi que le prouve cette gène de la respiration, qui va toujours en s’accroissant jusqu’à la mort, et l’état de collapsus des poumons.

8“ L’accélération des battements du cœur paraît être également le résultat, tout au moins aux dernières périodes de l’action, d’une paralysie du nerf vague et non d’une excitation du grand sympathique. La diminution de la force du pouls, qui accompagne son augmentation en fréquence, prouve aussi contre cette dernière hypothèse.

9® La solanine et la Douce-amère sont rapidement résorbées {il fal-

lait dire absorbées ), et leurs premiers effets se manifestent sur la moelle allongée et sur la moelle épinière. Le ralentissement de la respiration et les symptômes tétaniques qui se produisent dans les muscles de la poitrine et dans les extrémités peuvent être cités comme preuve de cette action.

d0“ Les phénomènes cérébraux, que le professeur Clarus a observés sur lui-même, ne doivent être dus qu’à l’extension de l’action produite sur la moelle allongée. Toujours est-il que ce professeur n’a jamais trouvé chez les animaux, après la mort, de troubles morbides ni dans le cerveau ni dans ses enveloppes. Ces troubles ne se manifestent point non plus pendant la vie. Le mouvement de balancier, imprimé à la tête, permet de supposer que le nerf accessoire est intéressé.

11“ Porté sur l’œil, l’acétate de solaiiine agit à la façon d’un puissant moyen d’excitation ; il paraît aussi exciter le sens de l’ouïe et la sensibilité générale.

12“ Il y a incontestablement augmentation dans la sécrétion de l’urine.

13“ Le rétrécissement des pupilles est très-souvent faible; il s’explique bien, non par l’excitation du moteur oculaire, mais parla paralysie du grand sympathique.

Les conclusions précédentes ont été copiées textuellement par nous dans la Matière médicale de M. Bouchardat (4® édit., 1.1, p. 119).

Nous les avons données parce qu’elles présentent un certain intérêt, bien que nous ne les trouvions pas toujours suffisamment précises.

Nous allons continuer cet emprunt en résumant quelques-uns des réflexions que les expériences du docteur Clarus inspirent au professeur d'hygiène de la Faculté de Paris.

a) La solanine et la Douce-amère appartiennent à la classe des narcotiques amers ; leur action est analogue à celle de la conicine et de la nicotine. Elles se distinguent essentiellement de ces substances, en ce qu’elles augmentent la sensibilité des nerfs cutanés et n’exercent pas

d’aclion irritante sur l’estomac et sur le tube digestif. Elles se rapprocheraient ainsi de la strychnine et peut-être pourrait-on les considérer comme établissant la transition entre ces deux groupes de médicaments. Elles se distinguent de l’atropine et de l’hyoscyamine par l’absence de délire et de stupeur, de dilatation des pupilles et de paralysie des sphincters.

b) C’est à ces propriétés qu’elles doivent leur action dans les spasmes, et dans les états d’irritation des organes respiratoires.

c) Leur action dans les maladies dyscrasiques du sang, et peut-être aussi dans certaines maladies chroniques de la peau, pourrait bien être due à l’augmentation de la sécrétion rénale.

g) L’extrait alcoolique, lavé à l’eau pour enlever l’alcool, est préférable à l’extrait aqueux généralement employé.

A la suite de la Morelle noire et de la Douce-amère nous voulions placer l’histoire des Solannm alimentaires ; mais cette thèse nous paraît si longue déjà que nous craignons de l’allonger sans profit réel. Nous les passerons sous silence.

Ainsi que nous le disions plus haut, un grand nombre de Solamm sont vénéneux; on a cité principalement \e Sol. manmosum comme jouissant d’une extrême activité. Son fruit surtout est redoutable, et il doit à ses qualités délétères le nom de Pomme-poison qu’on lui a attribué. On sait que M. Desalleurs vomit dix-huit fois et présenta les signes d’un narcotisme très-marqué pour avoir avalé une seule tranche do ce fruit.

La présence de la solanine dans les pousses de la Pomme de terre, venues dans une cave, a fourni à M. Liebig un des arguments sur lesquels il appuie sa théorie de la nécessité des bases dans les végétaux. Ilàtons-nous de dire que, malgré l’autorité incontestable du savant Allemand , la présence de la solanine nous semble pouvoir s’expliquer par d’autres causes.

La Pomme de terre renferme, selon Vauquelin, de la chaux sous (bi'me de citi'ate; il est probable que son parenchyme contient de la

potasse, dont on trouve une assez grande quantité dans la plante pour que Mollerat ait proposé de l’en extraire. On peut donc admettre que si, comme le dit M. Liebig, la solanine se trouve seulement dans les pousses de la Pomme de terre venues dans une cave, cela tient sans doute moins à un besoin du végétal, qu’à une réaction dont la nature nous échappe, et qui est déterminée par le séjour du tubercule dans un lieu humide peu ou point éclairé, mal aéré, impropre en un mot au développement régulier de la jeune plante. Au reste, nous exposons ici nos doutes, sans avoir des preuves sérieuses à l’appui. Nous avons émis ces doutes, parce que nous aimons peu les théories en général, à^cause des déductions souvent exagérées qui en sont tirées, et des erreurs auxquelles on peut arriver quand on les suit aveuglément.

Alkékenge.

Cette plante était connue des médecins grecs qui l’appelaient Svqvxvov akiKayia^ov, d’où l’on fit plus tard le nom de Strychnos halicacabus; on la nommait aussi S. Pliysolida et Solanum Ilalicacabuni. Les Grecs en employaient les fruits contre la jaunisse. Les baies et les semences de l’Alkékenge ont été recommandées anciennement comme diurétiques et sédatives; on en faisait une eau distillée et un sirop. Dioscorides et Matthioli les prescrivaient dans l’ischurie. Actuellement on ne s’en sert plus guère, excepté peut-être dans le Palatinat, où les paysans les prennent comme diurétiques. Leurs propriétés doivent être fort bornées d’ailleurs, puisqu’ils sont mangés, dit-on, dans quelques pays à cause de leur saveur aigrelette. Les feuilles d’Alkékenge ont été quelquefois usitées dans les inflammations de la peau ; elles ne paraissent pas avoir les propriétés délétères des autres Solanées.

MM. Dessaignes et Chautard ont extrait de l’Alkékenge un principe amer non azoté qu’ils ont nommé Physaline et qui a été préconisé par quelques médecins comme succédané de la quinine. On obtient la physaline en traitant par l’eau froide les feuilles de la plante; l’extrait

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aqueux est agité vivement avec du chloroforme pendant dix minutes au moins, jusqu’à ce qu’il ait perdu toute amertume.

La physaline se dépose par un repos prolongé ; on la purifie en la dissolvant dans de l’alcool chaud additionné d’un peu de charbon ; et comme elle est très-peu soluble dans l’eau froide, il suffit d’ajouter cette dernière à la solulion alcoolique filtrée pour obtenir la précipitation de la physaline. Cette substance se présente sous la forme d’une poudre jaunâtre, d’une amertume faible d’abord et qui devient ensuite franche et persistante. Selon MM. Dessoignes et Chautard , sa formule est : Elle se ramollit à 180" et se décompose à une tempé¬

rature plus élevée.

Au Pérou on mange les baies du Ph. peruviana L. Enfin Âch. Richard dit que le Ph. somnifera L. jouit de propriétés narcotiques et que ses baies sont un diurétique puissant. Cette dernière plante paraît être le Slrychnos hypnoticus de Dioscoride.

Piment des jardins.

Le Capsicum annuum L. est une plante herbacée dont toutes les parties jouissent d’une saveur âcre et brûlante. On en emploie surtout les fruits comme condiment sous le nom vulgaire de poivre long. Ces fruits pourraient être employés comme rubéfiants. Witling y a signalé, en 1822, une base solifiable qu’il a nommée Capsicine. Ce corps forme avec les acides acétique, azotique et sulfurique des composés crislallisables que les bases décomposent ; il paraît être le principe actif du Capsicum annuum. Quelques auteurs en attribuent la découverte à Braconnât; mais la matière retirée par ce chimiste du péricarpe du Çapsicum indicum était de nature résineuse ; peut-être est-elle la même chose que la substance cristallisant en aiguilles incolore et nommée aussi Capsicine par Forchhammer, qui la découvrit dans les fruits des Capsicum baccatum, C. frulescens et C. grossum, qui fournissent le poivre de Cayenne.

Le Capsicum annuum était déjà connu des Romains. Les vapeurs de ce fruit, mis sur des charbons incandescents, sont âcres, excitent la toux, des éternuements et môme des vomissements. L’âcreté que nous avons signalée dans le piment annuel est beaucoup plus considérable encore dans les piments cultivés dans l’Inde et en Amérique. En France on en importe deux espèces connues sous le nom commun de piment enragé: le piment de Cayenne , dont Todeur est très-âcre et la saveur insupportable; le piment de Maurice, qui paraît être le plus âcre de tous ses congénères.

Selon Ach. Richard, les naturels du Pérou se serviraient du Cap. toxicarium Pœppig pour empoisonner leurs flèches.

Lyciet.

Les diverses plantes du genre Lycium paraissent dépourvues de propriétés vénéneuses. Selon M. Bouchet*, dans les environs d’Aix, de Montpellier et en Espagne, les paysans mangent les jeunes pousses du Lyciet d’Europe. M. Pouchet en a mangé les baies impunément. Ces baies sont douceâtres et mucilagineuses; peut-être pourrait-on les employer comme pectorales, au moins chez les classes pauvres. Le Lyciet est très-usité dans les environs de Narbonne pour faire des haies de clôture ; on l’y connaît sous le nom de Dard blanc. 11 est assez probable que ses baies ont tenté plus d’un enfant ; mais, bien que nous n’ayons quitté Narbonne qu’à l’âge de vingt ans, nous ne nous souvenons pas d’avoir jamais entendu parler d’accidents arrivés dans ces circonstances. Nous croyons même nous rappeler d’avoir vu manger les jeunes rameaux du Lyciet cuits à l’eau comme des asperges.

On avait supposé que le snccus Lycii des anciens était extrait des baies rouges du Lycium afrum L. Des renseignements pris à de bonnes

Essai sur l’histoire naturelle et médicale de la famille des Satanées. Paris 1827.

sources ont démontré que le suc épaissi, que les anciens désignaient sous le nom deLyciim et qu’ils tiraient de la Lycie et de la Cappadoce, était le produit des fruits et même de la racine du Rhamnus infectorius L.

Scopolie.

Matthiqli découvrit cette plante au seizième siècle dans les environs de Gœritz, la décrivit sous ,1e nom de Solarium somniferum alterum, et en donna une bonne figure. Elle resta oubliée jusqu’au jour où Scopoli la retrouva près d’Idria. Elle a été appelée aussi Solanum somniferum Camer., et Hyoscyamus Scopolia L. Enfin, Schultes en fit le type du genreScopolina. Wier en étudia les propriétés médicales, mais ses essais n’eurent qu’un faible retentissement. Ce n’est que dans les temps modernes que le docteur Lippich, de Padoue, employa cette plante dans les maladies traitées avec avantage par la Belladone et ses préparations. Envoyée de Vienne (Autriche) à Strasbourg, la Scopolie s’est multipliée dans les jardins de la Faculté de médecine, de l’École de pharmacie et de l’hôpital civil. Les essais faits à cette époque ont montré qu’elle remplace imparfaitement la Belladone et que son action la rapproche plutôt de la Jusquiame. B est peut-être à regretter que ces essais n’aient pas été continués. La Scopolie est une plante à végétation hûtive, qui fleurit de bonne heure et peut ainsi fournir des préparations fraîches à une époque où les autres Solanées vireuses commencent à peine à se montrer.

Nicandra.

Le Nicandra physaloides Gærtn., Atropa physaloides L., ne paraît avoir jamais été employé en France; on ne lui attribue pas de propriétés vénéneuses et ij n’est guère cultivé que pour son élégance.

Au Pérou néanmoins on lui attribue une action diurétique, et ses fruits, avant leur maturité, sont considérés comme faiblement narcotiques.

Cestrum.

Le groupe des Cestrinées, formé par M. Schlechtendal {Linnœa, 1833, p. 250), est remarquable par ses effets thérapeutiques et vénéneux. C’est surtout dans leurs baies que paraissent résider leurs propriétés les plus redoutables. On cite particulièrement à cet égard: le C. macrophyllmi Vent., le C. nocturnum L., dont le suc introduit dans le sang amène rapidement la mort, suivant Descourtilz; le, C. venenatum Thunb., qui, selon Burmann, sert à empoisonner les bêles féroces, et que les Boschismans mêlent au venin des serpents pour empoisonner leurs flèches.

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