‹ Des Solutions Hydrargyriques et en particulier celles de Bi-Iodure de MercureChapitre 10 sur 16 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

B..., Jean, 2e maître de timonerie, 29 ans. Cet officier marinier se trouvait aujourd’hui, 3 août 1887, vers 3 heures de l'après-midi, placé sur le torpilleur no 68, conduit par les voies ferrées, de l'arsenal de Toulon à Cherbourg, lorsque, à hauteur de l’école de pyrotechnie un des fils télégraphiques qui coupent la voie en cet endroit vint le heurter à la tête avant qu'il eût

pu se garer et le projeta sur le sol en avant du wagon. ÿ M-

La têle et le tronc qui se trouvaient entre les deux voies n’ont reçu aucune lésion. Quant aux deux jambes qui étaient sur les rails, la droite a été broyée par les roues du wagon, et la gauche fortement contusionnée.

Transporté à l’ambulance de la Division, le blessé, après un premier pansement, fut immédiatement dirigé sur l'hôpital principal où il est arrivé à 4 heures et demie.

L'examen des lésions permet alors d'en juger toute la gravité et l'étendue.

A gauche : 1° une plaie au tiers inférieur de la jambe, peu profonde.

2 Une plaie, à la réunion du tiers moyen et du tiers supérieur, intéressant l'aponévrose du jambier antérieur qui fait hernie à travers les lèvres de la plaie et montre ses fibres assez profondément dissociées. Le muscle est repoussé dans sa loge; application de points de suture; pansement à l’aide de la solution de biiodure de mercure.

A droite : Plaie pénétrante donnant issue à du sang noirâtre et parsemé de goutelettes graisseuses.

L'inspection seule permet de diagnostiquer une fracture des deux os de la jambe. La palpation, très douloureuse, révèle l’arrachement des deux malléoles et des fractures multiples des os du tarse. Il paraît probable que la plaie pénétrante, constatée sur le bord externe du pied droit au-dessous de la malléole, communique avec les divers sièges de fractures.

L'amputation de la jambe droite jugée nécessaire, est acceptée par le malade et pratiquée d'urgence, à 5 heures, au lieu d'élection, sous le chloroforme.

L’ablation du segment inférieur étant opérée, il est fait des sutures profondes au catgut avec capitonnage et des sutures superficielles au fil ciré. L'opération et l'application du pansement au biiodure de mercure ont duré une heure environ. La température monte à 38e. Ÿ

4 août au soir : La journée a été assez calme. Le malade souffre beaucoup de la jambe amputée. Stupeur. Il ne répond qu'après un certain temps aux questions qu'on lui fait. La température est : le matin, à 6 h. 112, 37,9; à 8 h., 37,8. Le soir, à 3 h. 112, 38,4 ; à 7 h., 38,6.

Le 6 août, les pansements sont renouvelés, pas de pus.

Les plaies ont un bon aspect. Température : matin, 38,5 ; soir, 39.

Le 9 août, on refait le pansement de la jambe gauche ; la température vespérale n'atteint que 38,6.

Le 10 août, on renouvelle les pansements des deux jambes. L'aspect des plaies est satisfaisant. La suppuration est établie dans les deux membres. Température 38°,

12 août: Le pansement de la jambe gauche est souillé et les liquides se sont répandus à l'extérieur ; on le renouvelle. Suppuration très abondante à droite, on renouvelle également le pansement du moignon. On détache le capitonnage des sutures profondes. La température est de 37° le matin et 38,6 le soir.

13 août : On remarque des décollements très étendus sur la face interne et sur la face externe de la jambe gauche. On pratique sur cette dernière face une contr'ouverture et on place un drain.

Température : Matin, 37° 6; soir, 380 2,

La suppuration est abondante ; les deux pansements sont renouvelés.

16 août : Le drain placé le 13 est enlevé. Température du soir : 38.

18 août : Suppuration moins abondante et gonflement moins considérable à la jambe gauche. Température : le matin 37° 4; le soir 38° 1. Le moignon est en bonne voie. Bourgeons charnus vivaces. On cautérise de place en place quelques bourgeons exubérants au nitrate d'argent.

20 août : Deux selles diarrhéiques. Salivation. Accidents de stomatite probablement occasionnés par le pansement au biiodure de mercure. On prescrit un gargarisme avec 4 grammes de chlorate de potasse. Température : le matin 37° 5; le soir 37°9,

22 août : Nuit bonne; formation d’une poche dans l’intérieur du moignon. La pression douloureuse provoque l'issue d’une certaine quantité de pus contenue dans ce diverticulum. Salivation moins abondante.

23 août : La cicatrisation marche rapidement à la jambe gauche. La plaie inféro-interne est presque complètement réunie, Bourgeons charnus vivaces à la plaie supéro-externe. En présence de la persistance des accidents de stomatite, on remplace le pansement au biiodure de mercure par les pansements suivants : à gauche, solution d'acide borique et alcool camphré ; à droite, solution d'acide borique et teinture d’iode.

24 août : La suppuration est abolie à gauche; à droite, pus crémeux d'odeur fétide, bourgeons charnus pâles. Température vespérale, 37°5.

30 août : Continuation des pansements boriqués. Disparition d'un décolle-

ment qu'on remarquait en dedans et en haut de la plaie supéro-externe de la jambe gauche. La suppuration est presque complètement abolie de ce côté. La plaie inférieure est cicatrisée.

La surface vive du moignon diminue de jour en jour. Le diverticulum contenant du pus paraît avoir disparu. Suppuration beaucoup moins abondante. Elat général satisfaisant. Douleurs moins vives. Le malade peut se promener dans la journée sur un fauteuil roulant.

8 septembre : Cicatrisation rapide de la plaie de la jambe gauche. Le moignon de la jambe droite va également très-bien.

Les accidents mercuriaux du côté de la bouche ont complètement disparu.

14 septembre : Le malade se plaint d’avoir ressenti de violents élancements dans le membre amputé. On rétablit le pansement au biiodure de mercure.

27 septembre : La plaie est presque complètement cicatrisée.

29 septembre : Douleurs lombaires,

22 janvier 1888: Persistance depuis quelques jours d'une poussée d’ostéite à la partie inférieure du tibia du membre amputé. On percoit, à l'aide de la sonde cannelée à ce niveau, la sensation d’un séquestre mobile, mais qui ne paraît pas entièrement détaché. Continuation du pansement mercuriel.

22 mars : La plaie résultant de l’amputation de la jambe droite étant

- cicatrisée, l'amputé est mis exeat pourvu d’un appareil prothétique.

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