‹ Des Sorties Provisoires a Titre D'EssaiChapitre 13 sur 44 · ELA · texte numérisé non relu

ELA

et ensuite :

« Sortie définitive

« | -23 novembre 1859

« L'essai a réussi, cette malade a repris le soin de

son ménage et nous la regardons comme guérie de

l'affection pour laquelle elle est entrée à Saint- « Yon. »

« Ici c’est le médecin qui avait pris sur lui la respon- « sabilité de cette sortie à titre d’essai. » . Poursuivant ses recherches dans les archives du même asile, le D' Giraud trouve mention d’une sortie d'essai

autorisée, cette fois, par le Préfet.

Rouen, le 10 mars 1862 « Monsieurle. Directeur,

« Conformément aux prescriptions contenues dans « votre lettre de ce jour, j’autorise la sortie en permis- « sion pour quinze jours de la nommée B.,., femme B...

ADréez, GC:

Le Sénateur Préfet.

Par délégation, le secrétaire général.

La sortie définitive a eu lieu le 4 avril 1862.

Dès 1860, Aubanel, à l’asile de Marseille vantait les

sorties provisoires et les préconisait comme moyen de

2% = traitement de la folie. Il y recourait volontiers ; malheureusement, quelques années plus tard, en 1864, la préfecture des Bouches-du-Rhône s’émut de la fréquence des sorties et formula des réserves au sujet de leur emploi, source pour elle de responsabilités qu’elle sup-

portait malaisémen:. Elle saisit la première occasion

qui se présenta pour les interdire. Une famille se refu-

sait à acquitter le prix de pension d’un aliéné en congé : régulier de dix jours. Le Préfet, saisi du différend, fit parvenir au Directeur une note ainsi conçue: « L’incident. « soulevé à cette question m'amène à traiter une ques- « tion plus sérieuse, celles que MM. les Médecins sont « dans l'habitude d’accorder à leurs malades. Je m’abs- « tiendrai de décider de l'opportunité de ces congés « au point de vue de la discipline et de la comptabilité, « des inconvénients graves qui n'auront pas échappé « à votre attention. Je dois ajouter que, bien que les « médecins prennent la responsabilité des autorisations « qu'ils accordent, cette responsabilité en cas d’événe- « ments, retombe toujours, en définitive, sur l’Adminis- « tration. Ces inconvénients sont trop graves pour « qu'on puisse mettre en balance les avantages, d’ail- « leurs contestables, que les malades doivent retirer < d’un séjour passager dans leurs familles. »

Renaudin, dans le commentaire qu'il fit paraître en 1863, de la loi de 1838, émet, en quelque sorté le principe des sorties d'essai, dont il juge la pratique tout à fait louable ; qu'elles s’adressent à des malades en pleine convalescence ou précocement à des aliénés

progressant vers le mieux, elles n’ont, le plus souvent

| — 27 — que de bons effets. IL semble qu'il en reconnaisse la légitimité, dans ces quelques lignes : « Ce n’est sou-

« vent qu'après différents essais que le médecin peut, «< en parfaite connaissance de cause, déterminer les « chances d’amélioration qui peuvent résulter de la __« sortie, les avantages souvent contestables de la vie de « famille, incompatible avec l’état du plus grand nom- « bre, et enfin, la nécessité de maintenir l'isolement. » En 186% et en 1865 la Société médico-psychologique

convie ses membres à l’éclairer sur les divers modes d’assistance applicables aux aliénés. La question des

sorties d’essai fut discutée et la majorité de l’Assemblée

se montra favorable à leur usage.

Le D' Brunet fait ressortir qu'il est de bonne pratique d'envoyer les malades achever leur convalescence au sein de leurs familles. Il dit les bons résultats des sorties précoces. Il faut profiter des améliorations pour renvoyer les malades chez eux én essai.

Le Le D' Baillarger sait que dans de nombreux asiles,

Z on a recours à des sorties ainsi conditionnées, mais

elles ont le tort de porter offense à la loi.

Le D’ Delasiauve consent à envoyer les malades

auprès des leurs, maïs après qu'ils auront séjourné quel-

‘que temps dans une colonie familiale.

Dès 1865, le principe de l'assistance des aliénés chez eux est admis formellement par plusieurs aliénistes. M. Foville propose d'accorder aux aliénés renvoyés à leur domicile, des secours en argent prélevés sur les - fonds de l’Asile.

| Lui-même, partisan convaincu des sorties d'essai, en

: —28— avait fait profiter 29 malades en 1869 ; en 1866, 41 de ses pensionnaires étaient libérés à titre provisoire; 32 de ces derniers y gagnèrent leur sortie définitive.

M. Ernest Bertrand dans un opuscule paru en 1872 s'exprime ainsi (1): « quand la maladie s’est améliorée, « mais reste stationnaire et lorsque le caractère de la « folie n’a rien de dangereux, quelques chefs d’établis- « sements envoient les aliénés passer quelque temps « dans leur famille. Ces essais, qui ont quelquefois « produit d’heureux résultats n’ont été prévus ni par « la loï, ni par les règlements. Ils ne paraissent pas « être pratiqués dans les établissements publics ni « mème habituellement dans la plupart des établisse- « ments privés. » |

Il est fort à croire que M. Bertrand, bien qu’il ait eu connaissance des sorties d'essai, fut mal renseigné sur le plus ou moins de vogue de la mesure. Tout ce qui précède tend, au contraire à faire croire qu'on en faisait un usage moins restreint qu'il ne veut bien le dire.

En 1872 également, en une séance de la Commission : chargée d’étudie: les modifications à introduire dans la législation relative aux aliénés, le Président pose à M. Voisin la question suivante : « Y aurait-il quelque utilité à ce que les aliénés sortissent à Litre d'essai et fussent alors traités à domicile pendant une certaine

période de temps? »

Le D° Voisin fournit ces explications : « Cette mesure

1, KE. Berrran», Æludes sur les diverses législat. relatives aux. aliénés. Paris, 1872,

serait très utile. Il y aurait bénéfice à faire sortir certains aliénés des asiles à titre d'essai, ainsi que cela se pratique en Angleterre et à les faire traiter à domicile pendant quelque temps. » Il voudrait généraliser le système de mise en liberté provisoire par la création de quartiers de transition.

En 1876, le D' Auzouy, directeur-médecin de l'asile de Pau étudie dans les Annales médico-psychologiques les sorties à titre d'essai. Pour lui, il y a de grands avantages à recourir à ce modus faciendi : « Dans la « pratique quotidienne, il survient des cas nombreux « où il y a convenance, quelquefois même nécessité de « faire sortir des aliénés dont le médecin ne peut garan- : « tir la guérison, ni la déclarer officieusement. Ce sont « ces cas qui réclameraient pour les directeurs des « asiles le droit d'accorder des mises en liberté provi- « soires avec faculté d'admettre de nouveau les mala- « des rechutés sans formalités, si dans un délai que « l’on peut raisonnablement fixer à 3 mois, il survient « de nouvelles crises délirantes. » Il constate que cette amélioration est depuis longtemps réclamée par bon nombre d’aliénistes et que dans leurs rapports, M. Dagonet et lui-mème ont demandé l'autorisation d’accorder des sorties d'essais permeltant la réintégration immédiate et sans formalités nouvelles. Cependant comme aucune loi n’est intervenue pour régulariser cette mesure, ildégage sa responsabilité en proposant au Préfet d'autoriser l'essai d’une sortie précoce, conditionnée comme une sortie définitive. Dans l’état actuel des choses,

c’est le moyen le plus sage et le plus recommandable.

Dans la séance du 30 décembre 1878, la Société médico=

- psychologique s'occupe une première fois de cet important problème. M. Baillarger désireux de consulter la société sur une question intéressante de pratique, provoque de la part de M. Lasègue la fameuse réplique que nous avons citée plus haut : « Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée. » Mais le débat n’effleura même pas le côté médical du sujet et la discussion ne larda pas à se perdre dans un dédale de considérations juridiques et administratives: La société en resta là pour cette fois. | Ë

Le D: Taguet en 1879, pense qu'un moyen terme doit trouver sa place entre la séquestration complète et la liberté absolue. Il envisage par dessus'tout le point de vue clinique de la question. Son article paru dans le numéro de mars des Annales médico-psychologiques, affecte un titre suffisamment explicite : « Des sorties provisoires comme moyen de traitement de la folie. » Ce travail est d'autant plus remarquable qu'il apparaît un des premiers conçu dans un esprit purement médical. Pour M. Taguet, les sorties d'essai sont en germe dans le règlement ministériel du 20 mars 1857 ; dans un grand nombre de départements, elles sont sinon autorisées du moins tolérées, leurs inconvénients ne doivent causer que peu d’inquiétudes. « Je suis porté à « croire, afficme-t-il, qu’elles constituent dans certains « Cas un puissant moyen de traitement devant lequel « doivent s’incliner les considérations strictes des règle- « ments. Combien de guérisons auraient pu être obte-

« nues par ce moyen de traitement ? » Il apporte à

id ee Æ RE tes

l'appui de sa thèse quatre observations que nous ne £ négligerons point de lui emprunter, pour le plus grand

Ë -bien de notre cause.

La question du régime de la convalescence et des sorties des aliénés réapparaît en 1883 à la Société médico-psychologique, à propos d’une communication de M. Motet, sur les garanties apportées à la sortie des LS aliénés des établissements publics et privés. Cette fois

le débat, nourri des opinions les plus diverses, acquit toute l'ampleur qu’on devait lui souhaiter. Il convient * de lévoquer ici, sous ses aspects les plus remarquables. M. Falret aborde le premier la discussion et nettement il délimite le sujet. Il esquisse d’abord un historique des sorties à titre d’essai; c’est dans les asiles de province que les premières tentatives ont été faites. A Paris, ia Préfecture, d’abord hostile à cette innovation, a fini par consentir aux essais. Ils sont utiles, en ce sens qu’ils permettent au médecin de mieux apprécier l’état du malade, et que le malade n’en tire que du profit pour sa santé. S’il y a quelques inconvénients, présentant même un certain caractère de gravité, ils sont notablement inférieurs aux avantages.

A cette déclaration d’un partisan de la nouvelle mé-

se thode vinrent s'opposer les arguments nombreux for-

mulés par M. Legrand du Saulle et M. Espiau de

Lamaëstre.

Sile premier exagère sa prudence jusqu'à en faire | l'arme d’une opposition mal déguisée, le second se montre, dès l’abord, et semble-t-il de parti pris, l’ad-

versaire résolu des sorties d’essai.

Page 1