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M. Legrand du Saulle, qui à Bicètre, n'avait jamais cédé aux instances des familles et n’avait jamais voulu accorder le plus petit congé, « füt-ilde cinq mi* nutes », les autorisa par la suite à la Salpétrière, déférant à la tradition locale, et c’est la seule raison pour laquelle sa sévérité s’est un peu relàchée. Les congés ne réservent que des déceptions et leur pratique est une source de malheurs et d'accidents : il faut craindre les” scandales, la transmission des maladies contagieuses ; quant aux sorlies provisoires àtitre d'essai, M. Legrand du Saulle les comprend bien moins encore. L’objection principale qu'il formule contre elles est celle-ci : un grand nombre d'enfants trouveront la vie dansune rencontre malsaine de leurs parents. L’accouplement de l’époux sain et de l’époux demi-fou favorisera toutes les lois de la transmission pathologique. » Il termine son réquisitoire par celte phrase lapidaire : « La France a besoin d'enfants et non pas d’idiots. »
M. Espiau de Lamaëstre ne semble pas établir de délimitation bien nette entre les sorties provisoires d'essai et les congés. Sans les repousser d’une façon absolue, il adresse aux uns et aux autres des reproches d’une gravité telle qu'il lui est désormais impossible d'y avoir logiquement recours. ;
Les sorties provisoires, à l'entendre, sont préjudiciables aux malades qui, en cas de non réussite de l’essai, reviennent plus troublés et voient leur guérison compromise. Voici la chose jugée au point de vue médical. IL est cependant d’autres inconvénients : des parents font
sortir leurs malades à titre d’essai dans un tout autre
but que celui de leur être utile: c’est souvent dans le
” dessein de leur extorquer une signature pour des affaires d'intérêt.
En accordant des sorties provisoires, le médecin se fait, en quelque sorte, le complice des fraudeurs. D’autre part, il ne saurait étre ici question de libéralisme.
Il termine sa communication sur cet appel désespéré, sur ce cri d'alarme d’un pessimisme qui ne veut rien
entendre: « Autoriser sur une grande échelle les sorties «< provisoires et les congés, c’est ouvrir la porte à toute « espèce d'accidents, à une multitude d'actes criminels, <« à toutes sortes d'abus, sans compter les soucis et les « inquiétudes en permanence que le médecin se crée el « cela pour un résultat bien aléatoire au point de vue « des avantages que ce genre de sorties peut offrir au « malade. »
Cependant les sorties d'essai devaient en cette séance mémorable conquérir droit dé cité, car si elles avaient vu se dresser devant elles des ennemis peu disposés à céder, du moins ses défenseurs se levèrent-ils nombreux, unissant leurs efforts pour faire triompher la
cause d’une mesure qu'ils étaient unanimes à trouver excellente.
MM. Voisin, Lunier, Foville, répondant à M. Legrand du Saulle, lui font objecter que la plupart des arguments employés par lui n’ont pas l'effet qu'il pouvait en attendre; si les uns portent à faux, les autres ne semblent pas plus réels ou du moins de peu d'importance. Les orateurs cherchent à calmer les inquiétudes de M. Legrand du Saulle en faisant passer par des-
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sus des catastrophes un peu chimériques l'intérèt bien compris de la majorité des malades. Ces sorties pratiquées sagement el avec mesure, entourées de garanlies sérieuses paraissent avoir une utilité incontestable et nous offrent le meilleur critérium de la guérison.
M. Voisin fait, d'autre part, observer que s’il est partisan des sorties à titre d'essai, il entend bien cependant que ces autorisations soient toujours subordonnées : à l'appréciation du médecin et il m’admettrait pas un “article de loi qui lui forçerait La main.
M: Christian se déclare tout net d’un avis entièrement opposé à celui de M. Espiau. :
Les sorties d'essai sont à ses yeux un bionfait inap- : préciable, il en use chaque fois que l’occasion s’en présente : « Depuis que j'ai l'honneur d’être chef de ser- « vice, soit à Maréville, soit à Charenton, j’açcorde des « congés de la facon la plus large. Mon collègue Rütti « en agit de même et je puis dire que ni l’un, ni l'au- « kre, nous n'avons jamais eu à nous repentir de notre « tolérance, qu'au contraire, nous en avons retiré de «< grands avantages. » Un autre avantage, sur lequel il insiste particulièrement lui paraît de la plus haute importance: en multipliant les congés et les sorties provisoires, « le médecin donne à l'asile d'aliénés la « physionomie qu'il doit eue avoir. L'asile « cesse d'être La renfermerie et sije ne craignais pas « d’exagérer, la prison; il devient la maison de santé & véritable. »
Loin de lui la pensée de nier qu’il puisse y avoir à
celle pratique quelques inconvénients,-mais ils sont
Ge
En ie, : SÉE éelipsés par les avantages, Et d'ailleurs, la responsabilité du médeein n'est pas, en l'occurrence, aussi engagée
qu'on veut bien le dire : la personne qui prend en garde
l’aliéné en répond aussi longtemps qu’elle ne l'aura pas ramené, Dans le cas de placement volontaire, il ne
saurait se présenter aucune difficulté. Le cas est plus < difficultueux quand il s’agit de placements d'office. lei, - la Préfecture de police se désintéressant absolument de
la question et peu soucieuse d'intervenir, c’est au
médeein seul qu’il appartient de prendre une décision. En 1884 (1), le chroniqueur des Annales médico-psychologiques, reproduisant l'état d’âme de la plupart des médecins d'asile, exprime le regret que les sorties d'essai ne soient pas réglementées. Il ineline à croire qu'un article de loi sanctionnant et réglementant les essais aurait de grands avantages, en ce sens qu'il permettrait ces sorties beaucoup plus souvent et ferait cesser du côté du médecin toute crainte, toute incertitude.
En 1888, Le D° Chambard (2) dans une étude easuistique sur la mise en liberté des aliénés demande que la
conscience du médecin puisse ètre rassurée par une
‘disposition légale nouvelle. Il pense que la loi devrait
reconnaître officiellement les sorties d'essai; elles n’au-
raient sur l’internement qu'une action suspensive; en
cas d'alerte durant le cours des sorties, une mesure de
- simple police permettrait la réintégration du malade à
la maison de, santé.
1. M. Lxcrais. Rapport au Cons. Sup. de l'A.-P. 1902, fasc.87. 2, Cuamsasr. Ann. méd.-psych. 1888, 7° s. t. 8.
En 1889, le D' Kéraval (1), au Congrès international d'assistance publique, au cours de son rapport sur les aliénés hors des asiles, traite des sorties d’essai. Il considère qu’elles ne sont possibles qu'avec l’organisation du traitement des aliénés à domicile: Elles auront alors un véritable rôle thérapeutique.
En 1896, M. Marandon de Montyel (2) expose les principes de la nouvelle hospitalisation des aliénés par la méthode de liberté, ainsi qu'ils sont appliqués à Ville Evrard. Il dit en quelle estime il tient les congés et surtout les sorties provisoires, dont l'utilité n’est pas contestée, au triple point de vue diagnostique, thérapeutique et économique. Sur ce sujet, ajoute-t-il, tous les aliénistes sont d'accord.
La mème année, dans le rapport qu'il présenta au Congrès de Nancy, le D' Paul Garnier consacre tout un paragraphe aux avantages des sorties à titre d’essai : « Où l'accord est plus complet que sur la question de « lopen-door, c'est sur la question des sorties provisoi- « res et à titre d'essai. Lorsqu'un malade est très amé- « lioré, il peut être très utile de ne pas rompré d’em- « blée avec les liens qui le rattachent à l’asile et il « serait d'autre part nuisible d’agir avec lui comme au « temps où son affection mentale obligeait à le tenir
« enfermé, Une transition est ménagée, on accorde des
l. Dr Kéravar. Rapport au Congrès international de l'A. P.
2, Dr Maranpon pe MonryeL. Ann, méd. psych., 1896, t HT, p.71.