‹ Des Sorties Provisoires a Titre D'EssaiChapitre 15 sur 44 · RD SS · texte numérisé non relu

RD SS

« congés qui permettent de graduer en quelque sorte « le retour à la liberté complète et de juger à l’aide de . « quelques expériences de ce genre, si la sortie défini- « tive peut être autorisée. Je sais bien que cette manière « de procéder n’est pas sans entrainer quelques acci- € dents fâcheux et quelques difficultés d'ordre admi- « nistratif. Mais la somme des avantages parait large- « mént supérieure à celle des inconvénients. »

En 1897, le D:' Christian (1) écrivait dans les Annales médico-psychologiques : « À Charenton, les sorties sont « fréquentes, aussi fréquentes que les circonstances le « permettent. Quant aux sorties d’essai, elles sont d’un « usage si habituel qu’il est rare qu’un pensionnaire « sorte définitivement avant d’avoir passé par cette « épreuve. »

En 1898, le D: Ritti, médecin de la Maison nationale de Charenton et collègue du D° Christian, applique les sorties d'essai, au traitement de la mélancolie (2). Nous nous réservons d’insister plus loin sur son article.

En 1902, le D: Legrain (3) communiqua au Conseil supérieur de l’Assistance publique un volumineux rapport sur la convalescence des aliénés. La question des sorties à titre d'essai y est traitée dans son ensemble, mais l’auteur s'attache surtout à mettre en lumière quel concours elles apportent à la solution du problème d'assistance aux aliénés.

1. D: Curisrian, Ann. méd. -spych., rss 1897, p. 70. 2, Dr Rrrri. Traitement de la mélancolie. Un (railé thérapeu..

pue de A. Robin, 1898, t. 20, p. 176.

3. D' Lecrain. Rapport au Cons.sup. de l'A. RE 1902, tasc. 87.

RO

L’aliéné est, dans son œuvre, présenté sous les deux aspects qu'il intègre vis-à-vis du médecin et dé la société : deux êtres sont en lui, l’añtisocial et le malade. Le rôle légal dé l’asile à sa raison d’être, à sa nécessité quand lé fou menace la sécurité publique ja ce moment précis le traitement médical et la séquestration s'imposent. Plus tard, l’être antisocial disparaît, il n’y a plus que le malade: le rôle de l’asile légal cesse à ce moment, inais lé malade a besoin d’être assisté. Or, un des moyens de lui assurer Île prompt retour de la santé ét de préparer sa réadaptation au milieu social se présente dans les sorties d’essai. Outre qu'elles s’affirment la meilléure piérre de touche dé la guérison et le caracière décisif qu'elles confèrent äu pronostic, sans éllés bien incertain, elles luttent avec efficacité contre la chironicité, cause majeure de l'encombrement des äsiles-

Après uh sobre apercu historique, d'où se dégage cette notion qué le régime de la convalescence n'existe que très imparfait, le D' Legraiti nous révèle les résultâts d’une vaste enquête, menée auprès de toutes les préfectures et de tous Les établissements d'aliénés, afin de savoir dans quellé mesure on avait en France recours aux sorties d'essai, et quels résultats elles permettraient d’aboütir au point de vue de la curabilité des aliénés qui en bénéficiaient,

La consultation des praticiens et directeurs d’asiles motiva de leur part 149 réponses, 120 venaient d’asiles publics, 29 des maisons de santé privées.

Cent-trente réponses ont été formulées par des méde-

cins oupar des directeurs médecins, L'enquête presque ;

ékclüsivément médicale, a done ane très grande valeur. Sur 120 réponses obténues des asiles publics, 11 doi : Vent ètre défalquées qui font double émploi avec celles des médecins, Soit en tout 109 réponses.

A la question, faitéd Vous usage des sôrties d'essai pour les aliénés conväléscents, 96 médecins répondent ES eRPent ; 13ne En hip pe ou ne veulent

On et d’après ces données, conclure que les sortiés d’essai sont d’un usage presque général dans toute la

France.

Dans les maisons de santé particulières, l'essai est pratiqué dans une proportion moins élevée. Sur 29 réponses 10 ne sont pas favorables à la mesure.

L’explication de cette abstention s’explique ‘pour plusieurs raisSOnS :

4° Dans beaucoup de maisons privées, les familles ont tendance à retirer hâtivement leurs malades, dès les symplômes d'approche de la guérison. 2° Lies placements directs s'effectuent en vertu d'une procédure $i peu compliquée que la perspective d'une réintégration, après une sortie définitive suivie de rechute n’inquièle en rien les familles.

| Quelle est la fréqence dés sorties d'essai ? C’est ici que les divergences commencent à apparai- Lre ; (ee sera là matière à discussion dont nous aurons à faire notre profit).

limédecins leseriploient d’une façon intensive et presqué systématique, 28 les indiquent comme fréquentes;

CS : — 40 — 12 comme assez fréquentes. Soit un total de 5% réponses émanant de médecins résolus.

Par contre, dix-neuf questions sont restées sans réponse, sept médecins usant des sorties n'indiquent pas leur degré de fréquence, vingt-cinq n'y ont recours que rarement, deux très exceptionnellement soit en tout cinquante-trois hésitants.

Dans les asiles privés, pour huit médecins qui les emploient volontiers, dix-neuf négligent de s'en servir.

L'enquête porte également sur la durée des sorties provisoires, sur la fréquence de leur tranformation en sorties définitives ; nous ferons au point voulu de notre thèse, figurer les données que comporte la réponse à

ces Qué AUS.

StTro

S L'une d'elles cépodant demande qu ‘on rapporte en

cet endroit même les diverse <epinions TUE AUS dessein de solliciter. C’est la suivante” Êtes-vous PT tisan de la mesure ? Fe

Sur 132 avis exprimés, 105 sont catégorat Lens émis dans un sens favorable et l'on peut inférer 1€ 105 médecins sont acquis à la méthode. Une vingtaine de voix votent contre. Le scrutin atteste l’indiscutable majorité des partisans de l’essai et donne gain de cause aux sorties provisoires.

Une dernière question s'imposait ; le pourquoi nous est donné par M. Legrain en cette phrase : « La prati- « que de la méthode peut avoir en elle-même certains «inconvénients et ces inconvénients pourraient être < assez gros pour que le législateur peu sensible à l’as-

sislance généreuse des médecins se refusât à la sanc-

Re :

« tionner. » D'où l'utilité de cette question : « Quels.

inconvénients avez-vous pu en éprouver ?

- Cent-huit réponses sont parvenues à l’enquêteur ; 72 d'entre elles estiment qu'il n’y a que péu d’inconvénients ou qu'ils semblent insignifiants.

Les 36 autres en signalent dont l'importance est variable ; leurs griefs sont groupés sous quatre chefs :

1° Les inconvénients viennent des familles ;

2° Ils sont inhérents à l'attitude des familles au dehors ;

3° Ils sont relatifs aux malades eux-mêmes (suicide) ;

4° Ils sont encore relatifs à la tutelle.

Bien que n’opposant à la pratique que des obstacles assez frèles, ces inconvénients ne demandent pas moins à être pris en considération. Ils sont un juste frein à l'emploi irréfléchique pourraientfaire des sorties d'essai, des praticiens qu'une pareille enquête inciterait à s’éprendre exagérément d’une mesure unanimement appréciée.

En 1903, le D’ Hospital (1), commentant dans les Annales Médico-Psychologiques une eommunication que le préfet du Puy-de-Dôme adressait au directeur de Sainte-Marie (à Clermont-Ferrand), à propos de la réglementation des sorties d'essai, se complaît à examiner de près la question. Après un rapide coup d'œil jeté sur la loi de 1838 et sur les réformes qu'on

tenta d'y apporter, il regrette qu'elle n’ait pas auto-

1. Dr Hospirar, Ann. méd. psych., 1903, &5,,t. XVIIT, p. 593.

di ne

. autorisé les sorties d'essai et il se demande par quélle

circonstance le. projet de loi dé 1887 a été ameñé à incorporer dans son texte l'article 49, relatif « à l'emploi humain ét cüratif des sorties et congés d'essai »+:

Il montre que les aliénistés dé France « n'ont pas « attendu une nouvelle loi pour user d'un nibyen qui

« est à la fois concordant avec Ja thérapeutique men-

tale et l’altruismé ». I ditlés débats dé la Société Médico-

Psychologiqué, rappelle les dispositions! dans dés lois.

anglaises et écossaises ; fait ressortir qu'à la maison

de Charenton, les médecins usent des sorties d'essai

d'une façon pour ainsi dire systématique et cite à ce

propos MM. Christian et Ritti: <

Pour le D° Hospital, une considération prime toutes les autres : c’est le souci de guérir le malade. Mais il est aux libérations provisoires d’autres avantages ét non des moindres : ellës sont le critérium de la guérison, aident les malades et les vieux internés à se réac-

climater à la liberté. En terminant l'auteur se pose à

avec sagesse el expérience des sorties et congés ? » Oui, si le médeein n’y met pas touût lé sérupule voulu. Non, si le praticien emploie tout Son savoif et une prüdence poussée jusqu'à la défiance de soi-même et des intéressés.

En 1903, M: André Lefèvre (1), étudie dans la Revue de Paris, les conditions les plus capables de favoriser

la convalescence des aliénés. Le temps n’est plus ou

1 Lerèvre ANbRé, 1° février 1903, p. 640:

lui-même cette question : « Ÿ a-t-il inconvénient à üser

Lasègüe à pu dite avec une apparence de vérité que le

fonctionnaire le plus important d’un asile était le por- tiér. Le D' Christian ne donnait-il pas, dans le passé,

raison à Lasègue quandil écrivait: « L’asile cesse d’être

48 renfermerie et si jose dire la prison... ? » Ï existe

actuellement une thérapeutique mentale, imparfaite

sans douté,mais s’honorant de progresser vers d’inces-

Santes améliorations. Les sortiés d'essai, non encore

__ reconnues par la loi, alors qu’elles sont adoptées par

certains pays d'Europe, sont un des plus puissants

moyens d’aäction qu’on doive reconnaitre aux aliénis-

tes. Maïs leur pratique doit $’entourer d’un luxe de q

précautions et de garanties indispensables pour pouvoir

tirer du nouveau système tous les âvantages qu’on est

- en droit d’en attendre : on ne devra confier les mala-

des qu'à des aliéñistes de carrière et faire en sorte que

le rapport du nonibre de médecins au nombre de mala-

des diminue notablement, Dans un autre ordre d'idées

il ést nécessaire qu'une loi couvre la responsabilité du

praticien.

Et puis, où trouverait-on motif à retarder la promul-

gation d’un article de loi qui autoriserait la mise en

liberté provisoire : « S'il était vrai que la présence d’un

« aliéné dans la rue puisse ètre un péril, la loi de 1838 « nous y éxposerait déjà. Car enfin, on semble trop « oublier que cctte loi tutélaire, qui défend les sorties & d'essai, autorise les congés en cours de traitement.

« Or, si danger il y a, les permissions de courte durée

« Sont aussi dangeretisés que les attres. » Plus dange-

reuses même, soutiendrons-nous avec lé D' Hospital,

surtout quand ces permissions s'étendent aux nuits ; le malade se comporte tout autrement la nuit que le jour et peut exposer sa famille et lui-même à des ennuis plus ou moins graves.

Au Congrès qui se ‘tint à Bordeaux du {* au 7 juin 1903, le D Giraud (1), médecin-directeur de l'asile de . Saint-Yon, apporte à la contribution de Assistance aux aliénés un travail des plus concis où il est amené à s'occuper des sorties d'essai. Après avoir fait le procès des quartiers de convalescence, que l'expérience a convaincus de porter offense à la théorie, il n’hésite pas à déclarer que les sorties provisoires lui apparaissent comme la mesure « capable de donner les meilleurs « résultats pour la convalescence des aliénés. » Son témoignage s’autorise d’une longue pratique des sorties d'essai, que l’estimable médecin de Saint-Yon a depuis longtemps reconnues efficaces. Elles sont, devenues d’un usage courant dans le département de la Seine- Inférieure ; et en 1902, dans son service à Saint-Yon, cinquante-deux sorties ont été précédées d’un congé d’un mois. Médecin-adjoint à l’asile de Quatre-Mares, il en avait déjà reconnu les bons résultats et plus tard, directeur-médecin de l’asile de Fains, il les avait obtenues sans difficulté. L'auteur trouve intéressant de reproduire la courte discussion qui eut lieu au Conseil supérieur de l’Assistance publique, dans sa session de juin 1891, où l’on discuta les sorties d’essai. M. Bour-

1. D' Grrau». Rapport au Congrès d’Assistance publique de Bordeaux en 1903, vol. IIT, p. 298, 1904.

Se neville, rapporteur, fait observer qu'aucun inconvénient n’a résulté de cette pratique et que l’article 46 ne fait que mettre dans la loi ce qui est déjà en usage.

Au même Congrès, le D' Antony Rodiet présente son rapport intitulé : De l'assistance aux aliénés inoffensifs convalescents et guéris (1). Il met, dès l’abord,

en fait, qu'au cours de la convalescence de la plupart des affections mentales « il se produit une période où

« le malade n’évolue pas plus vers la guérison que vers

« la chronicité. Si à cette époque de la maladie, il est « possible de faire cesser l’internement pour rendre le « convalescent à son milieu à titre d’essai, la tentative « est souvent profitable. » Du reste, on n’en est pas à inaugurer une telle pratique, qui a déjà donné des preuves ; elle a pour effet, outre ses avantages curatifs, d’annihiler le gros obstacle à la sortie des malades d’asiles : l'abandon que lui inflige sa famille. D'autre part, elle trouve son application dans la mise en liberté des alcooliques qui, tenus sous la menace d’une prompte réintégration au moindre écart, se contraindraient à

plus de sobriété.

S'il y a des inconvénients à cette manière de faire,

ils seront d’autant moindres que l’examen du médecin

aura été plus sévère. Une connaissance approfondie des malades est le plus sûr garant de succès de cette

méthode, dont on requiert les bons offices dans la plus

1. Île Concrès narionaL d’Assistance publique et de Bienfaisance privée. Bordeaux. Du 1° au 7 juin 1903, vol. IIT, p.333, et Revue Philanthropique, n° 80, 10 décembre 1903.

‘large mesure, à l'asile de Montdevergues où le P'Piche-

not le premier l’a instituée. ES En 1904,on peut lire dans les Annales médico-psycho=

logiques un article très documenté du D Cullerre 15e ee

sur le « no restraint et Popen-door » tels qu'on les.

conçoit aux États-Unis d'Amérique.

L'auteur déplore que Pusage des sorties d’essai nesoit

pas plus répandu dans notre pays où « la loi ne les

« autorise pas expressément et où certaines adminis-

« trations préfectorales s’y opposent même d’une façon.

« formelle ».

M. Xavier Francotte (2), en 1906, sous le titre : « Le :

traitement avant et après la folie confirmée, » tient à

présenter quelques considérations qui se rattachent à

une question étudiée par M. Peeters dans une commu-

nication antérieure à l’Académie Royale de médecine

de Belgique: le traitement de la folie en dehors des asi- :

les. Au regard de l’auteur, les sorties d'essai constituent

une. mesure excellente à plus d’un titre: elles facilitent

la sortie des malades, éprouvent leur résistance aux

contrariétés de la vie commune et dans eertains cas

vont au-devant de la guérison.

Cependant que les praticiens, prenant bravement

leur parti, ne laissaient perdre aueune occasion de témoigner aux malades leur sollicitude sans seconde,

. De Currerrs, Documents d'outre-mer no restraint et openoo Annales méd.-psych., 1904, t. XEX, p.425.

. X. Fraxcorts. Bull, Acad, Roy. méd,. Belgique, 31 mars

ee. — AT —

ausein d'une atmosphère lourde de responsabilités et s’accordaient à interpréter Les règlements dans ke sens le plus large et Le plus généreux, un vent de réformes soufflait tant au Sénat qu’à la Chambre des députés, emportant la discussion vers le traitement des aliénés

et les modifications souhaitables à la loi de 1848.

Aucune satisfaction légale n’est cependant venue sanctionner un état de choses acquis à lexpérience, et, à défaut de cette consécraation vainement attendue, nous ne pourrons enregistrer ici que les vœux des

Sociétés et des Congrès et rapporter les projets de loi

successivement présentés aux deux Chambres. ;

Ainsi qu'il apparaît à certains auteurs, on peut voir dans le réglement général du 20 mars 4857, un acheminement vers les ‘sorties d'essai. [Il faut cependant

convenir que c’est à un artifice d'interprétation. Il

s’agit, en effet, des permissions ou congés de distrac-

tion, que nous avons montrés dans teur essence bien différents des sorties provisoires.

En 1870, un projet de réforme présenté à la Chambre par MM. Gambeita et Magnin, ne comporte parmi ses quatre-vingt-deux articles aucune allusion à la mesure qui nous préoccupe.

“Il faut en arriver à 1884 pour voir lancer en ce sens une nouvelle tentative. Le projet Roussel, le seul qui ait été discuté et adopté, est le seul qui légifère sur la matière, conjointement avec le projet présenté par le Gouvernement. L'article 51 prévoit les sorties à titre d'essai. Les médecins sont autorisés à Les accorder pour

une durée qui n’excèdera pas un mois ; au-delà de ce

ya

terme, c’est le préfel qui a seul qualité pour les autoriser, après avoir pris l’avis d’une commission permanente. En toute circonstance avis en est donné au procureur et au maire. C’est à ce dernier qu’échoit le soin de réintégrer le libéré conditionnel en cas de rechute.

Le Sénat, supprimant l'avis de la commission permapente, lui substitue l'avis d'un médecin inspecteur.

Le projet de loi tendant à la révision de la loi du 30 juin 1848 réglemente les sorties d'essai dans le texte suivant, adopté par le Sénat le 14 décembre 1886 et le 11 mars 1887 (1).

Art. 49. — Les médecins des établissements autres que ceux mentionnés à l’article 38 (aliénés criminels) peuvent, à titre d'essai, autoriser la sortie des malades pour la durée d’un mois.

Les sorties de plus d’un mois doivent être autorisées par le préfet, après avis du médecin inspecteur. Mention de ces mesures est faite sur le registre prescrit par l’article 21 et notificalion en est adressée au préfet, au procureur de la République et au maire de la commune.

Ce dernier, en cas de rechute du malade pendant son congé

doit veiller à sa prompte réintégration dans Pasile,

Le projet de refonte Roussel a été présenté à la Chambre des députés le 24 juin 1887.

En 1890, un projet Bourneville se borne à reproduire les dispositions précédemment adoptées par le

Sénat.

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