LES SORTIES D'ESSAI A L'ÉTRANGER
Cet aperçu historique suffit à nous montrer que si le législateur de 1838 a fait une œuvre sage et salutaire, diverses situations nouvelles, diverses nécessités lui ont échappé qui s'imposent à notre considération. L'usage a montré quelles lacunes devaient être comblées, quels perfectionnements devaient être apportés à la loi primitive; le désir d'améliorations tant souhaitées n’a cependant abouti qu’à la confection de successifs projets, vœux que nous ne voulons pas craindre stériles, qui moisissent, épris d’un meilleur sort, dans les cartons des ministères. Si nous jetons les yeux autour de nous, il nous faudra, une fois de plus constater, que certaines nations d'Europe nous ont devancé dans cette voie des réformes humanitaires. Les législations de ces puissan ces, régularisant les sorties d'essai, ont eu le souci de couvrir par des mesures officielles les responsabilités paralysantes, entraves aux meilleures volontés.
En Angleterre, patrie de l’open-door et du no-restraint
CR
le médecin peut donner des permissions de quarantehuit heures et les Commissionners of lunacy qui constituent pour ainsi dire le bureau central des aliénés peuvent accorder aux convalescents des congés d’une durée illimitée autant qu'indéfiniment prolongeables.
En 1896, au Congrès de Nancy, le D' Rouby, rapportait de sa visite à l’asile de Bethlem à Londres, d’utiles renseignements, matériaux indispensables à ceux qui s’occupent des améliorations de la loi de 1833.
« Actuellement, écrivait-il, les malades idiots ou dé- « ments sortent au dehors avec leurs parents à qui le « D' Smith Percy, les confie. Un autre est conduit, « chaque mardi, dans sa famille, à 8 heures du matin «et ne rentre le soir que vers 9 heures... Des malades « atteints de délire de persécution au premier degré, « mais étrangers à la ville, sortent chaque jour non « accompagnés pour faire une promenade de deux ou « trois heures dans les environs. Le frère d’une pho- « bique qui habite loin, et ne peut venir voir sa sœur « qu’une fois par an, arrive le matin, passe la journée « avec elle; ses visites durent parfois cinq à six jours « consécutifs.
Faut-il avec le D' Hospital émettre cette réflexion que ces congés équivalent à des sorties d'essai? Leur courte durée ne semble pas devoir nous autoriser à en juger ainsi; il est vrai que toute la question est de savoir en quel esprit le médecin use de ces congés. Nous inclinerions volontiers à croire qu’il s’agit ici de congés de distraction.
Le système des libérations provisoires est cependant