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sans doute, ne seraient pas survenues én{ra-muros. L'une des observations du D° Taguet, que nous reproduisons en notre ouvrage, ne peut qu'affermir l’autorité de ce témoignage.
M. Mahé (1), relatant en 1903, dans la Revue philanthropique les chiffres des guérisons et des améliorations de la Maison Nationale de Charenton pour l’année 1900, fait ressortir que le chiffre des améliorations (3,78 0/0) est d'autant plus significatif que la proportion ci-dessus indiquée porte sur la totalité des curables et des incurables. « J’ajouterai, écrit-il un peu plus loin, que « les sorties par amélioration sont les résultats de sor- « ties à l'essai préconisées par les médecins de la Mai- « son Nationale pour parfaire la guérison des malades « qui leur paraissent aptes à profiter d’une liberté sur- « veillée et pour lesquels cette liberté sera un adju- « vant précieux pour un retour complet à la santé.
Le D: Clouston (2), prenant la parole après une communication du D* J.-A. Campbell à l'Association médico-psychologique de Grande-Bretagne, tient à éclairer ses collègues sur les avantages des sorties d'essai; il termine sur ces mots: « Je n'ai vu aucun désavantage « particulier à cette manière de faire, il n’y a guère « qu’un petit nombre de malades ainsi libérés qui « reviennent à l'asile. » |
Dans l'American Journal of Insanity, le D’ Lan-
1. E. Maué. Revue philanthropique, 10 fév. 1903, n° 70. 2. Séance trimestr. de l’Ass. méd.-psych., tenue à Glascow In the Journal of mental Science, juillet 1875.
dor (1) se prononce d'une manière très absolue, en faveur des sorties provisoires à titre d’essai. Il donne un tableau statistique des cas de ce genre observés à l’asile de London (province d’Ontario, Canada) depuis qu’il est ouvert. Sur 11% malades sortis à titre provisoire, 15 ont été réintégrés avant l’expiration de leur congé et 93 ont été définitivement rayés des contrôles de l'asile. Sur les 15 réintégrations 7 ont été nécessitées par des rechutes, 2 par l’absence d’amélioration, 6 pour d’autres causes. Les 93 malades sortis se classent en 78 guéris et 15 améliorés. 6 sont encore dans leur période d’épreuve.
S 2.— La facile réintégration de l’aliéné convalescent n'est pas la disposition la moins précieuse, ni la moins féconde que comporte {la sortie d’épreuve ; et nous ne craignons pas de déclarer qu’elle est tout à l’avantage du malade, qui, indirectement, par une espèce de choc en retour, en tire le plus grand profit pour son rétablissement. Examinons-en les heureuses conséquences.
On ne saurait nier que les démarches nécessaires à obtenir l’internement d’un aliéné coûtent énormément à sa famille, effrayée par la multiplicité des ennuis et par le récit cent fois ressassé des circonstances pénibles qui l’ont acculée à la nécessité d’une telle demande. Aussi, bien souvent l’annonce de la guérison, faisant pressentir pour une date prochaine la conjoncture d’une sortie définitive, produit assez fréquemment sur les fa-
1. Dr Laxpor. Analyse d’un article paru dans le American Journal of Insanity. avril 1875, in Ann. méd.-psych. 1879,
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milles un effet désagréable, alors même qu'elles souhaïitaient à leur malade un prompt retour à la sapté. Bien que confiantes dans l'expérience du médecin traitant, le souvenir fidèle et tenace des jours vécus dans les transes, des longues heures d’appréhension, leur inspire des doutes inquiétants. On supplie le médecin d’y regarder de près ; qu’il remette à plus tard sa décision. Si le malade allait retomber à ses comportements d'autrefois, s’il allait à nouveau bouleverser la quiétude du foyer ! On entrevoit tous les dangers.
Le médecin, bien que persuadé de l’urgence et de l’à-propos de l’exeat définitif, a d'autre part des raisons de penser que la nouvelle vie du malade, présentée dans d’aussi déplorables conditions, sera, à bref délai, fatale au malheureux. Il cède, et ce faisant, recule d’autant la guérison, préférant encore ce retard à l’aggravation de la psychose. Tout bien examiné, l’aliéné sort meurtri de ce douloureux dilemme.
Des inconvénients d’une telle gravité n’ont plus l’occasion de se manifester, quand la sortie d’essai offre la possibilité d'y parer délibérément. Les appréhensions des familles, nuancées sans doute d’une pointe d’égoïsme, s’exagérant à mesure que s’approche le moment de la sortie, ne trouveront plus d'excuse à en retarder l’échéance, et ce sera sans doute un grand soulagement pour les aliénés placés d’office. Au cas où la réintégration deviendrait nécessaire, elles savent que toute la série des démarches leur sera épargnée ; plus de formalités comme pour le premier placement, plus de perte
de temps, plus de pertes d’argent, outrant la gêne de
ie ir PL ces déshérités, plus de cette désobligeante publicité « qui irrite la famille et lèse sa réputation » (Hospital).
Il est encore une autre éventualité qui ne doit pas sembler indifférente. S'il arrive que l’état de santé d’un malade, sorti à titre définitif, loin de gagner à l’exeat ou de rester stationnaire soit à nouveau compromis, toujours en vertu de cette même crainte de ne pouvoir obtenir sans grande difficulté de la part des autorités locales le nouvel accomplissement des formalités du placement, les parents repoussent de jour ce. qu'ils appellent « une corvée »>. Pendant ce temps, tout le bénéfice du traitement récent sombre dans une aggravation de mauvais aloi, à côté de l’asile sauveur.
Il n’en est plus ainsi dès l’instant que les sorties temporaires sont venues servir d’épreuve.
Résumant les deux précédents paragraphes, nous dirons :
Mesure humanitaire et thérapeutique, les sorties d'essai contribuent grandement à hâter la guérison des aliénés convalescents ; elles encouragent les parents à s’occuper de leurs malades, qu’elles préservent du triste abandon, en facilitant leur réintégration en cas de rechute.
Par cette voie, elles luttent efficacement contre la chronicité et de leur usage habituel vient au médecin « une plus grande hardiesse à les pratiquer, ce qui
« accroît sans conteste le nombre des sorties (1). »