‹ Des Sorties Provisoires a Titre D'EssaiChapitre 38 sur 44 · SORTE · texte numérisé non relu

SORTE

« Pourquoi ne me faites-vous pas partir, qu'est-ce que je fais « ici, vous ne devriez pas me garder ? »

Mars 1902. — Un mieux considérable se produit dans l’état mental ; la malade est beaucoup plus tranquille, l’anxiété et les idées tristes semblent avoir disparu ; elle est très contente de la visite de son mari et veut retourner avec lui.

Avril 1902. — Rechute, amaigrissement, sitiophobie mauvais état général, œdème des membfes inférieurs, othématome double qui se résorbe au bout d'un mois environ.

Septembre 1902. — Amélioration nouvelle qui dure à peine une vingtaine de jours et qui est détruite par une visite du mari.

L'hiver se passe dans un état à peu près stationnaire, durant lequel, à part le délire mélancolique, on observe chez M... des idées de persécution et d'impulsion fréquentes.

M... est surtout obsédée par l’idée de partir, elle se cramponne aux portes, à toutes les personnes qui entrent et sortent, elle s'évade même une fois.

Les visites de son mari la rendent toujours plus malade et en même temps plus désagréable,

Avril 1903. — Légère amélioration, dont on profite pour demander la liberté à titre provisoire. Le jour du départ M... était troublée, elle se demandait ce qu’on lui voulait et où on voulait la faire aller.

De retour chez elle, elle subit, une véritable transformation; elle reprend goût au travail, retrouve le sommeil et l'appétit, s'occupe de son ménage et de ses enfants, Une seule chose la tracasse, c’est un procès avec certains de ses parents.

Depuis bientôt quatre mois, cet état très satisfaisant s’est

maintenu,

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Observation III

C... Mathilde, âgée de 36 ans, mariée, sans profession, entre à l'asile le 13 août 1902.

Comme antécédent héréditaire, a eu un oncle aliéné, à lasuite d’une grande frayeur.

Comme antécédent personnel on relève de grandes métrorra=" gies qui l’affaiblhissent beaucoup; elle a trois enfants en bonne santé, bien constitués, pas de maladies infectieuses à signaler, pas de fausses couches.

Le début de la maladie remonte à un mois environ.

C... très pieuse a été très affectée par des événements politiques auxquels son mari a pris part. Elle lisait beaucoup et elle s’'imaginait que de grands malheurs allaient fondre sur elle et sur sa famille à cause de son mari qui faisait la guerre à la religion.

La foudre un jour est tombée à côté de sa demeure et elle a vu dans ce fait comme une punition divine, :

Les symptômes présentés par la malade à son entrée, sont

ceux d’une mélancolie à forme agitante, avec plaintes, gémissements continuels, avec idées de perdition, de ruine et de damnation. Elle présente des hallucinations de l’ouïe, elle entend des voix qui lui disent qu’elle est réprouvée, qu’elle ira en enfer parce qu’elle a laissé faire son mari et qu'à cause d’elle les religieux sont expulsés.

En même temps, agitation extrême, insomnies, amaigrisse= ment considérable, peau sèche et terreuse, langue saburrale, dents fuligineuses, température oscillante entre 3708 et 38°6.

Refuse toute nourriture.

Alimentation forcée pendant un mois environ.

Administration de sulfonal, d’exteait d’opium ct de laxatifs.

Octobre 1902, — Amélioration ; l’agitation a disparu ainsi que les hallucinations pénibles. C... a pris de lembonpoint, elle n'est plus aussi triste, ni terrifée ; elle parle et s'occupe quelque peu ; elle se promène même au dehors.

Décembre 1902, — Cette amélioration ne se poursuit pas ; il semble même qu’elle rétrocède. C... tombe dans le découragement, le dégoût profond de toutes choses ; elle n’est pas agitée, mange toule seule, en insistant toutefois, mais elle passe la plus grande partie de son temps accroupie, la tête entre les mains, sans bouger et sans proférer une parole. Lorsqu'on essaye de la secouer un peu, de la tirer de cet état, elle se contente de remuer douloureusement la tête et de répondre par ces seuls mots : « Je ne sais pas, je ne sais pas. »

Avril 1903. — Son mari et son frère viennent la voir, elle parait s'intéresser au dernier et s’éveille même légèrement pour lui parler. Mais il n’en est pas de même pour son mari, dont la présence lui est plutôt pénible. A leur départ, elle retombe Le l'abattement et l’inertie habituelle, L'état mental est donc resté stationnaire pendant près de cinq mois.

Nous avons conseillé au mari de reprendre sa femme ; il y a consenti et un mois environ après son départ, les nouvelles de C... étaient excellentes au point de vue mental et physique. Sa réintégration dans le milieu familial avait produit le meil-

leur résultat,

Observation IV

L... Anna, âgée de 30 ans, mariée, sans profession, pas d’antécédents héréditaires connus. Comme antécédents personnels, elle a toujours été très impressionnable, sujette aux frayeurs ; elle ressentait des douleurs dans le dos et avait même des idées noires à l’approche de ses règles. Elle a un enfant âgé de 4 ans et elle attribue la cause première de son affection actuelle à ce qu’elle a nourri ce dernier.

Les premiers symptômes bien nets remontent à quatre mois et se sont manifestés par des céphalées, bourdonnements d’oreilles, hallucinations.

Elle entendit les voisins dire qu'elle était folle; on avait préparé un cimetière ; on avait tout arrangé pour l’enterrer vivante, En même temps, idées de jalousie envers son mari: une nuit, sous l’empire de son délire, elle a frappé ce dernier d’un coup de hachair et c'est ce qui a motivé son internement,

A son entrée, c'est-à-dire ea octobre 1902, elle présente les troubles suivants: elle est déprimée ; sa figure est rouge et c# gestionnée ; elle se plaint de douleurs de tête et de pression frontale, comme si elle était prise dans un étau. Toutes ses idées sont brouillées; elle ne sait plus d’où elle vient, où elle va. Angoisse précordiale. Il lui semble que son cerveau ballotte dans l’intérieur du crâne, Elle a frappé son mari, parce que quelque chose de plus fort qu’elle la poussait ; elle n’a pas pu résister à cette impulsion; maintenant elle regrette bien son acte.

Durant les premiers temps de son séjour à l'asile, elle passe

grande partie de la journée, immobile, le regard fixe,

la plus g

commeabasourdie, hébétée par une multitude d'idées obsédantes.

Il faut beaucoup insister pour la faire manger; elle essaye à plusieurs reprises de se frapper la tète contre les murs. Aménorrhée.

Décembre 1902. — L’isolement, le calme, le traitement de l'asile ont été efficaces. L... est moins préoccupée, elle est plus expansive, elle sourit même, parle avec émotion de son mari et de son enfant qu’elle voudrait voir le plus tôt possible.

Février 1903. — Le commencement d'amélioration mentionné s’est maintenu, mais ne s’est pas transformé en guérison définitive. L... est toujours obsédée par des idées tristes. Elle ressent des maux de tête, quoique les idées délirantes aient disparu. Il reste toujours de la dépression, un certain dégoût pour tout et des craintes exagérées pour son enfant et son mari. On Ja rend à son mari en mars 1903.

Nous avons eu de ses nouvelles deux mois après ; elle-même à écrit, et, d’après tous les renseignements, elle est aujour-

d’hui guérie de son accès de mélancolie.

Ces observations semblent prouver qu'il n’y a pas, dans les cas que nous venons de rapporter, une simple coïncidence, mais bien un rapport de cause à effet. Quel que soit le mécanisme invoqué, la sortie prématurée a montré qu'elle pouvait beaucoup pour la guérison.

Le deuxième point à élucider : étant donné ces sorties, quelle sera leur durée ? à été désigné par M. Falret en 1884 à l'attention des aliénistes. Pour lui, elle ne devait pas dépasser un mois. M. Auzouy demande qu'on puisse admettre à nouveau des malades rechu-

tés, sans formalités, « si dans un délai que l’on peut

« raisonnablement fixer à trois mois, il survient de < nouvelles crises délirantes. » La question valait la peine d’être mise à l’étude, et la consultation organisée auprès de tous les praticiens d’asiles et de maisons de santé par le D° Legrain recherche à ce point de vue l'attitude actuelle du corps médical.

Des renseignements numériques ont été fournis en grand nombre ; ils attestent une diversité curieuse, qui, trahissant les incertitudes de la méthode fait bien voir, comme, « en l’absence d’une réglementation, la fantaisie peut se donner libre carrière (D: Legrain). Des médecins font sortir provisoirement leurs pensionnaires pour quelques jours seulement; on se demande, en l’occurrence, quel jugement ils peuvent porter sur l’aptitude du malade à rester en liberté. D’autres font durer le séjour provisoire hors de l’asile pendant un an et même davantage. IL y a lieu de s’inquiéter de la façon dont ils conçoivent l’essai ou de l’illogisme de leur pratique: ou le malade ne s’accommode pas du plein air de la vie normale et c’est asile qui le réclame, ou bien, le convalescent à pu, sans heurts, et pendant plusieurs mois, subir le contact journalier du frémissement social et alors on ne voit pas pourquoi il serait si longtemps maintenu en situation d’aliéné frappé d’internement.

Cependant, il semble qu'entre ces extrêmes, les moyennes les plus communément adoptées soient de deux à trois mois, espaces de temps en général suffi-

sants pour renseigner le médecin.

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