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Chapitre V

A QUELLE CATÉGORIE DE MALADES LIMITERONS-NOUS, CLINIQUEMENT PARLANT, LES BIENFAITS DE L'ESSAI.

Théoriquement, avons-nous déclaré avec quelques auteurs, la mesure est applicable à tous les malades améliorés qui, à une certaine phase de leur affection, ne progressent pas plus dans le sens du mieux que vers le pire. Pour d’autres, les aliénés dociles er sociables sont appelés sans distinction d’étiquette, à en bénéficier.

Nous, qui nous sommes attaché à mettre en relief les avantages thérapeutiques d’une telle méthode, ce n’est pas ainsi que nous voudrions en déterminer l’emploi ; au regard de la thérapeutique, il y a deux sortes de malades : les curables et les incurables ; deux modes à la maladie: l’aigu et le chronique.

Les incurables ou ceux considérés comme tels, est-il besoin de le dire,ne sauraient nous intéresser ; les chroniques guère davantage. C’est ainsi que pour les para-

lytiques généraux la question ne se pose mème pas :

< Nous avons tous eu, écrivait le D° Yellowlees (1), des « cas de paralysie générale où le retour à la santé était < si parfait que nous nous sentions pour ainsi dire con- < traints de mettre les malades en liberté; et cependant « nous savions pertinemment qu'un beau matin une < rechuteallaitse produiré et que les malheureux mour- < raient de leur encéphalite. » On se demande à bon droit ce que la sortie d’essai signifierait en pareille circonstance.

Notre compréhension de ces sorties, nous invite à limiter leur application aux seuls malades aigus, que nous avons le devoir de toujours supposer curables. Parmi eux, les mélancoliques semblent réagir avec plus de sensibilité et l’on remarquera que la plupart de nos observations ont trait à cettecatégorie d’aliénés. « C'est peut-être exclusivement pour elle que peuvent convenir les sorties à titre d’essai >, opinait le D’ Taguet (2),

d'accord en cela avec notre maître le D° Ritti (3) : « Il

m'a été donné d'observer des mélancoliques même « délirantes, qui, après un séjour même prolongé dans « mon service, ne bénéficiaent plus du traitement « auquel elles étaient soumises, ont été rendues à leur « famille, la plupart du temps sur les sollicitations des

malades elles-mêmes. Le replacement dans le milieu

familial, après un séjour dans un établissement d’alié-

1. D Yercowzees. The Journal of Mental Science, 1875, p.308. 2. Dr Tacuer. Ann. méd. psych., 1879, €. IT, p.261. 3. D: Rroni, /n Traité de Thérap. d’A. Ron, 1898, t. 20,

« nés, avait un effet des plus salutaires ; les malades

« sorties en voie d'amélioration, revenaient me voir au

« bout de quelques jours, complètement guéries. »

Les observations du D’ Pasturel que nous avons plus

haut rapportées, étaient accompagnées du commentaire

suivant : « Il est à remarqüer que les observations

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citées ci-dessus sont celles de mélancoliques délirantes aiguës. De plus, ce sont ioutes des mères de famille qui ont un mari et des enfants, des intérêts qui leur sont chers. C’est un factenr puissant de guérison qui a été constaté par un certain nombre d’observateurs. Aussi l'amélioration immédiate amenée par la réintégration familiale peut-elle ètre expliquée par la production d’un choc moral intense, d’une émotion extraordinaire qui agissent fortement sur le cerveau de ces malades.

« La vue des enfants, la certitude acquise par euxmêmes qu'ils sont bien en vie et en bonne santé, la satisfaction, le contentement de se retrouver au milieu des leurs et dans un cerele qui leur a été familier, alors qu'ils croyaient en être pour toujours séparés, toutes ces diverses causes influent d’une façon notable et achèvent la guérison en partie obtenue par l’asile.

« Lors même que ces sorties prématurées ne pourraient s'appliquer qu'à cette classe particulière de mélancoliques dont nous avons donné l'observation, ce mode de traitement ne doit pas être dédaigné. »

De son côté, le D' Taguet tient à faire observer qu’il

faut s’enquérir chez son malade des antécédents hérédi-

ADS taires, si l’on ne veut pas s’exposer à des surprises souvent regrettables : « Dans les affections qui portent avec « elles le germe fatal de l'hérédité tout est anormal et « insidieux, une émotion, si légère qu'elle soit, peut « amener soit une recrudescence des troubles nerveux, « soit une amélioration ; c’est ainsi que pourra agir une « sortie provisoire ; mais iei cette modification est le « plus souvent passagère, la rechute comme la guérison « est subordonnée à la crise la plus légère. » Cette opinion semble contredire l'avis général que les héréditaires sont de tous les mentaux, ceux qui fournissent le plus grand chiffre de guérisons.

Quand la mélancolie se complique d'idées obsédantes de suicide, c’est pour le médecin une grave détermination à prendre que celle de rendre, au moins pour un temps, le malade à la vie courante. Combien de temps faut-il garder en observation des malades ainsi affectés. « C’est là, écrivait le D° Cämpbell (1), une question qui « requiert de la part du médecin les réflexions les plus « minutieuses.. Dans de nombreux cas, l'apparence « trompeuse de la guérison, aurait, je n’en doute pas, « jeté un trouble dans l’âme de Salomon, s’il s'était « adonné à professer cette partie de l’art médical. » L'apparence trompeuse de la guérison, c’est en effet le gros danger, le traquenard au pronostic. Notre maître, le D: Ritti (2) l’a signalé clairement : « Dans les cas de

« mélancolie avec idées obsédantes de suicide, on ne

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